Samedi 5 avril 2008
encore un texte tout pourri, je sais, je comprends même pas pourquoi je les écris et surtout pourquoi je les publie sur ce blog. à croire qu'un petit bout de moi en a besoin, viscéralement besoin, comme s'il criait en langue indéchiffrable de Wallabies : lisez-moi ! aimez-moi ! suivez-moi, merde !
and excuse me, I must apologize Mr Condon, for I took your name to give it to my hero, but it all makes sense, I swear it. and forget the rest of the world.
celui qui lira tout aura du courage.

La première fuite de Zach eut lieu une nuit ; il se souvint d’être allé se coucher tôt, d'avoir tiré les rideaux sur un ciel sans histoires, et oublia ou plutôt ne sut jamais qu’il avait tourné en rond pendant des heures peut-être, qu’une crise de somnambulisme l’avait amené, au milieu de la nuit, sur le paillasson de ses voisins. L’errance s’inscrivit dans chacune de ses veines, dans le rythme intime de son cœur. Cette première fuite fut peut-être la plus réussie. Zach se découvrit somnambule, mais cette escapade ne suffit pas. Il partit.
La seconde fois, il voulut marcher sous la pluie, improvisa un départ soudain ; il traversa une rue au hasard, manqua de se faire écraser par un camion-poubelle, voulut partir en courant sous la pluie. Il revint pourtant, comme poussé sur le chemin de la maison par un diablotin acharné contre lui. Il était trempé, abattu comme un chien perdu. Celle-là non plus ne suffit pas. Il voulut courir plus loin encore. Il partit.

Il porte Sonja à moitié endormie dans ses bras, l’installe dans son petit lit à côté du sien. Dans la pénombre, il joue un instant avec les mèches légères de ses cheveux, la regarde se blottir contre une peluche, la contemple dans son sommeil. Puis il ferme tout doucement la porte, pensant que Sonja n’a pas besoin de le savoir encore.
Il n’a pas claqué la porte. Il a juste attrapé le sac qu’il avait préparé, qu’il avait caché sous son lit depuis des semaines, attendant l’occasion. Il a fermé la porte ; personne, dans la chambre du fond de l’appartement, n’a réagi.
Lorsque le silence revient, que la porte dans son dos semble ne plus lui renvoyer que l’écho de ce silence, Zach se lève et grimpe l’escalier de l’immeuble, laissant sur le palier du quatrième étage une rancœur rassie et froide comme une buée d’automne.
Au septième étage, il se tient longtemps debout face à l’escalier, entr’ouvre la fenêtre poussiéreuse sur un peu de nuit. Des nuages mauves, une clarté couleur de poison dans le ciel. Zach s’accroupit sous la fenêtre, sous le ciel. Un grondement sourd s’échappe de la croisée entr’ouverte, monte un souffle de la nuit alors qu’autour de lui, le silence se fait.
Je ne veux pas vivre dans le silence.
Il ne veut pas non plus regarder le ciel, la succession des toits, les fenêtres entrebâillées sur des rêves tus trop longtemps, la poussière des vallées où personne ne marche, la cendre des cheminées de fer-blanc.
Il ferme les yeux, se prépare à ne plus bouger.
À l’aube, il a hissé la boîte du saxophone sur ses épaules, l’a sentie se caler entre ses omoplates. Le son très lointain des cloches l’a réveillé, l’angélus qui perce à travers le ciel blanc.
Ses doigts tremblaient, engourdis par le sommeil éberlué de cette nuit, de sa première nuit de liberté. Il avait gelé pendant la nuit, et le ciel était pâle comme la nuée blanche des jours d’hiver.
Zach a regardé une dernière fois la cour à ses pieds, les grands arbres dont les feuilles longues se penchaient comme pour mieux guider les gouttes de pluie qui ruisselleraient le long de leurs doigts ; le mur brun où des lianes poussaient entre les pierres disjointes, le sol pavé, la minuscule fontaine. Le saxophone pesait sur ses épaules, comme pour l’entraîner de l’autre côté.
C’était un départ, cette fois-ci. Ce n’était pas l’adieu radieux, la lumière triomphante des couchers de soleil, le sourire invincible de celui qui s’en va heureux et certain, absolument certain de revenir. C’était le départ en douce au petit matin, par l’escalier de service, le départ sans personne pour agiter la main par la fenêtre et signer face à une aurore épanouie des promesses impérieuses de bonheur. C’était la fuite en avant, les premiers pas étouffés de peur d’attirer l’attention, les pas maladroits qui semblaient si sonores, résonnant dans l’énorme espace de sa culpabilité. C’était un départ pourtant, et la porte se refermait derrière lui.
Lorsqu’il se trouve au pied de l’immeuble, la peur soudain l’envahit. Où courir, où ne pas courir ? Zach marche jusqu’à la Seine, comme suivant un très vieil instinct. Il marche longtemps, mais au moins réussit à ne pas réfléchir.
Le jour se lève à peine. Un peu de lumière coule, morose, sur les immeubles du bord de la rivière. Zach se souvient des jours de pluie qu’il a essuyés ces dernières semaines. Les Parisiens disent qu’il va y avoir une crue, mais si, la crue centénale. La rivière brunie est haute ; par endroits, les pavés des quais affleurent juste sous la surface de ses eaux silencieuses.
Zach trouve sur son chemin, tout au bord de la Seine, un parc à jeux pour enfants, des balançoires, des toboggans, une de ces constructions qui font l’enthousiasme des enfants, lancés à l’attaque de l’ambitieux château fort. Zach se hisse sur la passerelle en bois, pose sur ses genoux la boîte longue du saxophone. Il reste assis là très longtemps — pensant peut-être que la journée n’a pas encore vraiment commencé.
Des gouttes de poison suintent sur le bout de ses doigts. Epuisé, il voudrait fermer les yeux, laisser tomber sa tête sur sa poitrine et réussir à ne plus la relever. Pour se réveiller, il cogne du poing contre le bois, de plus en plus fort, jusqu’à ce que l’horizon se trouble et que les jointures de ses doigts craquent sous l’affront.
Lorsqu’il repart, brutalement tiré de l’hébétude par les pétarades des premières voitures, ses mains en sang ont à peine la force de porter le saxophone.
À l’ouverture, Zach va s’égarer dans les allées du Jardin des Plantes. Mais ce n’est pas encore tout à fait cela. Son corps reconnaît les routes qu’il suit en vain, sans y croire ; ses pas refusent encore de suivre le chemin tout tracé qui s’offre à eux. Il croit se perdre, et ne fait que visiter des tombeaux de roses, des lambeaux de mémoire.
Il croise les soi-disant kangourous du Jardin des Plantes, les regarde faire quelques bonds piteux devant lui ; il préfère les lions, leurs pattes couvertes de la poussière des vieux jouets fatigués, les pandas louchant complaisamment sur la fantaisie printanière du jardin. Il tourne mille fois en rond entre les arbres, remue du bout du pied un bassin de feuilles mortes et renifle l’odeur fraîche et nostalgique qui s’en dégage. Dans un océan de culpabilité, ceci, pense-t-il, a un jour été un îlot de réconfort.
Là, il y a des œillets et des jonquilles dans les pelouses, il y a des cerisiers en fleurs ; la beauté ranimée du jardin désuet au printemps. Il y a des manèges qui lentement se remettent en route, des arbres aux branches tortueuses qui abritent les êtres seuls. Des fleurs fanées sur leurs tiges encore vertes, des réminiscences de fantômes flottent derrière les barreaux du jardin alpin, des statues de bronze pâli. Et l’unique cordeau des trompettes marines.
Il dort sur un banc, emmitouflé dans sa veste noire, la tête posée sur le métal gris de la boîte du saxophone. Il fait mine de jeter sa carte d’identité dans une poubelle, acte de provocation, première pierre d’un édifice de liberté peut-être. Il fait le tour du pâté de maisons, traîne des pieds, mais revient tout de même chercher la carte au fond de la poubelle, furieux contre lui-même.
Il quitte le Jardin, marche encore le long de la Seine. Il descend un escalier glissant avec des gestes de fou, fend l’air en désordre comme pour se rattraper à des filins invisibles. La corde est cassée et, dans ses pas hésitants, marchent des nuées de souvenirs qui menacent de l’écraser. Un homme veut prendre sa main pour l’aider à descendre, il la repousse et continue à tomber.
Et ainsi marcha-t-il loin des chemins étroits. Pendant des journées entières.

© Emeline Durand 2008.

résurgence du petit "©" qui avait tant plu à certains.
ambiguïté du bonheur — se sentir en vie, si pleinement envie, se sentir prêt à tous les explois — et s'effondrer comme une vieille crèpe pourtant, parce qu'au fond on n'y croit plus vraiment.
imperturbable constance du désespoir
facilité de la solitude
évidence du stress
insupportable lourdeur de l'être
immuable recours à des absences inoubliables, des présences courageuses.
does it really make sense ?
par mina
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Retour à la page d'accueil

Présentation

Recherche

Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Liens

Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus