… L'incertitude de nos voies nous tourmenta toute la vie. Que te dirais-je ? Tout choix est effrayant, quand on y songe : effrayante une liberté qui ne guide plus un devoir. C'est une route à élire
dans un pays de toutes parts inconnu, où chacun fait
sa découverte et, remarque-le bien, ne la fait que pour soi ; de sorte que la plus incertaine trace dans la plus ignorée Afrique est
moins douteuse encore… Des bocages ombreux nous attirent ; des mirages de sources pas encore taries… Mais plutôt les sources seront où les feront couler nos désirs ; car le pays n'existe qu'à
mesure que le forme notre approche, et le paysage à l'entour, peu à peu, devant notre marche se dispose ; et nous ne voyons pas au bout de l'horizon ; et même près de nous ce n'est qu'une
successive et modifiable apparence.
(…)
Et tu seras pareil, Nathanaël, à qui suivrait pour se guider une lumière que lui-même tiendrait en sa main.
(…)
Et notre vie aura été devant nous comme ce verre plein d'eau glacée, ce verre humide que tiennent les mains d'un fiévreux, qui veut voir, et qui boit tout d'un trait sachant qu'il devrait
attendre, mais ne pouvant pas repousser ce verre délicieux à ses lèvres, tant est fraîche cette eau, tant l'altère la cuisson de la fièvre.
André Gide, Les Nourritures terrestres.
photo qui n'a (presque) rien à voir : c'est la Grèce, la mer des oliviers, à Delphes. l'aube est belle là-bas, brumeuse et pleine d'espoirs. comme nous. environnés de l'air trouble de nos passions,
éblouis par un peu de lumière qui filtre à travers le brouillard, mais le regard tourné vers un ailleurs plus beau.