Lundi 16 juin 2008
L’inspiration, la facilité, voilà ce qui se perd, s’est perdu, avec le temps qui me transforme. Je ne pleure plus de bonheur ni de rage froide. J’ai su pleurer d’angoisse, de malaise, de désespoir. À présent toute larme qui viendra ne sera larme que de nostalgie.
Pourquoi être habité par le sentiment de ce que j’ai laissé derrière moi, il y a si longtemps, pourquoi le regret coupable, honteux, de ce triomphe que j’ai pu ressentir à envoyer au loin toute une vie antérieure ? Sonja ne reconnaîtrait pas son grand frère maussade. Elle ne reconnaîtrait rien en moi. Ni le saxophone, ni les jeux oubliés, ni les rêves que je partageais avec elle et dont nous nous contentions, vrais enfants aux grands yeux rêveurs.
Si Sonja revient un jour à Fernay, ce sera pour y vivre la vie d’une autre. Comme j’y aurai vécu, moi, la vie d’un autre. Hanna, est-ce toi qui m’as fait adopter l’habit d’un autre, usurper son cœur et sa maison ? Ce fut facile de s’emparer de cette existence que tu me proposais, que tu m’offrais pour soulager toute la douleur que tu sentais en moi. Trop aisé peut-être. Peut-être que j’attendais ça depuis des années, avidement, en écorchant des bribes de cette vie autre, que j’apercevais parfois…
Hanna, assise sur la balançoire rouillée — ton visage d’enfant malicieuse —tu me fais signe de la main — tes petits doigts qui effeuillent distraitement une marguerite comme on dépece une vie —tu m’appelles à venir partager ton jeu — est-ce que je m’assieds, moi aussi, sur le métal bruni de la balançoire pour danser avec toi parmi les marguerites?
De la pointe de Fernay je voyais le port de Nantes. Je grimpais là très tôt pour regarder la mer toute calme, irisée de soleil. Des voiliers blancs des paquebots, autant de radeaux dérisoires qui couraient là, sur l’eau pâle, et qui fuyaient loin de notre rivage. Je les regardais s’évanouir dans un horizon brouillé, je suivais leur silhouette qui, comme un grand bras blanc levé pour dire adieu, s’affaiblissait au loin. Ces bateaux, filant vers le Nord et l’Ouest, laissaient dans l’eau un sillage blanchi d’écume, de cet élixir amer dont j’aurais voulu boire car, peut-être, tu y avais versé un peu de toi. Tu étais peut-être partie par là, sur l’un de ces radeaux avares, qui dériverait longtemps, suivant la fantaisie des courants brûlants, avant de te jeter sur une côte inconnue. Ou alors tu avais continué à pieds comme je t’avais vue partir. Pieds nus dans le sable et sur la route, tu tiendrais tes chaussures à la main, comme le font les vrais vagabonds, ceux qui, comme toi ou moi, ont l’errance chevillée au corps.
Il avait plu pendant des journées entières après ton départ. Il y avait… des oiseaux qui chantaient, obstinément, sous le bruit doux de la pluie. Une vie rajeunie était venue ensuite, à laquelle tu avais arraché ses vieilles années léthargiques. Je montais souvent sur la falaise, pourchassais une illusion. De là-haut, même dans les nuits humides, plus proche que jamais d’une Lune de pluie, je t’apercevrais peut-être, la tache couleur de sable de ta robe dans le noir, le mouvement flou de tes cheveux que la nuit parsèmerait de sa poussière. Et je t’imaginais une vie défiant toute mesure, tu triomphais de la solitude que tu nous avais imposée, tu poursuivais, toi seule, le chemin des vagabonds de légende auxquels nous avions rêvé. Et moi, je te laissais filer, comme un pétale de rose que le vent aurait entraîné, et dont il s’émerveillerait, craignant de le flétrir entre ses mains indélicates.
Je n’étais pas dupe. Mes sentiments, une longue route qui ne m’avait conduit qu’à cette étape, toi, Hanna, à présent les ombres se refermaient sur moi et m’acculaient. À présent, ce n’était plus que la scène d’un théâtre vide dans lequel, sur un fauteuil du premier balcon, gisait un Hamlet à l’agonie. Pendant que tu t’éloignais de moi, il me semblait que je retournais entre mes mains quelques pièces d’une fausse monnaie — il fallait trouver le pays où, avec cet argent arraché à un autre, je pourrais m’acheter un nouveau cœur.
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Vendredi 30 mai 2008
Ils marchaient ; dans les clairières, Rafael s’arrêtait parfois pour cueillir des fleurs pâles dans l’herbe. Il en choisissait la couleur, les tournait entre ses doigts, hésitant, lissait leurs pétales parfumés de rosée. Il revenait sur ses pas, traversait les champs couverts des reflets mauves des fleurs. Il tendait à Hanna de petits bouquets de violettes qu’elle acceptait sans rien dire et serrait longtemps contre elle, comme pour s’imprégner de la vie qui subsistait entre leurs pétales froissés comme des paupières fermées. Ils croisaient parfois des chapelles silencieuses, et venaient fureter dans leur jardin, fouler l’herbe folle des cimetières. Hanna déchiffrait sur les tombes les noms inscrits dans la mémoire de la terre, et qui sonnaient sur ses lèvres comme une langue éteinte. Elle cherchait les coins humides, les sources où poussaient les liserons blancs. Rafael la regardait, l’admirait, épris de sa silhouette. À chacun de leurs gestes, leurs pas faisaient s’envoler dans les champs des étincelles de graminées. Hanna, debout parmi les fleurs, ses mains maigres serrées sur un bouquet de violettes, lui évoquait une mariée élégante et discrète, belle et silencieuse dans une robe mauve pâle. Rafael la regardait pendant de longues minutes, insensible à ce qui faisait leur bonheur, ne sentant plus le vent de la mer passer dans ses cheveux, ne voyant plus les ombres qui descendaient lentement vers eux lorsque la nuit venait. Il levait alors les bras comme pour les tendre vers le ciel et criait, étourdi, stupide, laissé hagard par le spectacle de son bonheur :
— Epouse-moi, Hanna, épouse-moi !
Elle riait, secouait la tête, faisant rouler sur ses épaules quelques mèches roussies par le soleil. Puis Rafael voyait son regard s’égarer loin de lui, se fixer sur des cimes lointaines ; il voyait ses lèvres se raidir, sa silhouette se détourner très légèrement de lui ; Hanna alors ne répondait rien. Et lui sentait ses yeux brûlants lui faire mal, alors que la scène rêvée écorchait sa rétine, éraflait son corps, faisait fondre, comme dans l’air trop chaud, les routes goudronnées qu’il croyait suivre, vers Hanna et auprès d’elle. Il voyait encore la scène rêvée. Hanna portant la robe qu’il lui avait donnée, la robe de sa mère. Hanna debout sous les peupliers, un bouquet de fleurs serré contre sa poitrine. Ou peut-être accroché à sa ceinture. Des brassées de fleurs, encore, qui feraient à ses pieds une traîne. Dans le ciel, des nuages blancs qui s’effilochent et passent à toute allure, couvrant d’un voile bienveillant une fête au village de Fernay. Devant l’appareil archaïque d’un photographe, Rafael enlaçant Hanna, dans la posture roide des photos officielles. L’appareil, l’explosion et le nuage de fumée qui immortaliseraient leur couple si harmonieux. Leur jeunesse célébrée à tout jamais, qu’ils guetteraient, des années plus tard, en scrutant sur leurs visages une fossette ou la lumière de leurs yeux. Une longue marche qui longerait les champs de violettes, accompagnée seulement de la procession du vent et de la poussière du rivage qui viendrait balayer leurs pieds. Un bal suranné sur la place du village, où, dans un soleil déclinant, quelques personnes danseraient au son d’un accordéon. Des danses qui, vieilles de plusieurs siècles, envahiraient les places ensoleillées, et les feraient tournoyer dans la poussière. Hanna blottie entre ses bras pour ne plus jamais le quitter. Ils marcheraient sous les saules pleureurs, se réfugieraient au bord de l’Azache pour y trouver un peu de fraîcheur. Hanna déferait le bouquet de violettes et, lentement, une à une, les jetterait dans l’eau de la rivière pour les voir flotter à leurs pieds, emportées sans bruit par le courant. Rafael enlevant Hanna, par surprise, au clair de lune, l’entraînant loin de cette maison calme à laquelle ils auraient pu mettre le feu, puisqu’ils n’avaient pas l’intention d’y revenir. Ils partiraient en voyage ensemble et souriraient au photographe, debout sur le pont blanc du transatlantique. Ils reviendraient après avoir longtemps épuisé leur jeunesse, après avoir couru très loin comme pour aller au bout de ce souffle que les violettes et les danses de l’accordéon leur avaient donné.
Leurs joies, leurs désirs, faisaient l’objet de leurs longues marches. Rafael criait souvent à Hanna de l’épouser, mais elle apprit à ne rien répondre au bonheur étourdi qu’il lui montrait toujours. Comme si elle avait déjà prévu qu’un jour, elle mettrait le feu à la maison paisible, et l’en chasserait, et l’égarerait à nouveau. Le rassasiement de leur soif et de leur colère les trouvait faibles, incrédules et épuisés de voir s’ouvrir sous leurs pieds le chemin qu’il leur restait encore à parcourir.

© Emeline Durand 2008
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Jeudi 15 mai 2008
Rafael s’éveille, et l’angoisse, plutôt que le corps d’Hanna, repose à ses côtés. Par la fenêtre entr’ouverte, un rayon de soleil joue sur le mur blanchi, et le bruit lent des vagues monte vers le balcon, au-dessus du sable déjà tiède. Rafael fixe le plafond où les ombres courent encore dans ses yeux embrumés. Il étend la main sur le drap à côté de lui. Hanna n’est pas là. Il se lève, vacille sur le parquet tiède sous ses pieds. Dans le vieux miroir de sa mère, il croise un reflet trouble, pâli, l’image écornée de son T-shirt trop grand, de ses bras trop maigres, de ses cheveux ébouriffés. Il descend l’escalier, mais s’immobilise au milieu des marches poussiéreuses. Et, lentement, passe une main dans ses cheveux, puis sur ses yeux, puis sur ses lèvres, comme pour repousser les bribes de sommeil qui, comme une fumée sale, sont restées accrochées à son visage. Mais Hanna n’est pas là. Son sourire, qui d’habitude l’éveille tout à fait lorsqu’il peut enfin la regarder, émerveillé de la retrouver à chaque matin, n’est plus là. Il descend, les mains cramponnées à la rampe roide de l’escalier.
Dans le salon, sur les murs blanchis, la lumière est plus vive. Ses mains tremblent lorsqu’il ouvre la porte vitrée et fait quelques pas sur la terrasse. Revenu dans la pleine blancheur de la matinée d’été, il fixe l’horizon lumineux, un soleil franc couvre d’un halo la surface de la mer. Revenus dans la pleine blancheur de la matinée d’été, la lumière est si vive qu’éblouis, nous baissons les yeux et nous réfugions dans l’ombre et le silence, tendant devant nos paupières meurtries un bras faible, nous débattant sans trop en dire ; et lorsque nous reculons, affaiblis, sa chaleur nous manque, son regret nous habite.
Rafael tourne la tête pour suivre, sur le sable, une silhouette frêle. Dans le dos de la jeune femme, la chaleur et la mer se réunissent pour des noces fugitives. Elle, tourne le dos à l’horizon et marche le long de la côte, vers le Sud. Elle tient à la main ses chaussures. Rafael reconnaîtrait sa démarche élastique, la façon dont ses talons, s’enfonçant dans le sable humide, y laissent une trace légère aussitôt effacée par les vagues. Et, comme les rois indiens, assis sur le dos d’un éléphant, s’éloignent sur les chemins de la jungle, avec cette même grâce, elle s’éloigne vers le Sud. Il porte une main à sa bouche pour étouffer le cri qui va gonfler, démesuré, dans sa poitrine. Il n’a crié qu’une fois vraiment, une nuit, dans son sommeil ; la nuit où, somnambule, il avait erré des heures dans le noir. Pourtant il criera de toutes ses forces : Hanna !, son nom, à elle, son nom qu’il retournera sur ses lèvres pendant des années, pour la rappeler auprès de lui.
La silhouette poursuit sa démarche fragile, comme une danseuse sur un fil. Rafael crie encore.
Hanna se retourne, enfin, pour le regarder, mais ne s’arrête pas, et continue à avancer, à reculons. Il le voit à présent, elle porte, sous le grand manteau de voyage, la robe mauve pâle de la mère de Rafael. Ce détail le frappe et le ravage. La robe flotte sur ses épaules amaigries, mais le corps d’Hanna, si gracieux et à présent si lointain, semble encore plein de vie, sous le voile de ses cheveux bruns mêlés de fils blancs. Rafael enjambe la rambarde de la terrasse et saute dans le sable. Il va courir à sa rencontre, déjà, il agite frénétiquement les bras, veut l’appeler encore. Mais sa voix ne lui répond plus. Au loin, Hanna fait non de la tête, non, non, Rafael recule, il crie une dernière fois, faiblement, ce sera non. Hanna se détourne à nouveau de l’horizon et continue à marcher vers le Sud. Il semble à Rafael, dont les regards suspendus se brouillent, qu’elle fait encore non de la tête, machinalement. Jolie manière de dire au revoir, ce sera non.
Rafael resta couché des heures dans la poussière de la terrasse, face à la mer et au vent. Il attendit Hanna. Il regardait le ciel, le mouvement des courants qui parcouraient les nuages, les quelques cerfs-volants qui traversaient de temps à autre sa portion de ciel. Il attendit Hanna. Puis, lorsqu’elle eut si bien disparu qu’il lui était devenu difficile de saisir les moindres bribes de mémoire de son corps, de sa peau, il lui resta un peu de sa voix qui avait si souvent accompagné le saxophone. Il lui resta quelques mots qu’elle avait prononcés. Qu’elle était née en Allemagne. Qu’elle avait fui l’Allemagne parce que quelqu’un, là-bas, lui avait fait beaucoup de mal. Qu’elle n’avait ni famille, ni maison, ni langue. Qu’elle avait trouvé en lui, en Rafael, la force de recommencer à dire quelques mots. Des mots à propos d’elle, d’eux, du vent et des cerfs-volants. Alors Rafael lui inventa un passé.

© Emeline Durand 2008.
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Lundi 5 mai 2008
À deux, ils réapprennent le silence. Des journées passent dans les infimes variations de lumière de Fernay. Ils sont seuls ou ensemble, mais toujours unis, vivant loin du monde, dans une autarcie exigeante qui ne supporterait pas une lumière plus vive, un amour plus gai. De quoi vivent-ils ? De rien. Ils n’y songent pas. Leur existence semble libre, insaisissable ; elle est pourtant si simple, faite de peu de mots, de peu de gestes et de grands silences. Ils ne se voient pas, parfois, pendant de longues heures. Ils font semblant de s’éloigner l’un de l’autre : Hanna marche sur la plage, s’avance au plus près des vagues, se fondant presque en elles, dans une inconscience délicieuse, jusqu’à ce que Rafael, qui préfère la ligne blanche des falaises, lui crie de revenir, en forçant un peu sa voix éraillée contre le vent. Elle se tourne vers lui, et sourit dans le vague, ne parvient pas à reconnaître sa silhouette frêle sur le contour trouble des falaises, mais sourit pour qu’il la voie, elle sait qu’il la regarde et contemple les boucles brunes de ses cheveux parsemées de vent et de sel. Ou bien c’est Rafael qui, dans son silence si particulier, reste debout près d’une fenêtre à regarder la mer ; ses paupières grisâtres glissent sur ses yeux, ses cils chassent les grains de poussière qui tourbillonnent dans un rayon de soleil. Jusqu’à ce qu’Hanna s’approche de lui sans faire de bruit et entoure de ses bras la taille tremblante de Rafael, et vienne lover sa tête contre son cou, et bercer dans ses paumes brûlantes le corps de Rafael. Souvent ils restent ainsi immobiles l’un contre l’autre, et leurs regards fixent le même horizon, sous le coup d’un chagrin partagé, sans cause et sans paroles, un désespoir inexplicable qui fourmille en eux, jusqu’au bout de leurs doigts, de leurs mains accrochées l’une à l’autre.
Ils voient passer ensemble les saisons. Arrivés au printemps, ils cessent de compter les journées ; le car de Nantes ne passe plus à Fernay, les rivages et, plus loin dans les terres, les marais mystérieux, n’ont jamais semblé aussi calmes. L’été passe dans une lumière unanime. Lorsque les enfants du village courent sur le rivage, le sable de la plage dessine auprès d’eux des tempêtes immatérielles. Ils sentent confusément revenir l’hiver, trouvent froid et humide l’air qui passe dans leurs vêtements. La lumière blanche de l’hiver semble les mettre à nu. Le mouvement des saisons les affecte si peu.

© Emeline Durand 2008
snoopy aviateur — aucun rapport à priori — mais si pourtant, pour préparer ce qui va suivre ;-)
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Lundi 10 mars 2008
Du bout de sa chaussure, elle a remué l’eau d’une flaque à ses pieds, par désoeuvrement ; le reflet qu’elle avait cru y distinguer s’est effacé, elle n’osait plus lever la tête pour suivre du regard la ligne floue des immeubles. Le portillon du square s’est refermé avec un grincement, Sonja a tourné la tête, nerveuse ; un homme était entré dans le petit jardin, avec l’air incertain qu’elle croyait retrouver sur son propre visage. Il serrait entre ses bras, contre son épaule droite, un paquet informe blotti contre lui, un enfant ou une peluche peut-être. Il s’est avancé vers le trou d’ombre, entre les arbres, dans lequel elle s’était réfugiée. Il s’est détourné précipitamment lorsqu’il a aperçu Sonja et a disparu.
En désespoir de cause elle a levé les yeux ; dans le ciel, il n’y avait rien à regarder non plus, mais la nuit tombait et les nuages pressés filaient dans le vent, traînant une ombre changeante sur les immeubles. Une odeur humide montait entre les arbres, des gouttes d’eau roulaient sur les feuilles des marronniers et venaient s’éteindre au pied des arbres, dans ce même silence d’une pluie de printemps. Sonja s’est retournée et s’est mise à examiner le square avec cet air de désinvolture affectée que Rafael lui avait enseigné. Tout près d’elle, le bac à sable était envahi de tas de feuilles mortes que le vent avait arrachées des arbres puis entraînées au fond du bassin, dernier oubli de leur carcasse grisâtre. Des feuilles édentées, décharnées, maigres et sèches comme de longues mains âgées. Une rangée d’arbres entre lesquels un ballon de mousse gonflé d’eau. Des bancs de bois qui disparaissent dans l’ombre qui monte. Derrière elle, des jeux d’enfants en bois, un toboggan trempé, une balançoire, une échelle menant au pont supérieur d’un petit château en bois, qui semblait traverser fièrement les airs lorsqu’un enfant en faisait la conquête, se rêvant capitaine au long cours de ce vaisseau éphémère. Sonja a tourné sur elle-même un instant, elle a essayé de fermer les yeux et de trouver une idée. Elle s’est assise sur la balançoire, les pieds trempés dans une flaque d’eau.
De la balançoire elle a aperçu, massée dans l’ombre, une forme incertaine ; un fauve prêt à bondir peut-être. Elle a fixé ce coin d’obscurité avec insistance, sommant la bête de s’effacer ou de montrer ses griffes que Sonja ne pouvait que deviner dans le noir. Ombre possessive toute proche d’elle, odeur de cendres qui se déverserait sur elle. Sonja a bondi et s’est avancée pour regarder cet éclat d’acier qu’elle apercevait à quelques mètres de là. Puis elle l’a reconnue.
L’homme au lion, œuvre de jeunesse, a-t-elle songé en s’approchant.
La forme ambiguë de la sculpture, les silhouettes entremêlées de l’homme, du fusil et du lion, le grain épais du métal humide que Sonja fait glisser sous ses doigts ; les pattes du lion qui s’enfoncent dans la poussière boueuse du square, la tête courbée de la silhouette de l’homme, le fusil de l’homme dressé vers le ciel ; tout autour, la haie de forsythia a poussé, environnant d’ombre le groupe mortel de la sculpture, rongeant son caractère fatal en crevant dans cette obscurité les yeux de l’homme et de l’animal. Sonja en fait lentement le tour, s’émerveille de reconnaître les muscles durs du métal, les hésitations du chalumeau qui a laissées indécises les jointures de la sculpture. Une commande publique pour ce square, des années auparavant.
Et Rafael hanterait ces lieux, serait revenu comme une fatalité chercher la source, guetter comme le lion d’acier le moindre mouvement de l’ombre ?
Sonja s’installe sur le dos du fauve et laisse son regard errer dans la pénombre. Un souffle glacé coule dans son dos, les feuillages tremblent, elle attend encore. Il a trahi, dit méchamment une petite voix qui court, comme un frisson perfide, sur le bout de ses doigts. Rafael n’est pas venu au rendez-vous tacite qu’elle lui avait fixé, elle pense c’est son problème, maintenant fin de cavale, j’en ai assez de le chercher partout.
Hier, au café voisin, un homme lui a dit, plissant les yeux d’un air méfiant :
— Je le connais, votre frère. Il vient souvent au square Marceau le soir, juste avant la fermeture.
Sonja s’est précipitée au square, sans réfléchir, s’est assise comme aujourd’hui sur la balançoire, mais ce soir Rafael n’est pas venu.
Je l’ai peut-être trop attendu maintenant.
À force de l’attendre Sonja finit par avoir peur de la mort ; si je meurs qui sera là pour venir t’attendre dans un square de pluie ?
Elle pousse un gros soupir, donne un coup de pied dans un tas de feuilles, jette un regard sombre sur la sculpture de jeunesse. Quelle ironie qu’il ait choisi précisément ce square, avec ce maudit fauve qui rôde dans les parages.
Elle se retourne. Rafael est assis sur la balançoire à son tour. Il la regarde en tirant nerveusement sur sa cigarette. Il se lève, elle reconnaît son pas de somnambule.
Il lui fait signe de s’approcher, écrase le mégot sous son talon.
Sonja s’assied à côté de lui, sur l’autre balançoire, sans parler. La nuit tombe, une petite pluie fine les environne, ils suivent des yeux les gouttes qui roulent dans la lumière jaune des réverbères. Sans parler. Le bruit doux de la pluie les enveloppe et leur raconte. Leur dit une histoire bien connue, que les nuages éventrés, que les feuilles percées ont portée avant eux. En quelques gouttes de pluie il y a la vie de tous les autres qui glisse doucement dans leurs veines, qui coule dans leur gorge et emplit leurs yeux de poison. Le chuintement de la pluie, sans mots, raconte mille histoires, et la leur en premier lieu. Sonja et Rafael restent assis sur les balançoires, au-dessus d’eux le ciel semble se teinter de mauve alors que la nuit tombe. Sans parler.
par mina publié dans : textes en vrac
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Jeudi 21 février 2008
Ils marchaient. Ils partaient marcher au loin sur les plages, arpentaient la bordure fuyante des falaises où le sable se mêlait aux bouquets de bruyère.
Sonja surtout les entraînait ; son coeur battait avec véhémence lorsqu'ils marchaient ainsi. Prise du besoin impérieux de se sentir en vie, en vie jusqu'au bout de ses doigts qui se recroquevillaient au fond de ses poches lorsque le vent se levait sur la plage, elle partait pour de longues marches, le matin souvent, lorsqu'un jour indécis venait mettre de l'ordre dans le ciel changeant. Rafael la suivait, indécis, lui aussi, suivant plutôt la couleur des nuages, les reflets de l'eau, sans égards pour une solitude que Sonja aurait voulu partager.
Ils marchaient sans paroles. Un jeu les avait réunis, enfants : ils partaient loin, dans les bruyères, s'asseyaient sur le sol pour sentir, en été, la terre chaude, abreuvée de soleil. Leurs mains se serraient l'une contre l'autre, ils se regardaient, reconnaissaient à la couleur du jour, à l'odeur de l'air, au ressac qui leur parvenait de la mer, le bon moment qui leur souriait et les engageait à prononcer les mots rituels :
"Maintenant personne ne sait où nous sommes", annonçait doucement l'un d'eux.
À présent Sonja suscitait elle aussi, pour Rafael, ce besoin de parcourir la terre et le ciel, dans un même abandon du ciel et de la terre. Ils laissaient derrière eux un monde nébuleux et filaient, comme les lambeaux d'écume que la crête des vagues portait jusqu'à eux, vers un oubli de sable et de bruyère. Ils marchaient. Ils se retournaient de temps en temps et comptaient leurs traces sur le sable humide.
Ils jouaient avec les marées, avec la bordure de l'eau qui montait parfois jusqu'à leurs pieds. Ils riaient des ombres immenses des oiseaux dans le ciel au-dessus d'eux. Ils sautaient à pieds joints sur les roches pour regarder la mer.
Une expression les avait fascinés, adolescents. Ils avaient rêvé sur le mot highwayman qu'une autre langue avait inventé pour eux peut-être. Dans un même appétit du grand chemin, ils s'étaient vus successivement Robin des Bois et voleurs en fuite. Avant-coureurs candides ou survivants hébétés. Rafael avait un jour improvisé au saxo un air étrange, un gémissement trop humain qui semblait se mêler avec les sons de la nature — une bribe de vent oubliée dans les pièces métalliques, le labyrinthe doré, les chemins tortueux du saxophone. D'une même voix ils l'avaient appelé Highwayman. Rafael avait dessiné dans le grand silence curieux qui était le leur la tonalité d'une vie qui ne serait jamais la leur — vie pourtant rêvée, vie toujours présente dans leurs jeux, vie du grand chemin.
Ils marchaient et comptaient la trace de leurs pas, oubliés derrière eux. Parfois Sonja prenait la main de son frère contre sa main et faisait passer dans ses doigts tout froids toute la tendresse dont elle se sentait capable. Rafael alors fermait les yeux ou égarait son regard le plus loin possible, le fixait au centre de la mer et l'abandonnait là, comme un membre infirme sur un rivage perdu. Il pouvait alors penser librement à Hanna et serrait plus fort contre sa main la main de Sonja. En exilant ses regards loin d'elle, il parvenait presque à croire qu'il serrait la main de Hanna contre son coeur. Il marchait avec elle.
Elle, Hanna, son pas léger avec le sien, non, confondu dans le sien, marchant à l'unisson. Il se répétait absurdement les mots qu'il lui aurait dits, mimant en inclinant la tête sur son épaule une imaginaire réponse de la jeune femme. Hanna qu'il croyait voir souvent sur cette plage, comme une ombre emplie de la lumière d'ailleurs.
Hanna ; avec elle, il n'aurait plus eu besoin de se retourner pour contempler la trace de leur marche.
par mina publié dans : textes en vrac
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Mercredi 20 février 2008
Ne t'ai-je pas créé, n'ai-je pas baptisé ton ombre et ton amour, n'ai-je pas fait de toi, de tes yeux de Lune, de ton corps, mon rêve ? Idéal silence d'une nuit qui ne cessera plus de tomber, un crépuscule aussi clair et épris que les lueurs troubles de l'aube.
N'ai-je pas baptisé ton ombre et ton amour, n'ai-je pas choisi le nom qu'ils porterait, ce coeur que je trouvai un jour comme nous cueillons des fleurs pour décorer leurs tombes ?
J'ai éraflé par ce geste le bout de mes doigts sur une pierre trop dure à tailler. Je n'ai pu en faire l'économie. Mais les mots sont éteints et la pierre brisée, fendue peut-être par cet éther de glace.
Les étoiles vont en cercle, tu ne briseras pas leur danse.
Je ferme mes paupières, impose nuit et brume à mes yeux aveuglés, ne reste plus, sentier de lumière, qu'un vague souvenir de toi. Lointain ressac des vagues alors que tu t'éloignes.
par mina publié dans : textes en vrac
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Dimanche 17 février 2008
Tu portais le sceau d'une aurore moins noire ; j'ai aperçu la nuit d'hiver, tu étais là, tu me regardais. D'un regard tu as balayé toute la poussière qui entachait mes mains. J'ai voulu te suivre, tu t'es esquivé, je me suis suis vue seule sous une pluie de silence.
Tu as peut-être lu mon nom ou le tien sur mes lèvres.
Nos deux noms, ils ont cessé de chanter alors que je courais à ta poursuite — brisant mes pas, les pieds sur tes terres, le coeur sur tes traces. J'ai perdu en courant quelques gouttes de toute cette lumière, ce soleil de minuit que tu laissais derrière toi. Sur le pont, j'ai frôlé des ombres qui, elles aussi, couraient après tes pas — peut-être.
Ce ne fut pas l'éblouissement dont nous avions rêvé, ce fut le silence et deux êtres qui se tournent le dos, ce fut comme un nénuphar au fond de mon coeur qui lentement refermait sa blessure. Ses fleurs ont poussé au bout de nos doigts, se sont évanouies dans le vent.
Ce fut plutôt une image noircie par les flammes, ce fut le reflet en négatif d'un avenir que j'avais seulement entrevu. Ce furent les pas à contretemps, le langage invisible, et moi seule à nouveau, criant pour que personne ne m'entende, rêvant que je pouvais tenir contre moi quelque chose de toi.
Ce fut la certitude d'une chance manquée.
J'en viens à souhaiter que le monde soit dépeuplé. S'il n'y avait plus que toi et moi sur ces terres, l'aveuglement serait notre lot et je courrais sans doute encore après des bribes, des traces que les vents effacent.
Ce fut, dit-il, la seule chance de rendre, par un infime mouvement d'hirondelles, notre vie plus universelle, et de lui sacrifier le reste — deux ou trois étoiles, le son blanc de nos voix, le froissement d'un tissu.
Les yeux aveugles, je marche encore, crois-tu, dans les chemins infinis de la neige.
Soudain personne ne put se souvenir où nous étions partis. Our hands caught together would make sparks, then the sweet light of day finds us and takes us away from here…
Un ballon bleu s'élève au-dessus du Champ de Mars, s'élève à l'infini dans le ciel de Paris, file avec grâce pour atteindre la main d'un autre enfant bien loin de nous. Je le regarde jusqu'à ne plus le distinguer, je plisse les yeux et scrute le ciel entre Soleil et Lune, face à face. Et moi, comme lui, combien de temps pourrai-je encore voler, emplie de l'air que tu m'insuffles ?
par mina publié dans : textes en vrac
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Mardi 8 janvier 2008
bon. il n'y a pas de vie sur Mars, je crois (filons donc la métaphore, pour ceux qui ont suivi, depuis l'article de la dernière fois). les sondes Machin-chose l'ont bien montré. un somptueux désert de sable rouge, certainement pas d'autres étoiles à observer de là-bas.

Life goes by, things fall from somewhere, deep inside those blue clouds you don't even want to believe. life goes by, then runs away. things that you keep tearing apart… and you won't even try and catch them, just let them go away, just say you don't care, just keep quiet, just tell your lips to keep silent when they want to scream.

then don't say you feel alone anymore.

voilà, j'y arrive pas, je crois que c'est clair. il se passe toujours tellement de choses quand je ne suis pas là. il suffit que je détourne le regard, et voilà qu'une vie passionnante m'échappe, me file entre les doigts, comme si je ne la méritais pas.

ça doit être pour ça que j'écris des textes sur des filles solitaires. histoire de… changer d'air ? haha. très drôle.

Tout droit, elle marche. La nuit s'évanouit autour d'elle. Des odeurs troubles montent du fleuve. Elle suit les lumières de la Seine, qui la guident vers ces jardins suspendus dans le noir, les quais. Tout droit, elle marche, vers le fleuve.
Je la suis, loin derrière elle, assez proche pour l'apercevoir tout juste. Je la suis, m'arrête avec elle sur le pont. Je la sens inspirer le même air, les mêmes souffles froids que je respire.
Elle continue. Ses mains se crispent. Je devine qu'elle hésite dans l'ombre. Le froid vient. La nuit est complète à présent, elle marche, elle a le souffle court. Elle descend sur le bord de l'eau, longe les bateaux qui se balancent paresseusement. Elle remonte les quais dans la fraîcheur des coins oubliés. Je distingue à peine les branches des acacias qui cernent le ciel, et au-delà, libèrent Paris, Paris qui disparaîtra si elle continue à marcher.
La ligne des immeubles se trouble après que nous avons quitté la dernière rue, derrière nous, derrière notre ombre qui s'effile dans le noir.
Elle a trouvé l'endroit idéal, après avoir tant couru. Elle s'arrête, elle crie dans le noir. Je vois ses yeux se fermer, comme si elle tombait dans le noir, dans ce cri qui résonne contre l'eau, contre les acacias, contre la Seine qui l'enserre et voudrait la protéger. Elle tourne vers moi des yeux brisés.
Elle s'assied par terre et ne bouge plus. L'obscurité s'éteint contre elle, contre son corps blotti tout près de la rivière.
Je ne bouge pas. Sur le pont, je la regarde s'endormir. Les bruits de la ville s'assourdissent.
Je voudrais fermer moi-même ses paupières. Je voudrais être la main qui se posera demain sur son épaule et lui dira : "C'est l'aube". Je voudrais veiller sur la nuit qu'elle va peut-être passer là, seule dans son lit de pierre près de la Seine. Et ses regards éteints qui toujours s'abandonnent. Et ses mains maladroites toujours vers les étoiles.
Je la quitte là, sur ce pont. La nuit reprend ses droits sur elle, je lui la laisse. Je reviens, je marche comme elle dans les rues de la ville. Je marche, tout droit, rues immobiles et désincarnées. La Lune n'est pas encore levée, mais elle baigne déjà de son silence cette nuit loin d'elle.
Les étoiles crèvent. La nuit est complète, la Seine évanouie.

hulul-3.jpgje m'en vais faire du thé aux larmes.
vous connaissez Hulul ? un livre pour enfants, encore un qui a beaucoup compté pour moi ;)
par mina publié dans : textes en vrac
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Samedi 29 décembre 2007
Un mouvement imperceptible au-dehors, dans la rue immobile, peut-être un dernier souffle du vent, peut-être la danse infinie des ombres. Eric, étendu dans la pénombre, fronce les sourcils, sans toutefois quitter l’étreinte réconfortante du repos.
Au-dessus du lit, de fins rayons de lune dessinent sur les murs d’étranges arabesques, des êtres de lumière fugitifs. Murmure confus des rêves dans le silence. Il s’éveille enfin : une fois de plus, un fantôme est venu le tirer de son sommeil. Le rêve s’évanouit autour de lui tandis qu’il écarquille des yeux épouvantés, aussitôt envahi d’une panique familière — comme si le souffle d’un monstre vu en un songe avait passé sur son visage.
Douloureuse sensation que tu étais avec moi quelques instants encore… songe-t-il en repoussant le drap tout imprégné de la chaleur de son corps. Le vertige revient. Il fait quelques pas, traîne ses pieds jusqu’à la fenêtre, jusqu’aux persiennes fendues qui laissent s’échapper de folles gouttes de Lune.
Il quitte la petite chambre, traverse sans bruit la maison silencieuse. De l’autre côté de la rue, il devine la mer tapie dans l’ombre. Il continue à avancer sur le sable, jusqu’à sentir sur ses pieds nus l’écume qui vient s’étourdir sur le rivage.
Il ne distingue plus que le ballet des étoiles, désespérées d’attendre encore l’aurore. À présent il est à genoux dans le sable, il l’appelle, Hanna !, mais la Lune meurtrie ne veut plus l’écouter. Il chuchote pourtant son nom, encore. Tant de fois son fantôme a passé près de lui, sur ce rivage glacial, tant de fois il a cru entendre sa voix. Les souvenirs qu’il a d’elle ont la pâleur et la folie d’un rêve.
Hanna peut-être ne reviendra pas. Eric se dit qu’il va aller lui écrire une autre lettre. Il se détourne, fait un pas sur les pavés.
Chère Hanna… commence-t-il machinalement, se récitant les mêmes mots familiers, toujours les mêmes.
Hanna, quelque part tu es en vie, quelque part tu te souviens de moi, quelque part tu n’es plus un souvenir, mais un corps, un regard, une danse.
Une lettre ne suffira pas. Et l’espoir revient à lui en déchirer le coeur lorsqu’il décide enfin d’aller la chercher.
Au-dessus de la baie, le ciel commence à s’éclaircir, c’est un monde qui s’évanouit.
Le jour vient pourtant, reflets de cendre sur la mer.
Au matin, Eric dit adieu à la longue plage blanche sur laquelle il l’a attendue pendant des mois. Il commencera par Paris ; ensuite, on verra.
Prends ton élan et cours.
Cours très loin.

© Emeline Durand 2007
reproduction interdite
par mina publié dans : textes en vrac
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