Vendredi 18 avril 2008
pas grand-chose en ce moment - je sais. autres préoccupations à régler, mais maintenant que tout est fini, bien fini, je peux retourner vaquer à la culture de ma vie intérieure (tout rapprochement avec des personnages ayant réellement existé étant purement fortuit).
je voudrais ne pas douter. ne pas, par exemple, t'appeler au secours et puiser un peu de force dans cette conversation, qui finira — c'est presque trop beau à vivre pour pouvoir être écrit — sur un pont près de Notre-Dame, sous la pluie toujours, mais avec bonheur.
The wrong guy
at the wrong place
at the wrong moment.
combien de temps ces mots seront-ils vrais encore ?
est-ce que l'imposture sordide, collant à la peau comme une chemise humide sous les pluies de printemps, se guérit si facilement que ça ?
mais le fatidique examen de flûte est passé et me voilà, à la fois forte, reposant mes plumes déchirées sur ce succès, et rongée par les mots durs comme des pointes de fer qui, prononcés au mauvais moment, font vraiment mal. me voilà, vivant intensément dans la musique, voulant plus encore. et j'attaque allégremment le 3ème cycle, et la Ballade de Gaubert et la Sonate des Hamburger (véridique, ou presque) de Carl Philipp. même si V. sait bien que je suis nulle en dictée d'accords.
je vous quitte encore - je vais dans le Sud quêter un petit peu de soleil. je pars, cela devrait être merveilleux, consolant, beau. je pars avec la gorge serrée pourtant - avec l'impression tenace de filer vers la guillotine, vers les vacances les plus déprimantes de ma vie.
Familles, je vous hais, très certainement que je vous hais, quand vous ne savez plus vous mettre d'accord, quand, la gorge nouée, vous me mettez dans vos histoires, familles, je vous hais, je ne veux plus de vous, je pourrais bien un jour décider de claquer la porte.
et si en fait c'était cela ? annihiler le nom du personnage, confondre son identité avec un concept, regarder, plutôt que les traits de son visage et de son caractère, le geste d'une porte qui se referme, du vent qui claque dans la nuit, des jointures de ses mains qui se ferment sur le saxophone ? compter aussi les doigts noircis de l'encre des tracts, les mains figées dans le froid, mais qui trouvent encore l'énergie de brandir le tract, communiquant autour d'elles cet enthousiasme. il y a un peu de fuite là-dessous, mais cela ne fait rien. ça me va assez bien, même.
j'oscille. j'oscille entre plusieurs choses, je crois. d'une part un truc à la fois très doux et très triste, un truc un peu désuet, un peu malheureux, un peu regard qui s'écrase, brouillé de larmes, un peu complainte mélancolique, un peu allée du Jardin des Plantes déserte, et cerisiers en fleurs qui paraissent ternes sur le ciel gris.
d'autre part, un truc très rebondissant - pas un yoyo parce-que-j'aime-pas-le-mot, mais plutôt une corde de guitare un peu effritée - un truc profond, amer, dur à encaisser, mais plein de promesses, un peu musique française très contrastée et expressive, un peu promenades infinies sous la pluie, un peu nuits sans sommeil, un peu odeur de chien mouillé, un peu vacances terrifiantes.
je ne sais pas si vous voyez vraiment ce que je veux dire.
je vous remercie. et surtout ne vous faites pas de souci pour moi - pas la peine. je vais bien. je ne demanderai pas grand-chose de plus.

mais au fond je suis des leurs, ceux qui marchent sous la pluie, veulent en sentir la sensation sur leur peau affaiblie ; ceux qui errent, les pieds dans les flaques, ne sont pas perdus pour autant.

… mimi lisant René sur les marches de la tour Veleda, où Chateaubriand écrivait. c'est moi, c'est tout moi ! les pieds dans les feuilles d'automne, toute à l'émerveillement de découvrir cette nature, cet équilibre. je voudrais que ce soit moi encore.
par mina
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