Jeudi 10 janvier 2008
Matin

N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or. — trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m’expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler !
Pourtant, aujourd’hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C’était bien l’enfer ; l’ancien, celui dont le fils de l’homme ouvrit les portes.
Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l’étoile d’argent, toujours, sans que s’émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le coeur, l’âme, l’esprit. Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, adorer — les premiers ! — Noël sur la Terre !
Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie.

Arthur Rimbaud - Une saison en enfer.

ma lananou que j'aime,
these words are for you.
you don't even need to say "I want", and I don't even need to say "I promise", for I'll always be with you.
whatever happens we'll stay hand in hand and face together that terrible life.

undefined Rimbaud par Ernest Pignon-Ernest — je l'aime lui (Rimbaud) :)
Par mina
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Mercredi 9 janvier 2008
SIMONE1.gif
mon héroïne du 20ème siècle.
bon anniversaire Grande Simone =)

Par mina
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Mardi 8 janvier 2008
bon. il n'y a pas de vie sur Mars, je crois (filons donc la métaphore, pour ceux qui ont suivi, depuis l'article de la dernière fois). les sondes Machin-chose l'ont bien montré. un somptueux désert de sable rouge, certainement pas d'autres étoiles à observer de là-bas.

Life goes by, things fall from somewhere, deep inside those blue clouds you don't even want to believe. life goes by, then runs away. things that you keep tearing apart… and you won't even try and catch them, just let them go away, just say you don't care, just keep quiet, just tell your lips to keep silent when they want to scream.

then don't say you feel alone anymore.

voilà, j'y arrive pas, je crois que c'est clair. il se passe toujours tellement de choses quand je ne suis pas là. il suffit que je détourne le regard, et voilà qu'une vie passionnante m'échappe, me file entre les doigts, comme si je ne la méritais pas.

ça doit être pour ça que j'écris des textes sur des filles solitaires. histoire de… changer d'air ? haha. très drôle.

Tout droit, elle marche. La nuit s'évanouit autour d'elle. Des odeurs troubles montent du fleuve. Elle suit les lumières de la Seine, qui la guident vers ces jardins suspendus dans le noir, les quais. Tout droit, elle marche, vers le fleuve.
Je la suis, loin derrière elle, assez proche pour l'apercevoir tout juste. Je la suis, m'arrête avec elle sur le pont. Je la sens inspirer le même air, les mêmes souffles froids que je respire.
Elle continue. Ses mains se crispent. Je devine qu'elle hésite dans l'ombre. Le froid vient. La nuit est complète à présent, elle marche, elle a le souffle court. Elle descend sur le bord de l'eau, longe les bateaux qui se balancent paresseusement. Elle remonte les quais dans la fraîcheur des coins oubliés. Je distingue à peine les branches des acacias qui cernent le ciel, et au-delà, libèrent Paris, Paris qui disparaîtra si elle continue à marcher.
La ligne des immeubles se trouble après que nous avons quitté la dernière rue, derrière nous, derrière notre ombre qui s'effile dans le noir.
Elle a trouvé l'endroit idéal, après avoir tant couru. Elle s'arrête, elle crie dans le noir. Je vois ses yeux se fermer, comme si elle tombait dans le noir, dans ce cri qui résonne contre l'eau, contre les acacias, contre la Seine qui l'enserre et voudrait la protéger. Elle tourne vers moi des yeux brisés.
Elle s'assied par terre et ne bouge plus. L'obscurité s'éteint contre elle, contre son corps blotti tout près de la rivière.
Je ne bouge pas. Sur le pont, je la regarde s'endormir. Les bruits de la ville s'assourdissent.
Je voudrais fermer moi-même ses paupières. Je voudrais être la main qui se posera demain sur son épaule et lui dira : "C'est l'aube". Je voudrais veiller sur la nuit qu'elle va peut-être passer là, seule dans son lit de pierre près de la Seine. Et ses regards éteints qui toujours s'abandonnent. Et ses mains maladroites toujours vers les étoiles.
Je la quitte là, sur ce pont. La nuit reprend ses droits sur elle, je lui la laisse. Je reviens, je marche comme elle dans les rues de la ville. Je marche, tout droit, rues immobiles et désincarnées. La Lune n'est pas encore levée, mais elle baigne déjà de son silence cette nuit loin d'elle.
Les étoiles crèvent. La nuit est complète, la Seine évanouie.

hulul-3.jpg je m'en vais faire du thé aux larmes.
vous connaissez Hulul ? un livre pour enfants, encore un qui a beaucoup compté pour moi ;)
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Lundi 7 janvier 2008
pourquoi… j'ai plus le courage ?
pourquoi… mes yeux se ferment et n'ont pas envie de se rouvrir ?
pourquoi… j'ai peur ?
pourquoi… je veux pas y retourner ?
je veux pas y retourner.
pitié ! :(

il y a de la vie sur Mars, à votre avis ?
je partirais bien là-bas, moi, marcher dans un océan de sable rouge, dans le jour brûlant, la nuit glaciale. juste… pour sentir… au bout de mes doigts… et dans tout mon corps… que je suis en vie.

les bouteilles à la mer, elles arrivent aussi sur Mars ? ;)


Tais-toi et va réviser ton oral de français !…

j'ai tout de même hâte de vous revoir. ça sert à ça, aussi, le lycée…
luv
Par mina
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Vendredi 4 janvier 2008
(voir le commentaire de Camille, sur l'article de dimanche 23, À la fin tu es las de ce monde ancien)

oh, camille… j'hallucine devant mon écran d'ordi, je n'ose pas y croire, et pourtant si, il est là, c'est le plus beau commentaire de tout ce misérable blog, je l'ai relu tant de fois que je le connais par coeur :)
je suis vraiment heureuse de découvrir que ce que j'écris trouve un écho en toi, c'est vraiment tout ce que j'espérais en créant ce blog. je me reconnais entièrement dans ce que tu écris : le plaisir solitaire des blogs, qui, lui, ne porte pas à conséquence, juste rester planqué derrière un écran, et à travers lui découvrir un monde, des mots, croire découvrir un être en l'espionnant un peu… je connais ça, j'en suis même une fervente adepte, mais heureusement que certains ont le courage de passer au-delà et d'écrire, comme tu l'as fait. moi aussi, je suis pas à pas, régulièrement, les mots de camille sur son blog, toujours enthousiaste de lire ce que tu écris, toujours ravie de le trouver à chaque fois plus passionnant. mais moi, je tourne en rond dans l'ombre, on va dire ;)
je vois que les doutes, les désespoirs quotidiens, ce tourbillon qui nous tombe dessus un peu chaque jour, nous touchent toutes les deux. je pense que tu sais à quel point ça peut être violent… destructeur… heureusement qu'il y a aussi de petits bouts d'espoir de temps en temps !
les textes des "Hommes Mythes" nous aident, je crois. ils nous tendent la main, nous invitent à les rejoindre, nous crient, du haut de leurs étoiles, des paroles d'encouragement. et puis heureusement qu'ils sont là, comme un refuge réconfortant, quand on a envie de détourner des yeux dégoûtés de ces lignes, encore les mêmes ratures et l'élan qui s'assèche.
j'ai besoin, je t'assure, que quelqu'un me dise "n'arrête jamais d'écrire, surtout n'arrête pas !"
je te retourne cette phrase, parce qu'elle m'a fait du bien et parce qu'elle devrait devenir notre doctrine. (elle fait partie de mes bonnes résolutions pour chaque nouvelle année, depuis… toujours… c'est dire !)
c'est peut-être plus simple qu'on ne le pense, tu ne crois pas ? :)
je garde ton commentaire avec moi, précieusement, même jalousement, comme un témoignage de courage. on peut y arriver, je te le promets.
merci, petite inconnue (?) que j'espère tellement mieux connaître. et bon courage. et merci encore. et bonne année ma belle, une grande année d'écriture pour nous deux.
;-)
Par mina
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Mardi 1 janvier 2008
undefined
je vous souhaite une belle année 2008 :)
j'espère que vous avez passé une bonne dernière soirée de 2007 ! je pense que je vais un peu regretter cette année, mais bon, j'ai décidé d'être optimiste — ça fait partie de mes bonnes résolutions — et donc que 2008 serait une année magnifique.
2008 SERA une année magnifique :)

voilà une chanson que j'écoutais ces derniers temps, elle me semble bien convenir à ces rêves de bonheur, d'optimisme.

Cat Power - Maybe Not
there's a dream that I see, I pray it can be
across the land
shake this land
a wish or a command
a dream that I see
don't kill it, it's free
you're just a man
you'll get what you can
we all do what we can
so we can do just one more thing
we can all be free
maybe not with words
maybe not with a look
but with your mind
but listen to me
don't walk that street
there's always an end to it
come and be free, you know who I am
we're just a living people
we won't have a thing
so we've got nothing to lose
we can all be free…
you've got to choose a wish or command
if the turn of the tide is weathering thee
remember one thing
a dream you can see
pray it to be
shake this land
we all do what we can
so we can do just one more thing
we won't have a thing
so we've got nothing to lose
we could all be free…
Par mina
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Samedi 29 décembre 2007
Un mouvement imperceptible au-dehors, dans la rue immobile, peut-être un dernier souffle du vent, peut-être la danse infinie des ombres. Eric, étendu dans la pénombre, fronce les sourcils, sans toutefois quitter l’étreinte réconfortante du repos.
Au-dessus du lit, de fins rayons de lune dessinent sur les murs d’étranges arabesques, des êtres de lumière fugitifs. Murmure confus des rêves dans le silence. Il s’éveille enfin : une fois de plus, un fantôme est venu le tirer de son sommeil. Le rêve s’évanouit autour de lui tandis qu’il écarquille des yeux épouvantés, aussitôt envahi d’une panique familière — comme si le souffle d’un monstre vu en un songe avait passé sur son visage.
Douloureuse sensation que tu étais avec moi quelques instants encore… songe-t-il en repoussant le drap tout imprégné de la chaleur de son corps. Le vertige revient. Il fait quelques pas, traîne ses pieds jusqu’à la fenêtre, jusqu’aux persiennes fendues qui laissent s’échapper de folles gouttes de Lune.
Il quitte la petite chambre, traverse sans bruit la maison silencieuse. De l’autre côté de la rue, il devine la mer tapie dans l’ombre. Il continue à avancer sur le sable, jusqu’à sentir sur ses pieds nus l’écume qui vient s’étourdir sur le rivage.
Il ne distingue plus que le ballet des étoiles, désespérées d’attendre encore l’aurore. À présent il est à genoux dans le sable, il l’appelle, Hanna !, mais la Lune meurtrie ne veut plus l’écouter. Il chuchote pourtant son nom, encore. Tant de fois son fantôme a passé près de lui, sur ce rivage glacial, tant de fois il a cru entendre sa voix. Les souvenirs qu’il a d’elle ont la pâleur et la folie d’un rêve.
Hanna peut-être ne reviendra pas. Eric se dit qu’il va aller lui écrire une autre lettre. Il se détourne, fait un pas sur les pavés.
Chère Hanna… commence-t-il machinalement, se récitant les mêmes mots familiers, toujours les mêmes.
Hanna, quelque part tu es en vie, quelque part tu te souviens de moi, quelque part tu n’es plus un souvenir, mais un corps, un regard, une danse.
Une lettre ne suffira pas. Et l’espoir revient à lui en déchirer le coeur lorsqu’il décide enfin d’aller la chercher.
Au-dessus de la baie, le ciel commence à s’éclaircir, c’est un monde qui s’évanouit.
Le jour vient pourtant, reflets de cendre sur la mer.
Au matin, Eric dit adieu à la longue plage blanche sur laquelle il l’a attendue pendant des mois. Il commencera par Paris ; ensuite, on verra.
Prends ton élan et cours.
Cours très loin.

© Emeline Durand 2007
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Samedi 29 décembre 2007
j'ai envie de parler de vous.
les vacances, c'est ça aussi, je crois. pas plancher sur une disserte pendant toute la soirée, pas essayer d'apprendre la philosophie d'Héraclite en prévision d'un oral blanc (grumble - grumble - grumble), pas rester au fond de son lit tout le temps.
ça serait plutôt quelque chose comme…
manger trop de Michel & Augustin avec Vous, de cheese-cake avec Toi, de café avec Autre Toi…
trop marcher dans paris, arpenter les quais de la Seine parce que ça va beaucoup moins vite que le métro et qu'on a tant de choses à se dire…
choisir le bar-tabac le plus miteux, juste pour rire, ou le japonais le plus classe pour s'empiffrer joyeusement de maki californiens (n'est-ce pas ?)
aller tout le temps au cinéma, ou bien, quand on n'y va pas, faire semblant de vivre comme au cinéma (Woody & Louis!!!!)
passer des heures au téléphone, quitte à se faire sérieusement gronder (fais attention, les ondes !!!!! je vous jure, elle m'a vraiment sorti ça. pff, les adultes !)
rouvrir le petit carnet noir, relire les mots de cet été et continuer, comme si je ne savais pas que c'est nul mais que ça me rend profondément heureuse.
écouter Cat Power à s'en donner le vertige tellement c'est beau et triste.
choisir de relire Arnaud Cathrine avec la même ferveur, plutôt que de s'attaquer aux Vies parallèles.
pleurer sur la mort de Benazir Bhutto et rêver sur la jeunesse de Simone.

Will you catch me when I fall ?
Cause the world we had once
Is slipping away from inside our hands…
Yes you will.
x--n-copie-1.jpg
toi parce que j'ai pas besoin de tout expliquer, parce que tu comprends tout, tu sais tout, tu devineras toujours ce que je ne dis pas. toi parce que, après toutes ces années, le lien est intact et plus précieux que jamais. l-ann--e-de-la-moustache-2.JPG toi parce que c'est indicible à quel point je t'aime et à quel point, grâce à toi, l'année de la moustache a été belle.
l--mir-et-thomas.jpg toi parce que la vie est toujours belle avec toi, même quand on va voir des films catastrophiques ^^

il manque lana dont je n'ai pas de photo, malheureusement (comprendra-t-elle le message subliminal ?!).
mais toi, toujours toi, parce que nous partageons tant de choses, tant de mots que, l'une et l'autre, nous comprenons si bien.

vous, nous, vous toujours. merci.
Par mina
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Mercredi 26 décembre 2007
devinez ce que j'ai fait hier soir, soir de Noël, au lieu de rester au fond de mon canapé devant le sempiternel Père Noël est une ordure ? je suis allée écouter un concert de Woody Allen au Théâtre du Châtelet…

si si, j'ai bien dit Woody Allen, en concert. oui, pour ceux qui ne sont pas encore au courant, Monsieur Allen joue de la clarinette et fait partie d'un groupe de jazz qui joue principalement la musique de la Nouvelle-Orléans... et pas trop mal en plus !
bref, pour revenir un peu sur les circonstances… cela fait trois mois que Julien me disait : "tu sais quoi, je vais écouter Woody le soir de Noël…" on peut dire que ça s'était bien imprimé dans ma tête, mais ça restait un peu un sujet de plaisanterie pour moi, je l'avoue.
et là, hier midi, il m'appelle pour me proposer de venir, suite à une défection d'un membre de sa famille. et moi je me précipite, tant pis pour ledit parent ^^

donc j'y suis allée ! on a rigolé pendant toute la soirée parce que, franchement, c'est trop marrant cette musique! et Woody joue de la clarinette comme moi de la cornemuse ^^ nan, enfin, j'exagère, il se débrouille pas trop mal, il joue à peu près juste et on voyait bien qu'il était hyper heureux de jouer. c'était très… revigorant : il m'a donné l'exemple de quelqu'un qui fait vraiment ce qu'il aime sans trop se soucier de ce que les autres peuvent en penser, de la qualité de ce qu'il fait pour l'auditeur, etc.

woody-clarinette-3.jpg
ce type-là est énorme, je vous dis. il était tout à fait conscient que tout le public était venu pour lui, un peu comme une "curiosité", et pas pour sa musique, si sympathique soit-elle. il a donc joué avec ça, il nous a parlé en français, il était vraiment très drôle :D
quelqu'un, à un moment, a crié MERRY CHRISTMAS dans la salle, pendant qu'il était debout devant le micro, et lui a répondu : "Oh, merci… Noël pour moi c'est comme-ci comme-ça… j'ai donné beaucoup cadeaux, bijoux et tout à ma femme, et mes enfants, comme d'habitude, ils m'ont offert un cravate TRES TRES LAID…" (imaginez-le avec son accent américain et sa tête de Droopy triste, c'était à mourir de rire !)

le groupe est revenu deux fois pour un bis, et là, on ne pouvait plus l'arrêter. ils ont repris des chansons en français, c'était énorme : C'est Si Bon d'Yves Montand (xD) et La Vie en Rose d'Édith Piaf (xD xD), et ils ont même joué Mon beau sapin en transformant tellement l'air que personne ne l'avait reconnu au début.
on avait en plus des voisins stupides qui ont bien contribué au fou rire général.

bref, le concert, c'était magique. tout d'un coup, j'ai fermé les yeux, j'ai juste écouté la musique, et je me suis dit au bout de quelques minutes : mais merde, je suis en train de taper des mains en rythme avec des centaines de personnes pour accompagner Mon beau sapin joué par Woody Allen !! c'était absolument dingue.
quand il a joué debout pour les bis, à la fin du concert, il se tortillait légèrement en rythme, c'était trop mignon. Julien et moi avons donc décidé de le surnommer WOODY LA CREVETTE :D
t-crevette-1.jpg
je passe à la seconde partie de la soirée. dès que le concert est fini, Julien et moi nous précipitons dehors, il pleut, tiens, ça faisait longtemps ! on court, on fait le tour du pâté de maisons, et soudain on découvre l'entrée des artistes, à l'arrière du théâtre (c'est bon à savoir). on se poste là avec quelques autres personnes et des photographes. étrangement, il n'y avait pas beaucoup de monde, je pense que la plupart n'avait pas eu le réflexe de chercher la petite porte magique.
Julien appelle sa mère, d'où une réplique culte de ma part :
t'as qu'à lui dire qu'on est à la pêche à la crevette…
moi et mes blagues merdiques, comme d'habitude !

bref, on guette Woody à la sortie, sous la pluie, avec le Saint Graal, à savoir son dernier livre, Mere Anarchy, tout prêt à être dédicacé par son Altesse.
et devinez qui surgit, à la place de Woody ? Louis Garrel et sa compagne Valeria Bruni-Tedeschi ! deux acteurs que j'aime beaucoup. ils sont aussi classe qu'au cinéma, je vous jure. ils sont sortis par là, je les ai suivis des yeux, totalement ahurie. vous pouvez ptêtre imaginer la scène : comme dans les dessins animés, la mâchoire qui tombe jusqu'au sol puis remonte, et puis mina qui sautille sur place comme une vraie groupie : J'ai vu Louis Garrel ! J'ai vu Louis Garrel ! Je l'ai VU !

louis-et-valeria-1.jpg image extraite du dernier film de Valeria Bruni-Tedeschi, Actrices, je crois. ils sont adorables tous les deux :)

et puis enfin, le voilà. il sort avec sa casquette sur la tête, qui lui donnait un peu l'air d'un petit vieux. il s'extirpe difficilement de la haie d'honneur qu'on lui faisait, des dizaines de mains qui se tendent pour réclamer un autographe, des jeunes ambitieux qui se jettent sur lui en balbutiant : "you know, I had an idea for a movie… please…", des gens qui lui fourguent leur carte de visite entre les mains… je dois dire que j'ai trouvé ce spectacle un peu pitoyable. eh oui, c'était la première fois de ma vie que j'allais à un concert de musique pas classique, la première fois que je rencontrais une star, je suis pas habituée à ça. j'ai donc renoncé à prendre une photo pour ne pas l'embêter. je préfère mille fois le beau souvenir que j'en garderai plutôt que ça, une photo volée à un Woody qui avait l'air un peu affolé.

on s'est ensuite placés de l'autre côté de la voiture qui l'attendait, pour le regarder partir. quand il s'est retrouvé face à nous, j'ai crié quelque chose comme "Thank you, Mr Allen, it was great !", et il est parti vers de nouvelles aventures. j'ai jeté un coup d'oeil furtif autour de nous, mais Louis Garrel et Valeria Bruni-Tedeschi étaient déjà partis :)

voilà, Woody était magnifique, c'était très drôle, cette soirée va rester dans les mémoires, je crois.
merci Julien, c'était… c'était… c'était… pff, c'était génial quoi ^^ ça faisait longtemps que je n'avais pas rigolé aussi franchement et aussi longuement. merci merci merci, heureusement que tu es là :D

sinon, j'espère que vous avez passé un très bon Noël, que vous avez eu plein de beaux cadeaux…
à très vite,
mina.
Par mina
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Mardi 25 décembre 2007
voilà, c'est Noël :D
j'ai bien réfléchi ces derniers jours. comment manifester, sur ce blog où vous êtes si actifs, si importants pour moi, à quel point je vous remercie d'être là ?
j'ai fini par avoir une tite idée. je vous avais promis une nouvelle, la voilà, c'est comme un ptit cadeau de noël pour vous que j'aime tant.
elle date d'il y a quelques jours seulement. elle est écrite dans un style plutôt classique qui m'est vraiment inhabituel. enfin, j'ai laissé faire ma "plume" comme elle le voulait, et voilà.
joyeux Noël alors…
j'espère que ce Noël vous apportera beaucoup de bonheur et d'espoir.
luv you :D


Une dernière danse avant l’aube

Une dernière danse avant l’aube, décida-t-elle en regardant, par les vastes fenêtres, la lune qui s’enfuyait, le ciel qui blêmissait. Elle sortit pourtant sur le balcon ; la nuit aussi dansait devant ses yeux, le vertige du petit matin la reprenait. Dans l’obscurité évanouie, le monde se révélait sous d’éphémères ponts de funambules. L’aube l’emplissait de cette lumière ambiguë qui pouvait venir aussi bien d’un rêve que d’une mort assourdie.
Il la chercha et la trouva là, sur ce balcon suspendu, isolé comme un regard flou. Il la tira de la langueur de l’aube et l’entraîna à l’intérieur.
Dansons, veux-tu ? dit-il, et elle le suivit sans résistance.
Elle ne vit pas la salle vaciller légèrement sous ses pieds, elle ne le vit pas se pencher sur le gramophone et faire naître la musique du bout des doigts. Ils dansèrent sans qu’elle sût très bien ce qui la faisait tourner entre ses bras. Ils dansèrent longtemps et la musique abandonna lentement son corps ; les sons quittèrent ses doigts qui voulaient encore s’accrocher à lui, et lui-même la laissa partir, sans essayer de la retenir.
La salle du bal s’était vidée ; peu à peu, les autres avaient quitté le cœur de la danse, et elle n’avait pas voulu les suivre ; elle était restée, ils avaient dansé encore. Maintenant l’aube, qui les avait pourchassés toute la nuit durant, les rattrapait, les enserrait dans son souffle trouble.
Madeleine parut près de la porte et regarda avec indifférence la salle abandonnée, le gramophone qui chuchotait un pas de danse oublié. Les premiers rayons du soleil glissaient sur le vide étourdi de la pièce. Les bouteilles vides s’alignaient sagement sous le piano ; toute vie effacée, toute présence éteinte, seul un cendrier fumait encore comme un cœur qui bat. Jacques avait fermé les yeux, effondré sur le tapis. Madeleine le regarda longuement, tandis que la musique reprenait vaillamment un air désuet ; et elle s’étonna de sentir tout au fond de son cœur quelque chose qui ressemblait à une larme aussitôt asséchée.
Elle retourna sur le balcon et sentit l’air s’adoucir. Ils avaient dansé longtemps : à présent, la mer au loin se fondait dans la poussière dorée des premières lueurs. Elle tendit la main vers l’océan ; le ciel fleurissait au bout de ses doigts. Le jardin à ses pieds s’emplissait de cette renaissance : le parfum des fleurs montait sous la treille, dans la rosée, et les ombres se réfugiaient entre les buissons, là où l’aurore et ses odeurs neigeuses ne retourneraient pas les chercher.
D’autres aurores, ils en avaient connu ; d’autres danses illusoires qui s’étaient évanouies avant l’aube ; d’autres souvenirs qui se perdaient : quelqu’un avait cessé de battre la mesure de leur dernière danse.
Jacques revint auprès d’elle et l’embrassa. Elle s’enivra un instant de l’odeur qu’il traînait avec lui, odeur de passion et de cigarette, odeur qu’elle avait reconnue bien avant de s’émerveiller au son de sa voix.
L’aurore avait un goût de cendre. Madeleine distinguait les rivages blanchis sur lesquels la mer venait s’éteindre sans douleur ; l’oubli aussi était un rivage apaisé, sourd aux sanglots des vagues. Elle comprit, indifférente, que des lambeaux de sa vie avec Jacques disparaissaient comme les notes d’un dernier leitmotiv. Mais les dernières mesures ne lui manqueraient pas. Vivre en une danse, vivre au rythme de la valse, il n’y a rien de tel, avait dit Jacques, mais Madeleine savait qu’ils se sentaient maintenant tous deux, dans ce mensonge de la musique, des imposteurs.
Et pourtant l’aurore chantait encore : “cette chanson d’amour… qui toujours recommence.” Les rêves avortés naissaient et mouraient au-dessus de la mer, traçaient sur l’eau un million de minuscules tempêtes. Elle marchait sur ce fil, somnambule malhabile, et, du ciel, elle ne voyait plus que les étoiles qui s’éteignaient l’une après l’autre.
Madeleine songea une dernière fois à Jacques et à la salle de bal tristement solitaire. L’aube n’apporterait pas de réconfort, mais seulement un peu plus de silence. Jacques continuerait à rêver et à danser ; ils vivraient encore tous deux, flots de mots et de poussière, dans un tissu de souvenirs qui les protégeait d’un sort obscur. La nuit, l’oubli, les avaient unis dans une même danse désespérée, mais l’aube, au contraire, devrait les séparer.
Lorsque l’aurore céda au jour, Madeleine soudain ne fut plus là. Jacques s’éveilla dans l’angoisse de savoir que son ombre aimante avait cessé de le recouvrir, de le protéger, de l’entraîner au loin, là où les étoiles avaient encore confiance. Il courut les forêts et les tempêtes, il franchit les océans, oublia ses regards à guetter son ombre sur la mer. Il s’enfuit après elle, perdit bientôt dans la fuite la trace de ses propres pas. Il compta quelques aurores de plus et constata que ses larmes blanchissaient toujours le même rivage sur lequel elle l’avait laissé. Madeleine ne revint pas. Jacques la chercha en vain. Silence enfin.

© Emeline Durand 2007
reproduction interdite
(ça fait hyper sérieux n'est-ce pas ^^ *trop fière* ^^)
Par mina - Publié dans : textes en vrac
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