Lundi 10 mars 2008
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ça y est, here we go again, c'est reparti, vous sentez peut-être comme moi le poids des journées qui se traînent, à peine ensoleillées d'un sursaut d'enthousiasme. (ensoleillées me semble le terme exact, vu l'eau qui ruisselle doucement le long du toit au-dessus de ma tête, une fois respiré le vent qui gronde dans la cour, une fois humé le parfum (façon de parler, n'est-ce pas) d'une tulipe qui, sur mon bureau, tourne sa couronne blanche vers la pluie au-dehors, avec envie…)
et pourtant Paris me plaît encore, même si tout mon être se réjouit d'avoir, pendant quelques jours, pu respirer un air plus pur, un air propre et figuré d'ailleurs. j'aime aussi ces rues où l'on croise un arc-en-ciel imprévu, les nuits qui paraissent presque tièdes, surtout lorsqu'en un bond, je quitte à la fois le train de nuit et la dernière minuscule sensation qui me rapprochait encore de Val d'Isère.
(les photos arrivent bientôt, promis ^^)
je me sens d'une humeur furieusement remontée contre une institution archaïque, complètement dépassée, élitiste, poussant les gens à la compétition et formant sur le CV une tache disgrâcieuse que je m'empresserai d'effacer en temps voulu. suivez mon regard. ou comment se garantir une rentrée des classes des plus sereines, des plus reposantes, des plus encourageantes pour la suite.
je me suis fait traiter de Joan Baez l'autre jour — le 8 mars, tiens tiens. pas absolument certaine qu'il s'agisse d'un compliment de sa part, mais je lui pardonnerai, pour le plaisir de voir le visage radieux de Simone et d'autres femmes orner le Panthéon. Aux grandes femmes, la patrie reconnaissante ?!
je ne tiens pas à relancer le débat ici même, mais je ne peux pas résister : franchement, vous supporteriez de voir en couverture d'un célèbre magazine le délectable portrait du derrière de Proust, de Gide ou de Sartre ?! c'est un argument de dire que cette photo rendait Simone femme, et brisait son (soi-disant) image d'intellectuelle froide, et qu'on peut donc la considérer comme une victoire du féminisme ?

Quand on veut, on peut.
Quand on veut vraiment, on trouve.
On prouve.
Frère Animal - La chanson du DRH

je suis allée acheter le roman musical d'Arnaud Cathrine et Florent Marchet, bien sûr, il serait même plus exact de dire que je me suis précipitée dessus ! ces deux-là ont tous les talents. j'aime leurs voix, leurs écritures, leur texte à deux mains, leur musique, leur oeuvre.
moi aussi, j'ai une envie terrible de prouver, je crois.
je voudrais avoir écrit Les Faux-monnayeurs. à défaut, je me contente d'adorer ce livre, plaisir très égoïste, fascination, reconnaissance ?
je voudrais être un Edouard.
je voudrais moi aussi trouver, prouver, trouver, dire, avaler une fameuse gorgée de ce poison, ou me taire.

et lui croit encore qu'il "me doit" quelque chose. si tu continues comme ça, J., c'est moi qui vais te devoir beaucoup, beaucoup de choses. Orion t'est déjà dédié, crétin.

réflexions un peu décousues, je sais. j'espère que vous avez passé de belles vacances, que vous êtes pleins d'énergie pour attaquer la suite. moi, j'ai une étoile toute bleue accrochée à mon sac et à mon coeur, je crois que ça va aller :D
les élucubrations habituelles continuent ; auparavant je voudrais remercier quelques petits "tiny masters" qui ont été avec moi, qui m'ont rendue si heureuse, qui m'ont rassurée, qui méritent des "tender hugs" par centaines...
Par mina
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Mercredi 27 février 2008
wild-things-4.jpg
ce n'est pas que je suis nostalgique.
ce n'est pas que je me sens seule.
ce n'est pas ça non plus — clamer bravement, comme pour pourfendre les sceptiques qui oseraient en douter, que yeah, I'm fine, trying to be happy.
ce matin, j'ai contemplé le lever du soleil depuis la chambre de saint-antoine. ce soir, retour à une unanime grisaille : mon voisin, le lycée de l'autre côté de la cour des maternelles, me cache un peu un horizon qui, de toute façon, ne serait pas sincère.
difficile de retourner à sa propre solitude — une poignée de goutelettes d'eau jetées en l'air, vaines tentatives de regarder vers le haut, vers l'ouest, vers n'importe où ailleurs, d'ailleurs — après une journée avec quarante personnes qui se sont occupées de moi comme de leur propre vie.
Par mina
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Jeudi 21 février 2008
Ils marchaient. Ils partaient marcher au loin sur les plages, arpentaient la bordure fuyante des falaises où le sable se mêlait aux bouquets de bruyère.
Sonja surtout les entraînait ; son coeur battait avec véhémence lorsqu'ils marchaient ainsi. Prise du besoin impérieux de se sentir en vie, en vie jusqu'au bout de ses doigts qui se recroquevillaient au fond de ses poches lorsque le vent se levait sur la plage, elle partait pour de longues marches, le matin souvent, lorsqu'un jour indécis venait mettre de l'ordre dans le ciel changeant. Rafael la suivait, indécis, lui aussi, suivant plutôt la couleur des nuages, les reflets de l'eau, sans égards pour une solitude que Sonja aurait voulu partager.
Ils marchaient sans paroles. Un jeu les avait réunis, enfants : ils partaient loin, dans les bruyères, s'asseyaient sur le sol pour sentir, en été, la terre chaude, abreuvée de soleil. Leurs mains se serraient l'une contre l'autre, ils se regardaient, reconnaissaient à la couleur du jour, à l'odeur de l'air, au ressac qui leur parvenait de la mer, le bon moment qui leur souriait et les engageait à prononcer les mots rituels :
"Maintenant personne ne sait où nous sommes", annonçait doucement l'un d'eux.
À présent Sonja suscitait elle aussi, pour Rafael, ce besoin de parcourir la terre et le ciel, dans un même abandon du ciel et de la terre. Ils laissaient derrière eux un monde nébuleux et filaient, comme les lambeaux d'écume que la crête des vagues portait jusqu'à eux, vers un oubli de sable et de bruyère. Ils marchaient. Ils se retournaient de temps en temps et comptaient leurs traces sur le sable humide.
Ils jouaient avec les marées, avec la bordure de l'eau qui montait parfois jusqu'à leurs pieds. Ils riaient des ombres immenses des oiseaux dans le ciel au-dessus d'eux. Ils sautaient à pieds joints sur les roches pour regarder la mer.
Une expression les avait fascinés, adolescents. Ils avaient rêvé sur le mot highwayman qu'une autre langue avait inventé pour eux peut-être. Dans un même appétit du grand chemin, ils s'étaient vus successivement Robin des Bois et voleurs en fuite. Avant-coureurs candides ou survivants hébétés. Rafael avait un jour improvisé au saxo un air étrange, un gémissement trop humain qui semblait se mêler avec les sons de la nature — une bribe de vent oubliée dans les pièces métalliques, le labyrinthe doré, les chemins tortueux du saxophone. D'une même voix ils l'avaient appelé Highwayman. Rafael avait dessiné dans le grand silence curieux qui était le leur la tonalité d'une vie qui ne serait jamais la leur — vie pourtant rêvée, vie toujours présente dans leurs jeux, vie du grand chemin.
Ils marchaient et comptaient la trace de leurs pas, oubliés derrière eux. Parfois Sonja prenait la main de son frère contre sa main et faisait passer dans ses doigts tout froids toute la tendresse dont elle se sentait capable. Rafael alors fermait les yeux ou égarait son regard le plus loin possible, le fixait au centre de la mer et l'abandonnait là, comme un membre infirme sur un rivage perdu. Il pouvait alors penser librement à Hanna et serrait plus fort contre sa main la main de Sonja. En exilant ses regards loin d'elle, il parvenait presque à croire qu'il serrait la main de Hanna contre son coeur. Il marchait avec elle.
Elle, Hanna, son pas léger avec le sien, non, confondu dans le sien, marchant à l'unisson. Il se répétait absurdement les mots qu'il lui aurait dits, mimant en inclinant la tête sur son épaule une imaginaire réponse de la jeune femme. Hanna qu'il croyait voir souvent sur cette plage, comme une ombre emplie de la lumière d'ailleurs.
Hanna ; avec elle, il n'aurait plus eu besoin de se retourner pour contempler la trace de leur marche.
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Mercredi 20 février 2008
Ne t'ai-je pas créé, n'ai-je pas baptisé ton ombre et ton amour, n'ai-je pas fait de toi, de tes yeux de Lune, de ton corps, mon rêve ? Idéal silence d'une nuit qui ne cessera plus de tomber, un crépuscule aussi clair et épris que les lueurs troubles de l'aube.
N'ai-je pas baptisé ton ombre et ton amour, n'ai-je pas choisi le nom qu'ils porterait, ce coeur que je trouvai un jour comme nous cueillons des fleurs pour décorer leurs tombes ?
J'ai éraflé par ce geste le bout de mes doigts sur une pierre trop dure à tailler. Je n'ai pu en faire l'économie. Mais les mots sont éteints et la pierre brisée, fendue peut-être par cet éther de glace.
Les étoiles vont en cercle, tu ne briseras pas leur danse.
Je ferme mes paupières, impose nuit et brume à mes yeux aveuglés, ne reste plus, sentier de lumière, qu'un vague souvenir de toi. Lointain ressac des vagues alors que tu t'éloignes.
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Dimanche 17 février 2008
Tu portais le sceau d'une aurore moins noire ; j'ai aperçu la nuit d'hiver, tu étais là, tu me regardais. D'un regard tu as balayé toute la poussière qui entachait mes mains. J'ai voulu te suivre, tu t'es esquivé, je me suis suis vue seule sous une pluie de silence.
Tu as peut-être lu mon nom ou le tien sur mes lèvres.
Nos deux noms, ils ont cessé de chanter alors que je courais à ta poursuite — brisant mes pas, les pieds sur tes terres, le coeur sur tes traces. J'ai perdu en courant quelques gouttes de toute cette lumière, ce soleil de minuit que tu laissais derrière toi. Sur le pont, j'ai frôlé des ombres qui, elles aussi, couraient après tes pas — peut-être.
Ce ne fut pas l'éblouissement dont nous avions rêvé, ce fut le silence et deux êtres qui se tournent le dos, ce fut comme un nénuphar au fond de mon coeur qui lentement refermait sa blessure. Ses fleurs ont poussé au bout de nos doigts, se sont évanouies dans le vent.
Ce fut plutôt une image noircie par les flammes, ce fut le reflet en négatif d'un avenir que j'avais seulement entrevu. Ce furent les pas à contretemps, le langage invisible, et moi seule à nouveau, criant pour que personne ne m'entende, rêvant que je pouvais tenir contre moi quelque chose de toi.
Ce fut la certitude d'une chance manquée.
J'en viens à souhaiter que le monde soit dépeuplé. S'il n'y avait plus que toi et moi sur ces terres, l'aveuglement serait notre lot et je courrais sans doute encore après des bribes, des traces que les vents effacent.
Ce fut, dit-il, la seule chance de rendre, par un infime mouvement d'hirondelles, notre vie plus universelle, et de lui sacrifier le reste — deux ou trois étoiles, le son blanc de nos voix, le froissement d'un tissu.
Les yeux aveugles, je marche encore, crois-tu, dans les chemins infinis de la neige.
Soudain personne ne put se souvenir où nous étions partis. Our hands caught together would make sparks, then the sweet light of day finds us and takes us away from here…
Un ballon bleu s'élève au-dessus du Champ de Mars, s'élève à l'infini dans le ciel de Paris, file avec grâce pour atteindre la main d'un autre enfant bien loin de nous. Je le regarde jusqu'à ne plus le distinguer, je plisse les yeux et scrute le ciel entre Soleil et Lune, face à face. Et moi, comme lui, combien de temps pourrai-je encore voler, emplie de l'air que tu m'insuffles ?
Par mina - Publié dans : textes en vrac
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Dimanche 10 février 2008
World War III, when are you coming for me ?

désolée, gens que j'aime, je ne donne guère de nouvelles ces jours-ci. je suis étrangement troublée :
heureuse avec toi/incrédule au lycée
débordant de vie/traînant des pieds comme tant de fois dans cet hiver
rêveuse/écrasée de réalité

voilà voilà.
je n'ai même plus le temps de lire, à peine quelques pages avant de m'effondrer épuisée, j'en suis réduite à fantasmer sur les livres que j'ai terriblement envie de lire : Au Château d'Argol en tête, To The Lighthouse, L'Education Sentimentale, René Char encore et toujours.

une semaine de fête, de rires et de soirées claires, toujours avec toi, un bonheur trop précieux =)

un fragile éclair d'espoir, à la campagne le week-end dernier : le ciel est pur comme jamais dans nos contrées, il y a Orion qui perce le ciel à la poursuite des autres étoiles, il y a les noms de ces constellations que je connaissais si bien avant : je les égrénais comme une mince prière, le soir, sur une terrasse familière, seule au monde face au monastère perdu dans une nature éternelle. Majorque sauvage, Majorque des cris d'oiseaux perdus dans les collines, Majorque des "coups de Lune" (paraît que ça rend fou ^^), le ciel au bout de nos doigts.
à la campagne aussi, de grandes marches dans les champs, l'herbe qui crisse sous mes pieds, durcie par le gel ; des plaques de glace qui retiennent prisonniers de minces éclats de feuilles, des minces brins de vie.
la sensation fugitive d'être en vie, trop en vie.

tout ça pour retrouver, dans le même serrement de coeur, le lycée et sa vie fatiguée, la prof qui me donne envie de crier quand elle la fait souffrir.
heureusement que j'ai vu Louis Garrel dans la rue (si si, encore !!!! :D :D :D)
que j'ai parlé avec vous — avec toi et tes serments auxquels Laurène et moi avons très envie de croire !
que je t'ai vu toi, encore merci — and happy birthday darling :)
que je ronronne comme un chat — comme mon chat, mon taré de chat que vous connaissez tous ^^ — à la perspective de ne plus rien faire de la semaine.

je fais des rêves étranges, ça alors !  je ne savais pas qu'il avait des talents de prédiction, j'ai presque envie d'y croire maintenant qu'un rêve, rien de plus qu'un rêve, m'a mis cette idée dans la tête. je rêve de marcher encore dans un Paris désert et compréhensif avec lui. je rêve que cette Troisième guerre mondiale ne viendra pas me pourchasser ; je fuirai avec toi s'il le faut, tu sais.

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Par mina
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Mercredi 30 janvier 2008
je fais un petit patchwork de ces derniers jours, juste pour voir, juste pour dire… voilà.

le ciel est au bout de nos doigts, les rêves d'éternité nous quittent mais restent les fougasses étoilées.
je veux bien ne pas avoir le choix si c'est pour rester avec toi et aller rôder dans des couloirs presque trop familiers… réévaluer les distances et les êtres, oh, que la vie a changé… des gros mots par-ci par-là, un crétin qui lève un bras au milieu de la cour. elle comprendra, n'est-ce pas ?!
la beauté du jour, le temps retrouvé.
les coeurs qui se brisent, les mains qui se retrouvent ?

les cafés sans café à 5 euros, la salle d'un petit théâtre, le métro trop souvent, on finit par en prendre, des belles habitudes…
la classe et les sourires, la 1ère L2 comme une alchimie fortiche, enfin, j'y crois, j'aime qui vous êtes, les uns tous seuls et tous ensemble. votre sourire lorsqu'il fait si froid ; le roux ; le métro tous ensemble. dire que ça a du sens. être avec vous, me féliciter avec vous que ça soit fini, préfaces de romans du 19ème, TPE, tout ça, gnagnagna. votre sourire alors qu'il fait si froid :)

elle a dit : "il y a des moments qui n'ont pas besoin de paroles", et elle a disparu dans un couloir de ce fameux métro. et c'est de ça dont je me souviendrai maintenant. heureusement que toi. oui, je peux répéter, si tu veux : heureusement que toi, quoi.
(asyndète ? :D)

les yeux au ciel, le ciel un petit peu vide peut-être. je voudrais être avec toi.
dois-je te les rappeler ? "même s'il pleut sur Kennedy Airport, nous dansons sur les toits du 218 Adam Streeeet, moi Robeuuuuurt, toi Liza…"
"J'espère qu'au ciel, des diables malins coupent aux anges leurs ailes, pour que tu retombes, du ciel, dans mes bras ouverts, cadeau providentiel…"
"I feel you, Johanna…", même si on n'a pas adoré le film.
je t'aime et, comme elle dit, j'ai de la chance de t'avoir, je l'avoue, je le revendique même. na =P

lui qui ne s'intéresse à moi que lorsqu'il a quelque chose à me demander, tiens, bizarre, je m'y étais habituée. pourtant le souvenir de nos mains ensemble me revient et m'obsède. j'aime ta silhouette familière. j'aime que tu me dises au revoir de loin en effleurant du bout des lèvres le bout de tes doigts. c'est étrange, j'aime ta façon de me dire au revoir, je serais prête à aimer même te voir partir tellement c'est déjà pas mal de t'aimer un peu à ma façon. si j'avais le choix tu sais bien ce que je ferais. je pourrais même t'offrir Finale si tu me laissais faire.
tu me suis ? je veux dire, ce n'est plus seulement que je me sens seule sans toi, c'est un petit peu plus.

So far away
Come on I'll take you far away
Let's get away
Come on let's make a get away

Once you have loved someone this much
you doubt it could fade
despite how much you'd like it to
God how you'd like it to fade

If we get away
You know we might just stay away
So stay awake
Why the hell should I stay awake?
When you're far away
Oh god you are so far away

bon, bref. je sais que j'aurai beau t'appeler, tu ne m'entendras pas, est-ce que je crie dans le vide ?

Elle avait pourtant cru que, entre mille autres trajets qui se rencontraient ici et là, il était impossible d'y perdre ses pas. Lui pourtant marchait comme s'il en avait perdu le fil : les yeux fermés sur le vide qui s'offre à ses mains, son corps de funambule tendu sur une corde invisible. Pas un homme, une silhouette. Pas sa présence, son absence.

des crises d'égocentrisme, ça arrive. avoir envie d'être heureuse, de sentir la vie profondément au fond de soi, vous savez, c'est plus que légitime. retrouver un semblant de vie où les jours ont un sens, où les instants ont une existence fragile.
luv you all the same. tamanoir.jpg
en allemand ça se dit Ameinsenbär. si si.
Par mina
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Mercredi 23 janvier 2008
fantome1.gif
aujourd'hui, j'ai cru voir un fantôme.
peut-être que je l'ai rêvé ?
peut-être que je t'ai rêvé ?
si c'est pour croiser encore ton sourire, fantôme,
je veux bien croire que tu existes.
c'est vraiment toi ?
j'en ai perdu le souffle…

ils croisent notre chemin et nous quittent,
on dit souvent ça des anges.
je ne peux pas encore y croire,
je voudrais que tu me rendes mon souffle,
nous jouons encore à contre-temps…
après tout ce temps perdu… à essayer de retenir ta main,
à forcer ton regard vers cette même pluie,
je ne veux plus jamais chercher frénétiquement ta trace,
si mes pas doivent se perdre sans toi…
Par mina
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Mardi 22 janvier 2008
il y a un truc qui cloche, se dit-elle.
non, sinon, ça va, et toi ? dit-elle avec ce fichu sourire.
j'ai envie de me barrer, dit-elle à demi-mots.
demi-mots, c'est mignon ça, non ? j'imagine de petits êtres malhabiles — les mots, courant dans un monde plus pur sur leurs petites pattes.
enfin, à demi-mots, disparaître, le bonheur c'est peut-être ça, un immense machin incompréhensible, fait de petits morceaux et de petites déchirures, qu'on accumule, qu'on renonce un jour à coudre ensemble, qu'on veut un jour laisser derrière soi, couper leurs ailes à ces anges qui y laissent des plumes…
je n'arrive pas à me débarrasser de ce vieux sentiment.
tout ce que je fais en a le goût fané, cette odeur impuissante des roses qui meurent sur leur tige.
pourtant le ciel bleui semble me sourire, pourtant le rosier jaune sur mon balcon reprend des forces et fait une magnifique fleur d'hiver.

Je tourne en rond. Dans le mauvais sens.
(un immense merci à la personne qui a écrit ça. je te l'emprunte, excuse-moi, je suis tombée sous le charme, tu vois… et je me demande encore : pourquoi moi ?! et je n'ai pas fini de m'en souvenir :) )

je suis sûre que c'est à cause de La disparition de Richard Taylor, livre-choc — claque de la semaine, c'est sûr. je l'ai fini, samedi matin, dans le bus. machinalement, j'ai attrapé mon iPod, j'ai fait tourné la merveilleuse machine à musique aléatoire — et j'ai écouté In the Backseat d'Arcade Fire, qui, je trouve, va très bien avec ce livre, les amateurs comprendront. j'ai fait semblant de m'en foutre, comme souvent, mais Richard Taylor m'a accompagnée toute la semaine, et le poids de sa vie disparue a aussi pesé sur la mienne. j'avais l'impression de voir Richard Taylor errer sous la pluie, traînant le poids de sa vie morte, de ses yeux morts, de ses pas perdus — avec moi, même s'il ne pleut pas ces jours-ci. c'est pareil.
disparaître : "Tokyo maman Tokyo", dixit Richard Taylor. je la veux bien, moi, la recette magique, si quelqu'un l'a déjà trouvée.

il y a Jules et Jim, aussi. Catherine, elle, a essayé plusieurs fois de partir. il y a Les Espions de Fritz Lang, mon dieu mais que c'est beau le cinéma muet !, il y a Out of Africa, bref, je passe mon temps à regarder des films, à sentir une émotion sincère. enfin !…

il y a René Char, toujours lui :
Résistance n'est qu'espérance. Telle la Lune d'Hypnos, pleine cette nuit de tous ses quartiers, demain vision sur le passage des poèmes.
(Feuillet d'Hypnos n°168)
(les ES de passage sont autorisés à se servir de ça pour leur commentaire composé ^^)

il y a ça aussi, dimanche, absurde tentative d'aller voir une expo avec mes parents — mes deux parents. Nogent, c'est joli, je pense. ces jardins qui descendent en pente longue vers la Marne… juste un peu gris, ce jour-là. et un peu triste de faire semblant d'y croire.
il faut que je raconte un épisode déplorable, aussi, même si ce n'est pas très reluisant.
Nogent, c'est en pente, donc. dans la rue principale, un petit garçon s'énerve sur son vélo, il n'arrive pas à démarrer (oui, comme dans la chanson de Bénabar). il râle et traîne son vélo.
— Tu veux un coup de main pour démarrer ?
— …
Et là, il fond en larmes, saute de son vélo et part en courant, l'air désespéré.
— …
— Pitié, me dites pas que c'est de ma faute. Je lui ai juste demandé si je pouvais l'aider à repartir…
— Oh, cherche pas plus loin, il devait être furieusement vexé, répondent en choeur mes parents.
Merci de me remonter le moral. How nice !
moi aussi, j'ai eu envie de courir très loin de mes parents, dans le grand jardin, qui descend vers la Marne, la Marne bleue des jours d'été.
tout ça pour m'entendre dire en rentrant à paris :
— tu es bizarre, toi, quand même ! tu avais l'air contente d'être avec nous, et tu ne nous as pas dit un seul mot !
— …

il y a ça, aussi. village de la Drôme auquel je pense très très fort en ce moment, encore sûrement la faute de ce fichu Richard Taylor qui n'en a pas fini de disparaître. pourquoi j'y pense, pourquoi ça fait mal de revivre tout cela, pourquoi je supporte pas "la reconstruction de mon passé" ? (TPE attitude). les souvenirs reviennent, les sourires ressuscitent entre les pierres pleines de soleil, les amandiers, les sources, le Jabron et les armoiries d'une famille de chevaliers attestée depuis le 14ème siècle. yeah.

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il y a toi à qui je dis ce que tu avais sans doute déjà compris, toi et tes éternelles promesses de fougasse même si je ne peux pas toujours dire oui. et pourquoi, d'ailleurs, pourquoi je suis pas venue manger fougasse + fondant avec toi ce midi ?! je me demande, franchement ! :(
bref, toi, et tes grands yeux bruns que j'aime, que je ne voudrais pas voir pleins de larmes, mais que j'imagine pourtant, comme si je les voyais au loin, comme si je les devinais dans un vague brouillard.
malheureusement, il n'y a pas de vie sur Mars.
malheureusement, c'était plus simple, avant, même au collège, pas besoin de rêver sur nos huit ans et quelques… mais cette vie-là tombe en poussière, tu vois bien… et la seule solution, c'est de continuer, d'affronter ça, même si c'est pas facile : just keep on runnin', at last we'll find somewhere to come and breathe as we never did before…
qu'est-ce que je pourrais te dire encore ?
Ich bin noch da und schon weg, que j'ai vaguement essayé de te traduire ce matin ?
en russe ça donnerait… ia ichio tout, no oujé ouchla…
(et après on s'étonne que j'aie un accent merdique ^^)
ou bien ça :
I'm not half the man I used to be
There's a shadow hanging over me



allez, STOP. maintenant, c'est fini. on continue à vivre, ma karinechérie, ma ptite lanadorée, ensemble, équipollentes comme jamais, à trois on est plus fortes.
(Sweeney Todd vendredi après les cours ?! :D
une ptite barbichette par-ci, une ptite barbichette par-là, couic couic :D :D)

je termine sur Char encore, et cette fois-ci je te dédie cela, J. :
Toute la masse d'arôme de ces fleurs pour rendre sereine la nuit qui tombe sur nos larmes.
(Feuillet d'Hypnos n°109)
Par mina
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Jeudi 17 janvier 2008
j'ai laissé le temps traîner, ces derniers jours, j'ai même abandonné tout espoir d'avoir un jour ce merveilleux pouvoir : le temps.
le temps, je le perds, je le sème en graines stériles, je l'éparpille comme une boule de neige.
à Noël (anecdote véridique, je le jure), j'avais demandé, même supplié, que l'on m'offre les deux seules choses dont j'avais besoin — dont j'ai encore besoin : le temps, la paix.
le reste… je m'en fous.
bon. ce n'est peut-être pas très juste de raisonner comme ça, mais c'est pourtant bien le sentiment : une lourde vague grise passe, la lame se brise et me recouvre, et quand il n'en reste qu'un peu d'écume, je dis : "j'ai perdu mon temps".
(ou l'art de la métaphore filée ridicule)
je voudrais avoir mieux rempli cette semaine, vous savez. dire, avec enthousiasme, regardez tout ce que j'ai fait depuis jeudi dernier ! je voudrais avoir un texte à vous faire lire, par exemple.
ce n'est pas le cas.
en fait, je crois que j'ai été totalement anéantie cette semaine. incapable de faire un pas de plus. incapable de moduler un véritable son dans ma voix, le vrai son de ma voix, je crois que je l'oublie.
c'est étrange, ce grand vide sidéral, c'est comme si j'avais pris une énorme claque. et pourtant… dimanche soir, je suis allée écouter Arnaud Cathrine (si si), dans un café, loin dans le 11ème… pitié, pas besoin de poser la question, c'était juste merveilleux. assise dans la petite salle du sous-sol où on tenait tout juste, sur un vieux fauteuil de velours éraflé qui me rappelait plein d'autres univers, pleins d'autres soirs dans la pénombre, c'était comme être tombée au fond d'un trou et là, réapprendre, tout simplement. Les histoires de frères, mais quel texte magnifique ! surtout lu par ces deux-là, Sylvain Dieuaide (déjà vu, déjà adoré, vivement la prochaine fois) et Arnaud Cathrine lui-même. rien que le son de leurs deux voix, rien que les mouvements minimaux de la lumière, rien que les mots de la nouvelle. rien que le voir, lui, même si j'ai lamentablement pris la fuite lorsqu'on m'a très gentiment proposé de me le présenter. je rêve. désolée, je ne pouvais pas, c'est tout.
et enfin, bondir de joie dans le métro, courir enfin à la librairie en face de chez moi, toujours ouverte à huit heures du soir un dimanche :

— Il me faut un livre d'Arnaud Cathrine, s'il vous plaît, n'importelequelçam'estégalArnaudCathrines'ilvousplaît !!

ben quoi, je l'ai eu mon livre :) c'est tombé sur La disparition de Richard Taylor. inutile de dire que c'est génial, what else ?

Leonard Cohen, qu'en penserait-il ? (The Stranger Song) :
I know that kind of man, it's hard to hold the hand of anyone, who's reaching for the sky just to surrender.
(…)
And taking from his wallet an old schedule of trains, he'll say, I told you when I came I was a stranger.
(…)
You've seen that man before, his golden arm dispatching cards, but now it's rusted from the elbow to the fingers.


Leonard Cohen repart en tournée, à plus de 70 ans, et moi j'ai toujours pas commencé à avoir le début de l'espoir d'une idée. life is great.
Je réapprends la sensation, je crois. C'est un mouvement général : oublier le souvenir, réapprendre la sensation, oublier l'image, revivre l'air que je respirais, le ciel que je côtoyais.
Je suis assise sur un banc dans le noir, des nuages pressés filent dans la cour du Méridien, le jour n'est pas encore levé, les lumières du lycée le remplacent.
Je descends l'escalier à pas de loups, je guette à la fenêtre le givre dans l'herbe, je sens l'hiver et l'humidité de la campagne comme un souffle sur mes lèvres.
Je suis assise sur un rocher tout chaud, étourdi toute la journée de soleil. Le soleil faiblit, justement, le ciel est orange sur la terrasse. Je marche à l'ombre des sentiers de l'herbe, qui coupent les mollets, je chante à tue-tête en regardant de haut le monastère sur la colline d'en face. Je vis comme je n'ai jamais encore vécu, je vis comme si ces souvenirs d'Espagne ne devaient pas disparaître à jamais.
Je marche sur une plage en gris et bleu, j'avale le vent, goûlument, comme pour ne plus avoir si soif…
Je suis seule sur un pont de Paris, et je compte les Lunes qui passent.
Je suis recroquevillée au fond de ce lit, terrifiée par le bruit régulier de la lampe qui refroidit (si si, il paraît que c'était cela), qui résonne autour de moi comme une corde de guitare que quelqu'un pincerait dans le noir infini.
Je marche sur les quais dans le soleil d'une fin d'après-midi d'été. Le soleil que je sens jusqu'au bout de mes doigts, la fraîcheur de la Seine, qui me semble une de ces rivières de province que l'on découvre sans s'y attendre dans le creux d'un village.
Je me débats mais une main m'entraîne vers les balançoires, je préfèrerais les champs secs des amandiers de Puygiron.
Je suis couchée dans un pré constellé de goutelettes, la campagne à mes pieds, le ciel encore, l'univers que mon coeur réclame quand je suis loin de lui.
Je suis des yeux la ligne floue des immeubles, les horizons inconnus de Paris. Je ferme les yeux.

Ferme les yeux, et ces souvenirs — ces sensations — s'emplissent d'une indissociable violence. J'ai alors le sentiment que je suis longtemps passée à côté de toute cette violence, quand je ne sentais pas l'angoisse, l'attente, la honte, le refus, la peur. Tous ces mots qui me sont venus au moment même où ces images commençaient à s'effacer, à rejoindre un bon paquet d'ombres, "une fameuse gorgée de poison" (Rimbaud encore). Pourquoi les souvenirs se taisent-ils alors que je peux maintenant les comprendre, les aimer peut-être, les comprendre encore, et ne pas tout à fait finir de les comprendre ? Sans doute parce qu'aujourd'hui, j'ai le sentiment de leur violence — sensation est violence, souvenir est impression, bavardage est inutile, bref… J'ai évité bien des tempêtes, à l'époque. Le silence a donc servi à cela — m'apprendre à me souvenir. Vertige sans fin de réapprendre la mémoire. Je me souviens maintenant. Ces souvenirs en "je" mineur, je les ai regagnés. Comme si je devais vivre avec elle. La mémoire. La mémoire du bout des doigts.
Par mina
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