Samedi 10 mai 2008
Qui est-elle ? Elle ne veut finalement rien être de plus que cela : une silhouette maladroite qui traîne dans les rues de Paris un peu de son désir d'harmonie. Elle ne se ressemble pas, pourtant, subtile dissonance, profonde incohérence. Elle cherche, semble-t-il ; mais dans la mauvaise direction. Trouvez-la laide, trouvez-la stupide, mais par pitié, ne le lui dites pas. Elle en souffrirait trop. Elle n'est peut-être pas digne des jacinthes que, par brassées, vous déposez devant sa porte.
Elle chemine, encore, elle essaie de s'éloigner. Elle ne dit pas : marcher, elle répète : errer, et ses pieds endoloris en scandent le rythme. Elle essaie de s'éloigner, mais elle doit s'arrêter, le souffle court. Ce sera sous un arbre, dans un soleil déclinant, ou sur un pont, où les voitures font se soulever des pans d'une poussière blanche, doucereuse.
Assise sur un banc dans le jardin de la jeunesse perdue, où les fleurs délicates des marronniers tombent sur sa silhouette comme une pluie consolante. Là, elle reprend son souffle, et…
"Yet, when we came back, late, from the Hyacinths garden,
Your arms full, and your hair wet, I could not
Speak, and my eyes failed…"
Il y a des mots qui font que ses yeux s'assoupissent. Elle souhaite alors, intensément, voiler le monde derrière ses paupières grises. Le sable bâtard des allées, qui crisse sous leurs pas, la rappelle à ce monde. Ils courent, et elle, qui finit par s'essouffler, qu'espère-t-elle maintenant ? Les fleurs violettes qui tombent dans le vent ? La poussière de Paris en été ? La main qui ferme ses paupières et lui promet de lui épargner tant de nuits sans sommeil ?
Close your eyes, we are blind…
Un peu de soleil à travers les arbres, ce n'est pourtant pas contempler l'éternité. Mais dans la brume ou dans le soleil, les sons sont étouffés à présent, les miracles suspendus, le souffle brisé, distendu. Elle ne connaît pas le nom de toutes les fleurs qui poussent là, près d'elle.
Elle sent passer dans son dos comme un frisson. La lumière baisse, il est près de huit heures. Les allées se vident lentement, mais les fleurs continuent de pleuvoir, sans bruit, sur ses épaules.

par mina
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Commentaires

ça ressemble donc à ça des hyacinthes?
c'est beau.
comme le nom, comme le poème.
commentaire n° : 1 posté par : lana le: 12/05/2008 13:57:40
Mina ça ne va plus du tout.
Je ne peux pas continuer à flirter avec ton blog toutes les dix minutes pour vérifier si quelque merveille ciselée comme ce "hyacinth garden" (this is the point I'm gonna write it wrong) n'est pas venue illuminer encore un peu plus cette banale page internet. Zut à la fin.
Ecris mal-dur, je sais, mais à force de volonté on arrive à tout quand on s'appelle Mina:), ou écris toujours, encore, plus!
Une mémoire voleuse d'émerveillement qui attend derrière son ordinateur
commentaire n° : 2 posté par : Camille le: 13/05/2008 21:18:22
je suis très très émue ma belle :D
continue à scruter ces pages, je suis heureuse que tu aimes les lire, c'est pour des gens comme toi que j'écris… et pour des petits mots tout doux comme les tiens que je vais continuer, encore et encore !
encore, encore, toujours plus, ça vaut aussi pour toi :)
je voudrais vous offrir des champs entiers emplis de "hyacinths"…
commentaire n° : 3 posté par : mina le: 13/05/2008 21:34:53

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