Un mouvement imperceptible au-dehors, dans la rue immobile, peut-être un dernier souffle du vent, peut-être la danse infinie des ombres. Eric, étendu dans la pénombre, fronce les sourcils, sans
toutefois quitter l’étreinte réconfortante du repos.
Au-dessus du lit, de fins rayons de lune dessinent sur les murs d’étranges arabesques, des êtres de lumière fugitifs. Murmure confus des rêves dans le silence. Il s’éveille enfin : une fois de
plus, un fantôme est venu le tirer de son sommeil. Le rêve s’évanouit autour de lui tandis qu’il écarquille des yeux épouvantés, aussitôt envahi d’une panique familière — comme si le souffle d’un
monstre vu en un songe avait passé sur son visage.
Douloureuse sensation que tu étais avec moi quelques instants encore… songe-t-il en repoussant le drap tout imprégné de la chaleur de son corps. Le vertige revient. Il fait quelques pas,
traîne ses pieds jusqu’à la fenêtre, jusqu’aux persiennes fendues qui laissent s’échapper de folles gouttes de Lune.
Il quitte la petite chambre, traverse sans bruit la maison silencieuse. De l’autre côté de la rue, il devine la mer tapie dans l’ombre. Il continue à avancer sur le sable, jusqu’à sentir sur ses
pieds nus l’écume qui vient s’étourdir sur le rivage.
Il ne distingue plus que le ballet des étoiles, désespérées d’attendre encore l’aurore. À présent il est à genoux dans le sable, il l’appelle,
Hanna !, mais la Lune meurtrie ne veut plus
l’écouter. Il chuchote pourtant son nom, encore. Tant de fois son fantôme a passé près de lui, sur ce rivage glacial, tant de fois il a cru entendre sa voix. Les souvenirs qu’il a d’elle ont la
pâleur et la folie d’un rêve.
Hanna peut-être ne reviendra pas. Eric se dit qu’il va aller lui écrire une autre lettre. Il se détourne, fait un pas sur les pavés.
Chère Hanna… commence-t-il machinalement, se récitant les mêmes mots familiers, toujours les mêmes.
Hanna, quelque part tu es en vie, quelque part tu te souviens de moi, quelque part tu n’es plus un souvenir, mais un corps, un regard, une danse.
Une lettre ne suffira pas. Et l’espoir revient à lui en déchirer le coeur lorsqu’il décide enfin d’aller la chercher.
Au-dessus de la baie, le ciel commence à s’éclaircir, c’est un monde qui s’évanouit.
Le jour vient pourtant, reflets de cendre sur la mer.
Au matin, Eric dit adieu à la longue plage blanche sur laquelle il l’a attendue pendant des mois. Il commencera par Paris ; ensuite, on verra.
Prends ton élan et cours.
Cours très loin.
© Emeline Durand 2007
reproduction interdite
(si j'ai bien compris c'est plus du E.Durand que les autres textes. et bien, j'aime le E.Durand)