et un jour, quelqu'un m'expliquera comment Pouchkine est mort une première fois entre les bras de l'amant de sa femme, comment son corps reposait dans la neige comme les plumes d'un oiseau, et
comment il y eut trois jours de fièvre avant qu'il ne meure vraiment dans le lit étroit.
un autre jour, on m'expliquera comment les hommes du passé savent rire ou tour à tour devenir mauvais, comment la galanterie devient une valeur rare, surtout comment les instruments à vent ont
besoin de toute la force du corps et de la confiance de l'esprit pour jouer juste, et comment, or donc, sans force ni confiance, on peut espérer jouer encore.
enfin on me dira, il le faut, ce que sont les journées de sursis où tout va bien, mais où une vieille fureur monte et s'accumule jusqu'à déborder, et sous le ciel encore clair, les nuages bleuis,
comment on frappe les murs détrempés de la cour pour sentir la douleur dans les articulations de la main et ne penser qu'à cela. se sentir idiot après. plus idiot encore que le matin, lorsque la
pluie me surprend devant l'arrêt de bus, et lorsque des visages vus souvent tourbillonnent comme un manège.
on me dira pourquoi "pardonner", pourquoi "espérer", pourquoi "encourager"… quoi ?
"c'est de famille, on est des malheureux" (petit Alex devenu grand)
on me dira pourquoi je suis persuadée de cela : on ne peut pas danser avec quelqu'un sans l'aimer terriblement.