voilà, c'est Noël :D
j'ai bien réfléchi ces derniers jours. comment manifester, sur ce blog où vous êtes si actifs, si importants pour moi, à quel point je vous remercie d'être là ?
j'ai fini par avoir une tite idée. je vous avais promis une nouvelle, la voilà, c'est comme un ptit cadeau de noël pour vous que j'aime tant.
elle date d'il y a quelques jours seulement. elle est écrite dans un style plutôt classique qui m'est vraiment inhabituel. enfin, j'ai laissé faire ma "plume" comme elle le voulait, et voilà.
joyeux Noël alors…
j'espère que ce Noël vous apportera beaucoup de bonheur et d'espoir.
luv you :D
Une dernière danse avant l’aube
Une dernière danse avant l’aube, décida-t-elle en regardant, par les vastes fenêtres, la lune qui s’enfuyait, le ciel qui blêmissait. Elle sortit pourtant sur le balcon ; la nuit aussi dansait
devant ses yeux, le vertige du petit matin la reprenait. Dans l’obscurité évanouie, le monde se révélait sous d’éphémères ponts de funambules. L’aube l’emplissait de cette lumière ambiguë qui
pouvait venir aussi bien d’un rêve que d’une mort assourdie.
Il la chercha et la trouva là, sur ce balcon suspendu, isolé comme un regard flou. Il la tira de la langueur de l’aube et l’entraîna à l’intérieur.
Dansons, veux-tu ? dit-il, et elle le suivit sans résistance.
Elle ne vit pas la salle vaciller légèrement sous ses pieds, elle ne le vit pas se pencher sur le gramophone et faire naître la musique du bout des doigts. Ils dansèrent sans qu’elle sût très bien
ce qui la faisait tourner entre ses bras. Ils dansèrent longtemps et la musique abandonna lentement son corps ; les sons quittèrent ses doigts qui voulaient encore s’accrocher à lui, et lui-même la
laissa partir, sans essayer de la retenir.
La salle du bal s’était vidée ; peu à peu, les autres avaient quitté le cœur de la danse, et elle n’avait pas voulu les suivre ; elle était restée, ils avaient dansé encore. Maintenant l’aube, qui
les avait pourchassés toute la nuit durant, les rattrapait, les enserrait dans son souffle trouble.
Madeleine parut près de la porte et regarda avec indifférence la salle abandonnée, le gramophone qui chuchotait un pas de danse oublié. Les premiers rayons du soleil glissaient sur le vide étourdi
de la pièce. Les bouteilles vides s’alignaient sagement sous le piano ; toute vie effacée, toute présence éteinte, seul un cendrier fumait encore comme un cœur qui bat. Jacques avait fermé les
yeux, effondré sur le tapis. Madeleine le regarda longuement, tandis que la musique reprenait vaillamment un air désuet ; et elle s’étonna de sentir tout au fond de son cœur quelque chose qui
ressemblait à une larme aussitôt asséchée.
Elle retourna sur le balcon et sentit l’air s’adoucir. Ils avaient dansé longtemps : à présent, la mer au loin se fondait dans la poussière dorée des premières lueurs. Elle tendit la main vers
l’océan ; le ciel fleurissait au bout de ses doigts. Le jardin à ses pieds s’emplissait de cette renaissance : le parfum des fleurs montait sous la treille, dans la rosée, et les ombres se
réfugiaient entre les buissons, là où l’aurore et ses odeurs neigeuses ne retourneraient pas les chercher.
D’autres aurores, ils en avaient connu ; d’autres danses illusoires qui s’étaient évanouies avant l’aube ; d’autres souvenirs qui se perdaient : quelqu’un avait cessé de battre la mesure de leur
dernière danse.
Jacques revint auprès d’elle et l’embrassa. Elle s’enivra un instant de l’odeur qu’il traînait avec lui, odeur de passion et de cigarette, odeur qu’elle avait reconnue bien avant de s’émerveiller
au son de sa voix.
L’aurore avait un goût de cendre. Madeleine distinguait les rivages blanchis sur lesquels la mer venait s’éteindre sans douleur ; l’oubli aussi était un rivage apaisé, sourd aux sanglots des
vagues. Elle comprit, indifférente, que des lambeaux de sa vie avec Jacques disparaissaient comme les notes d’un dernier leitmotiv. Mais les dernières mesures ne lui manqueraient pas.
Vivre en
une danse, vivre au rythme de la valse, il n’y a rien de tel, avait dit Jacques, mais Madeleine savait qu’ils se sentaient maintenant tous deux, dans ce mensonge de la musique, des
imposteurs.
Et pourtant l’aurore chantait encore : “
cette chanson d’amour… qui toujours recommence.” Les rêves avortés naissaient et mouraient au-dessus de la mer, traçaient sur l’eau un million de
minuscules tempêtes. Elle marchait sur ce fil, somnambule malhabile, et, du ciel, elle ne voyait plus que les étoiles qui s’éteignaient l’une après l’autre.
Madeleine songea une dernière fois à Jacques et à la salle de bal tristement solitaire. L’aube n’apporterait pas de réconfort, mais seulement un peu plus de silence. Jacques continuerait à rêver et
à danser ; ils vivraient encore tous deux, flots de mots et de poussière, dans un tissu de souvenirs qui les protégeait d’un sort obscur. La nuit, l’oubli, les avaient unis dans une même danse
désespérée, mais l’aube, au contraire, devrait les séparer.
Lorsque l’aurore céda au jour, Madeleine soudain ne fut plus là. Jacques s’éveilla dans l’angoisse de savoir que son ombre aimante avait cessé de le recouvrir, de le protéger, de l’entraîner au
loin, là où les étoiles avaient encore confiance. Il courut les forêts et les tempêtes, il franchit les océans, oublia ses regards à guetter son ombre sur la mer. Il s’enfuit après elle, perdit
bientôt dans la fuite la trace de ses propres pas. Il compta quelques aurores de plus et constata que ses larmes blanchissaient toujours le même rivage sur lequel elle l’avait laissé. Madeleine ne
revint pas. Jacques la chercha en vain. Silence enfin.
© Emeline Durand 2007
reproduction interdite
(ça fait hyper sérieux n'est-ce pas ^^ *trop fière* ^^)