— Tchao, KaKao !
— Qui ça ? un cheval dans un manteau… (traduction littérale du russe)
— Garçon, un gin-fizz !
— Oh, regarde, là-haut, la Lune !
— Ah bon ? la Lune ? "c'est toi là-bas dans le noirrrrrrr ?"
— Mais siiiii, là, on la voit, à gauche du dernier marron, enfin, si c'est un marron…
— Mais non, t'es bête, ça peut pas être un marron, c'est un platane ! bah, c'est un chaton de platane quoi !
— Un chaton ?!!!
— Imagine, là, un pied, tout seul…
— Si c'est un pied !
bref :) quelques franches envies de rire ces jours-ci — comme pour tordre le cou à la tension qui a pesé sur nous tous, êtres
fragiles, traînant derrière nous le poids de nos hésitations, de nos désirs ambigus, de nos efforts et de notre liberté…
j'aime quand une semaine tout simplement atroce se termine aussi joliment… ce sera pour moi, s'il vous plaît, une orgie de sushis-maki-et tout le reste, en entrée ;
une heure de rêve sur un parc à jeux au bord de la Seine, à vagabonder sur un mini château fort haut comme trois pommes, à se croire souverains du monde sous un ciel mauve parsemé d'éclats de rire,
avec entrée par effraction de surcroît, et tentative de s'échapper encore plus haut dans le ciel — je voooole !! —, le plat de résistance ;
en dessert, un samedi bien rempli, teinté d'une nostalgie à peine douloureuse, c'est la mignardise, je suppose : conversations au soleil et évocation émue des jeux de notre enfance ; pérégrinations
dans les étages d'un immeuble pas encore oublié boulevard Beaumarchais ; TPE, gin-fizz ou presque, retour en métro parce que petite pluie de printemps dans l'air chaud du jour qui faiblit.
j'aime quand une semaine tout simplement atroce… se termine, et me trouve devant le même rideau de pluie — pour ne pas dire devant le même mur —, traînant dans mon dos des casseroles qui
brinquebalent sur le sol et marquent mes pas dans la terre.
je ne veux pas être nostalgique.
je ne veux pas y repenser, un bout de ma vie qui n'est pas mort mais, comme le bras affaibli d'une rivière, se disperse en flaques dorées, s'évapore en une trace sinueuse qu'on peut à peine suivre,
qu'il faut d'abord retrouver entre les racines des arbres, puis accepter de la laisser se perdre. à l'arrivée, qui sait, c'est peut-être une source plus pure, vivifiée, renaissante dans la
lumière.
mais quand même, je ne veux pas rester assise sur cet escalier à regarder, par la fenêtre du 4ème étage, les toits de Paris, je ne veux pas rôder, je ne veux pas partir en chasse de bribes de
mémoire, je ne veux même pas rire parce que les nouveaux locataires du 6ème ont décoré leur porte d'une photo de François Hollande, je ne veux pas me pencher, le souffle coupé, sur la porte éraflée
qui a été pendant dix ans l'entrée de chez moi et la porte de ma vie.
je ne veux pas me souvenir.
et merde.
je m'interroge sur la proximité, en anglais, de ces deux sinistres verbes : to forgive, to forget, eh bien, ça commence pareil, est-ce que je dois emprunter pour un temps le même chemin pour
pardonner avant d'avoir oublié ?! pour réussir à te pardonner avant de t'avoir oublié ?!
je lance un appel au secours, mais le seul être capable de m'aider ne m'entendra pas. dégage, fantôme, retourne à ce même silence, laisse les vivants — les vivants ? — faire leur foutu deuil
tranquille. deuil ? c'est curieux, ce que le choix des mots semble nous suggérer.
je me tais mais…
"Et maintenant encore que dirai-je ? Parce que ma bouche se tait, pensez-vous que mon coeur se repose ?" (Gide,
Les Nourritures terrestres)
passons à autre chose.
un chaton gris a débarqué chez moi, aujourd'hui. il est adorable, on dirait une peluche, comme l'a très justement remarqué Lana — et encore, il dormait dans le placard... un gros chaton de cinq ou
six mois, gris tigré, non, pas comme MON chat, mais au moins aussi chou. perdu, abandonné, enfui ? ma mère et moi rions à l'idée qu'il avait peut-être prévu son évasion, qu'il a serré les quenottes
en attendant le grand jour qui le verrait enfin se débarrasser de sa vie parisienne —
"Familles, je vous hais ! foyers clos ; portes refermées ; possessions
jalouses du bonheur." enfin, l'animal s'est retrouvé chez nous, la famille à chats par excellence, bien sûr… il est fragile, craintif, agressif pour l'instant ; commence seulement à
s'apaiser un peu ce soir, après avoir mangé et roupillé près de moi. je le regarde en souriant, il ne comprend pas, mais bon, peut-être qu'il a une petite idée des sentiments élevés que j'essaie de
lui transmettre. j'ai insisté pour lui donner un nom, en attendant d'avoir retrouvé son propriétaire — celui-là à intérêt à se bouger, la situation devient tendue avec mon propre chat, occupant
légitime des lieux. pour l'instant, je l'ai appelé Zach, en hommage au chanteur de Beirut. c'est toujours mieux que Robert ou Brise, n'est-ce pas K. ?!
"Texas
I won't come home
Not even if you call
I can't hear you at all"
Arcade Fire - Brazil
j'y mesure le poids de ma liberté, et sa richesse.
un gros "tchao cacao" à vous tous.
hoho (parce que c'est rigolo)
wooooooo (pour des moments si beaux)
et tchao cacao!