Samedi 29 décembre 2007
Un mouvement imperceptible au-dehors, dans la rue immobile, peut-être un dernier souffle du vent, peut-être la danse infinie des ombres. Eric, étendu dans la pénombre, fronce les sourcils, sans toutefois quitter l’étreinte réconfortante du repos.
Au-dessus du lit, de fins rayons de lune dessinent sur les murs d’étranges arabesques, des êtres de lumière fugitifs. Murmure confus des rêves dans le silence. Il s’éveille enfin : une fois de plus, un fantôme est venu le tirer de son sommeil. Le rêve s’évanouit autour de lui tandis qu’il écarquille des yeux épouvantés, aussitôt envahi d’une panique familière — comme si le souffle d’un monstre vu en un songe avait passé sur son visage.
Douloureuse sensation que tu étais avec moi quelques instants encore… songe-t-il en repoussant le drap tout imprégné de la chaleur de son corps. Le vertige revient. Il fait quelques pas, traîne ses pieds jusqu’à la fenêtre, jusqu’aux persiennes fendues qui laissent s’échapper de folles gouttes de Lune.
Il quitte la petite chambre, traverse sans bruit la maison silencieuse. De l’autre côté de la rue, il devine la mer tapie dans l’ombre. Il continue à avancer sur le sable, jusqu’à sentir sur ses pieds nus l’écume qui vient s’étourdir sur le rivage.
Il ne distingue plus que le ballet des étoiles, désespérées d’attendre encore l’aurore. À présent il est à genoux dans le sable, il l’appelle, Hanna !, mais la Lune meurtrie ne veut plus l’écouter. Il chuchote pourtant son nom, encore. Tant de fois son fantôme a passé près de lui, sur ce rivage glacial, tant de fois il a cru entendre sa voix. Les souvenirs qu’il a d’elle ont la pâleur et la folie d’un rêve.
Hanna peut-être ne reviendra pas. Eric se dit qu’il va aller lui écrire une autre lettre. Il se détourne, fait un pas sur les pavés.
Chère Hanna… commence-t-il machinalement, se récitant les mêmes mots familiers, toujours les mêmes.
Hanna, quelque part tu es en vie, quelque part tu te souviens de moi, quelque part tu n’es plus un souvenir, mais un corps, un regard, une danse.
Une lettre ne suffira pas. Et l’espoir revient à lui en déchirer le coeur lorsqu’il décide enfin d’aller la chercher.
Au-dessus de la baie, le ciel commence à s’éclaircir, c’est un monde qui s’évanouit.
Le jour vient pourtant, reflets de cendre sur la mer.
Au matin, Eric dit adieu à la longue plage blanche sur laquelle il l’a attendue pendant des mois. Il commencera par Paris ; ensuite, on verra.
Prends ton élan et cours.
Cours très loin.

© Emeline Durand 2007
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Samedi 29 décembre 2007
j'ai envie de parler de vous.
les vacances, c'est ça aussi, je crois. pas plancher sur une disserte pendant toute la soirée, pas essayer d'apprendre la philosophie d'Héraclite en prévision d'un oral blanc (grumble - grumble - grumble), pas rester au fond de son lit tout le temps.
ça serait plutôt quelque chose comme…
manger trop de Michel & Augustin avec Vous, de cheese-cake avec Toi, de café avec Autre Toi…
trop marcher dans paris, arpenter les quais de la Seine parce que ça va beaucoup moins vite que le métro et qu'on a tant de choses à se dire…
choisir le bar-tabac le plus miteux, juste pour rire, ou le japonais le plus classe pour s'empiffrer joyeusement de maki californiens (n'est-ce pas ?)
aller tout le temps au cinéma, ou bien, quand on n'y va pas, faire semblant de vivre comme au cinéma (Woody & Louis!!!!)
passer des heures au téléphone, quitte à se faire sérieusement gronder (fais attention, les ondes !!!!! je vous jure, elle m'a vraiment sorti ça. pff, les adultes !)
rouvrir le petit carnet noir, relire les mots de cet été et continuer, comme si je ne savais pas que c'est nul mais que ça me rend profondément heureuse.
écouter Cat Power à s'en donner le vertige tellement c'est beau et triste.
choisir de relire Arnaud Cathrine avec la même ferveur, plutôt que de s'attaquer aux Vies parallèles.
pleurer sur la mort de Benazir Bhutto et rêver sur la jeunesse de Simone.

Will you catch me when I fall ?
Cause the world we had once
Is slipping away from inside our hands…
Yes you will.
x--n-copie-1.jpg
toi parce que j'ai pas besoin de tout expliquer, parce que tu comprends tout, tu sais tout, tu devineras toujours ce que je ne dis pas. toi parce que, après toutes ces années, le lien est intact et plus précieux que jamais.l-ann--e-de-la-moustache-2.JPGtoi parce que c'est indicible à quel point je t'aime et à quel point, grâce à toi, l'année de la moustache a été belle.
l--mir-et-thomas.jpgtoi parce que la vie est toujours belle avec toi, même quand on va voir des films catastrophiques ^^

il manque lana dont je n'ai pas de photo, malheureusement (comprendra-t-elle le message subliminal ?!).
mais toi, toujours toi, parce que nous partageons tant de choses, tant de mots que, l'une et l'autre, nous comprenons si bien.

vous, nous, vous toujours. merci.
par mina
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Mercredi 26 décembre 2007
devinez ce que j'ai fait hier soir, soir de Noël, au lieu de rester au fond de mon canapé devant le sempiternel Père Noël est une ordure ? je suis allée écouter un concert de Woody Allen au Théâtre du Châtelet…

si si, j'ai bien dit Woody Allen, en concert. oui, pour ceux qui ne sont pas encore au courant, Monsieur Allen joue de la clarinette et fait partie d'un groupe de jazz qui joue principalement la musique de la Nouvelle-Orléans... et pas trop mal en plus !
bref, pour revenir un peu sur les circonstances… cela fait trois mois que Julien me disait : "tu sais quoi, je vais écouter Woody le soir de Noël…" on peut dire que ça s'était bien imprimé dans ma tête, mais ça restait un peu un sujet de plaisanterie pour moi, je l'avoue.
et là, hier midi, il m'appelle pour me proposer de venir, suite à une défection d'un membre de sa famille. et moi je me précipite, tant pis pour ledit parent ^^

donc j'y suis allée ! on a rigolé pendant toute la soirée parce que, franchement, c'est trop marrant cette musique! et Woody joue de la clarinette comme moi de la cornemuse ^^ nan, enfin, j'exagère, il se débrouille pas trop mal, il joue à peu près juste et on voyait bien qu'il était hyper heureux de jouer. c'était très… revigorant : il m'a donné l'exemple de quelqu'un qui fait vraiment ce qu'il aime sans trop se soucier de ce que les autres peuvent en penser, de la qualité de ce qu'il fait pour l'auditeur, etc.

woody-clarinette-3.jpg
ce type-là est énorme, je vous dis. il était tout à fait conscient que tout le public était venu pour lui, un peu comme une "curiosité", et pas pour sa musique, si sympathique soit-elle. il a donc joué avec ça, il nous a parlé en français, il était vraiment très drôle :D
quelqu'un, à un moment, a crié MERRY CHRISTMAS dans la salle, pendant qu'il était debout devant le micro, et lui a répondu : "Oh, merci… Noël pour moi c'est comme-ci comme-ça… j'ai donné beaucoup cadeaux, bijoux et tout à ma femme, et mes enfants, comme d'habitude, ils m'ont offert un cravate TRES TRES LAID…" (imaginez-le avec son accent américain et sa tête de Droopy triste, c'était à mourir de rire !)

le groupe est revenu deux fois pour un bis, et là, on ne pouvait plus l'arrêter. ils ont repris des chansons en français, c'était énorme : C'est Si Bon d'Yves Montand (xD) et La Vie en Rose d'Édith Piaf (xD xD), et ils ont même joué Mon beau sapin en transformant tellement l'air que personne ne l'avait reconnu au début.
on avait en plus des voisins stupides qui ont bien contribué au fou rire général.

bref, le concert, c'était magique. tout d'un coup, j'ai fermé les yeux, j'ai juste écouté la musique, et je me suis dit au bout de quelques minutes : mais merde, je suis en train de taper des mains en rythme avec des centaines de personnes pour accompagner Mon beau sapin joué par Woody Allen !! c'était absolument dingue.
quand il a joué debout pour les bis, à la fin du concert, il se tortillait légèrement en rythme, c'était trop mignon. Julien et moi avons donc décidé de le surnommer WOODY LA CREVETTE :D
t-crevette-1.jpg
je passe à la seconde partie de la soirée. dès que le concert est fini, Julien et moi nous précipitons dehors, il pleut, tiens, ça faisait longtemps ! on court, on fait le tour du pâté de maisons, et soudain on découvre l'entrée des artistes, à l'arrière du théâtre (c'est bon à savoir). on se poste là avec quelques autres personnes et des photographes. étrangement, il n'y avait pas beaucoup de monde, je pense que la plupart n'avait pas eu le réflexe de chercher la petite porte magique.
Julien appelle sa mère, d'où une réplique culte de ma part :
t'as qu'à lui dire qu'on est à la pêche à la crevette…
moi et mes blagues merdiques, comme d'habitude !

bref, on guette Woody à la sortie, sous la pluie, avec le Saint Graal, à savoir son dernier livre, Mere Anarchy, tout prêt à être dédicacé par son Altesse.
et devinez qui surgit, à la place de Woody ? Louis Garrel et sa compagne Valeria Bruni-Tedeschi ! deux acteurs que j'aime beaucoup. ils sont aussi classe qu'au cinéma, je vous jure. ils sont sortis par là, je les ai suivis des yeux, totalement ahurie. vous pouvez ptêtre imaginer la scène : comme dans les dessins animés, la mâchoire qui tombe jusqu'au sol puis remonte, et puis mina qui sautille sur place comme une vraie groupie : J'ai vu Louis Garrel ! J'ai vu Louis Garrel ! Je l'ai VU !

louis-et-valeria-1.jpgimage extraite du dernier film de Valeria Bruni-Tedeschi, Actrices, je crois. ils sont adorables tous les deux :)

et puis enfin, le voilà. il sort avec sa casquette sur la tête, qui lui donnait un peu l'air d'un petit vieux. il s'extirpe difficilement de la haie d'honneur qu'on lui faisait, des dizaines de mains qui se tendent pour réclamer un autographe, des jeunes ambitieux qui se jettent sur lui en balbutiant : "you know, I had an idea for a movie… please…", des gens qui lui fourguent leur carte de visite entre les mains… je dois dire que j'ai trouvé ce spectacle un peu pitoyable. eh oui, c'était la première fois de ma vie que j'allais à un concert de musique pas classique, la première fois que je rencontrais une star, je suis pas habituée à ça. j'ai donc renoncé à prendre une photo pour ne pas l'embêter. je préfère mille fois le beau souvenir que j'en garderai plutôt que ça, une photo volée à un Woody qui avait l'air un peu affolé.

on s'est ensuite placés de l'autre côté de la voiture qui l'attendait, pour le regarder partir. quand il s'est retrouvé face à nous, j'ai crié quelque chose comme "Thank you, Mr Allen, it was great !", et il est parti vers de nouvelles aventures. j'ai jeté un coup d'oeil furtif autour de nous, mais Louis Garrel et Valeria Bruni-Tedeschi étaient déjà partis :)

voilà, Woody était magnifique, c'était très drôle, cette soirée va rester dans les mémoires, je crois.
merci Julien, c'était… c'était… c'était… pff, c'était génial quoi ^^ ça faisait longtemps que je n'avais pas rigolé aussi franchement et aussi longuement. merci merci merci, heureusement que tu es là :D

sinon, j'espère que vous avez passé un très bon Noël, que vous avez eu plein de beaux cadeaux…
à très vite,
mina.
par mina
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Mardi 25 décembre 2007
voilà, c'est Noël :D
j'ai bien réfléchi ces derniers jours. comment manifester, sur ce blog où vous êtes si actifs, si importants pour moi, à quel point je vous remercie d'être là ?
j'ai fini par avoir une tite idée. je vous avais promis une nouvelle, la voilà, c'est comme un ptit cadeau de noël pour vous que j'aime tant.
elle date d'il y a quelques jours seulement. elle est écrite dans un style plutôt classique qui m'est vraiment inhabituel. enfin, j'ai laissé faire ma "plume" comme elle le voulait, et voilà.
joyeux Noël alors…
j'espère que ce Noël vous apportera beaucoup de bonheur et d'espoir.
luv you :D


Une dernière danse avant l’aube

Une dernière danse avant l’aube, décida-t-elle en regardant, par les vastes fenêtres, la lune qui s’enfuyait, le ciel qui blêmissait. Elle sortit pourtant sur le balcon ; la nuit aussi dansait devant ses yeux, le vertige du petit matin la reprenait. Dans l’obscurité évanouie, le monde se révélait sous d’éphémères ponts de funambules. L’aube l’emplissait de cette lumière ambiguë qui pouvait venir aussi bien d’un rêve que d’une mort assourdie.
Il la chercha et la trouva là, sur ce balcon suspendu, isolé comme un regard flou. Il la tira de la langueur de l’aube et l’entraîna à l’intérieur.
Dansons, veux-tu ? dit-il, et elle le suivit sans résistance.
Elle ne vit pas la salle vaciller légèrement sous ses pieds, elle ne le vit pas se pencher sur le gramophone et faire naître la musique du bout des doigts. Ils dansèrent sans qu’elle sût très bien ce qui la faisait tourner entre ses bras. Ils dansèrent longtemps et la musique abandonna lentement son corps ; les sons quittèrent ses doigts qui voulaient encore s’accrocher à lui, et lui-même la laissa partir, sans essayer de la retenir.
La salle du bal s’était vidée ; peu à peu, les autres avaient quitté le cœur de la danse, et elle n’avait pas voulu les suivre ; elle était restée, ils avaient dansé encore. Maintenant l’aube, qui les avait pourchassés toute la nuit durant, les rattrapait, les enserrait dans son souffle trouble.
Madeleine parut près de la porte et regarda avec indifférence la salle abandonnée, le gramophone qui chuchotait un pas de danse oublié. Les premiers rayons du soleil glissaient sur le vide étourdi de la pièce. Les bouteilles vides s’alignaient sagement sous le piano ; toute vie effacée, toute présence éteinte, seul un cendrier fumait encore comme un cœur qui bat. Jacques avait fermé les yeux, effondré sur le tapis. Madeleine le regarda longuement, tandis que la musique reprenait vaillamment un air désuet ; et elle s’étonna de sentir tout au fond de son cœur quelque chose qui ressemblait à une larme aussitôt asséchée.
Elle retourna sur le balcon et sentit l’air s’adoucir. Ils avaient dansé longtemps : à présent, la mer au loin se fondait dans la poussière dorée des premières lueurs. Elle tendit la main vers l’océan ; le ciel fleurissait au bout de ses doigts. Le jardin à ses pieds s’emplissait de cette renaissance : le parfum des fleurs montait sous la treille, dans la rosée, et les ombres se réfugiaient entre les buissons, là où l’aurore et ses odeurs neigeuses ne retourneraient pas les chercher.
D’autres aurores, ils en avaient connu ; d’autres danses illusoires qui s’étaient évanouies avant l’aube ; d’autres souvenirs qui se perdaient : quelqu’un avait cessé de battre la mesure de leur dernière danse.
Jacques revint auprès d’elle et l’embrassa. Elle s’enivra un instant de l’odeur qu’il traînait avec lui, odeur de passion et de cigarette, odeur qu’elle avait reconnue bien avant de s’émerveiller au son de sa voix.
L’aurore avait un goût de cendre. Madeleine distinguait les rivages blanchis sur lesquels la mer venait s’éteindre sans douleur ; l’oubli aussi était un rivage apaisé, sourd aux sanglots des vagues. Elle comprit, indifférente, que des lambeaux de sa vie avec Jacques disparaissaient comme les notes d’un dernier leitmotiv. Mais les dernières mesures ne lui manqueraient pas. Vivre en une danse, vivre au rythme de la valse, il n’y a rien de tel, avait dit Jacques, mais Madeleine savait qu’ils se sentaient maintenant tous deux, dans ce mensonge de la musique, des imposteurs.
Et pourtant l’aurore chantait encore : “cette chanson d’amour… qui toujours recommence.” Les rêves avortés naissaient et mouraient au-dessus de la mer, traçaient sur l’eau un million de minuscules tempêtes. Elle marchait sur ce fil, somnambule malhabile, et, du ciel, elle ne voyait plus que les étoiles qui s’éteignaient l’une après l’autre.
Madeleine songea une dernière fois à Jacques et à la salle de bal tristement solitaire. L’aube n’apporterait pas de réconfort, mais seulement un peu plus de silence. Jacques continuerait à rêver et à danser ; ils vivraient encore tous deux, flots de mots et de poussière, dans un tissu de souvenirs qui les protégeait d’un sort obscur. La nuit, l’oubli, les avaient unis dans une même danse désespérée, mais l’aube, au contraire, devrait les séparer.
Lorsque l’aurore céda au jour, Madeleine soudain ne fut plus là. Jacques s’éveilla dans l’angoisse de savoir que son ombre aimante avait cessé de le recouvrir, de le protéger, de l’entraîner au loin, là où les étoiles avaient encore confiance. Il courut les forêts et les tempêtes, il franchit les océans, oublia ses regards à guetter son ombre sur la mer. Il s’enfuit après elle, perdit bientôt dans la fuite la trace de ses propres pas. Il compta quelques aurores de plus et constata que ses larmes blanchissaient toujours le même rivage sur lequel elle l’avait laissé. Madeleine ne revint pas. Jacques la chercha en vain. Silence enfin.

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(ça fait hyper sérieux n'est-ce pas ^^ *trop fière* ^^)
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Lundi 24 décembre 2007
Tout droit, je marche. Tout droit, je suis les sentiers que trace la faible lueur de la lune. D'une main assurée, j'écarte les branches dont l'ombre foisonnante se présente à moi. La feuillée me harcèle de frémissements auxquels ma respiration haletante semble donner écho.
Tout droit, je marche. Sans regarder derrière moi. Les yeux lavés de toute présence lumineuse, plus rien que le noir inaltérable devant moi.
Avance, avance.
Et soudain, la terre. La jachère. Une amorce d'horizon qui m'effraie. Un large espace vide, cerné par les arbres.
Immobile.
Je regarde à travers l'espace immobile.

Arnaud Cathrine, L'Invention du père, 1999.

Monsieur Cathrine, l'un de mes écrivains préférés à ce jour, laissez-moi vous remercier : sans vous, sans Les Yeux secs, La Route de Midland, et surtout Sweet Home, je crois que je ne serais rien. j'ai tant appris auprès de vos livres, qui me suivent encore avec la même intensité, la même violence silencieuse que lorsque je les ai découverts, lorsque j'ai eu cette chance.
dire que vous êtes l'écrivain que je voudrais devenir, est-ce que cela a vraiment un sens ?
merci Maître Cathrine, merci pour tout ce bonheur.sweet-home-verticales.jpg
par mina
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Dimanche 23 décembre 2007
— do you often fall from the roof ?!
— yes, and specially when you catch me…


drôle de semaine, en fait. tout est allé si vite… si étrangement…
j'ai comme un peu perdu le fil de tout ce qui m'arrivait.
j'ai tellement attendu, le coeur battant, que ce soit les vacances, que je me sens vraiment bizarre maintenant ! enfin, ce n'est qu'un détail.
je revois ces derniers jours dans un tourbillon de souvenirs. rien que des impressions, plus exactement, mais cela suffit à me donner une idée de ce qui m'est arrivé cette semaine.
un petit bilan maladroit, comme le reste.

un immense soulagement après avoir parlé avec toi, mon amaury… ça va beaucoup mieux maintenant, à tous égards. comme une effroyable pierre qui se serait dégagée de mon coeur =D

plein de gens qui se mettent à se soucier de moi, de ma santé, à me regarder gentiment avec un peu d'inquiétude, comme si j'allais me briser entre leurs doigts… à commencer par mes profs, d'ailleurs. je vous assure, ça fait bizarre ! je vais bien, pourtant. très très bien même, je crois.

j'ai commencé à relire Du côté de chez Swann, aussi. je dis relire, mais en fait c'est comme une première lecture. je vis avec ce livre, mon coeur bat avec lui, je découvre un sens à notre vie entre ces mots, youhou ! franchement, je me sens aussi terriblement banale : il y a des milliers de personnes qui ont ressenti avant moi exactement la même chose. eh oui. et bah tant pis. ça ne m'empêche pas d'être heureuse ^^

une audition plutôt réussie, jeudi soir, où on a joué des extraits de Casse-Noisette. je pensais à cette belle soirée avec vous (soleil - camille - clara - laurène - karine - lana, luv you !!!) et je me souvenais que, pendant la très fameuse Danse de la Fée Dragée (<3), les gens dans le public retenaient leur respiration, que les garçons sont féroces (ma SoSo, souviens-toi de P. le taureau ^^), que le riz cantonais peut sauver la vie à trois jeunes filles affamées, que les photos délirantes rendent profondément heureux, que la salle de Bastille est bizarrement fichue, mais qu'avec vous, tout ira toujours bien.

des moments de grâce, aussi. l'un, vendredi soir, avec toi, lorsque nous étions au cinéma… franchement, allez tous voir Il était une fois, c'est carrément… merveilleux, c'est magique, c'est trop trop drôle, et ça m'a fait rire comme trop peu de choses dans le monde !
(quand la princesse chante : la-la-la-la-la… et que les pigeons et autres animaux très sexy de New York débarquent pour faire le ménage ^^ Pip l'écureuil xD ^^ le trip comédie musicale kitschissime en plein jardin public ^^ les passages indignement copiés de La Belle au Bois Dormant ^^ yami-yami ^^)
il faut dire que c'est un Disney bien classique, mais vraiment touchant. vivement le prochain :D

amd-enchanted.jpgils sont pas trop mignons tous les deux ?! :)


autre moment de grâce, ce week-end, quand les anciennes intuitions, si familières, si douces, si illusoires, me reviennent… quand je pense que je vais enfin y arriver, à écrire LE texte dont je rêve depuis toujours, à assembler les bribes que j'ai mis tant de temps à réunir, à être heureuse, enfin, de ce que j'écris. évidemment, ça rend merveilleusement heureux sur le moment, mais surtout terriblement triste lorsque ça s'arrête. si si, ça finit toujours par s'arrêter, et chez moi cela vient particulièrement vite. je désespère à nouveau face à ma feuille de papier. j'accumule les espoirs illusoires, pff, je sens que cela est vain, que cela est triste, que cela est fragile. mais bon. il me reste toujours une bribe de plus à rajouter aux autres. peut-être qu'un jour cela marchera ?!

expo Giacometti à Beaubourg, quelques pas entre ces murs familiers pour y découvrir un art nouveau, juste, humain et fragile, comme René Char et Raimund Hoghe. (je fais de ces parallèles, moi ! on dirait bien que Vérité Universelle est adepte de la doctrine du tout-est-lié => comprendra qui pourra ^^)
regardez cette sculpture, l'Homme qui marche… elle me fait penser au début du spectacle de Raimund Hoghe, où il marchait simplement autour de la scène, de son pas fragile et courageux à la fois, sur la musique de Ravel, cette Pavane à fendre l'âme (en anglais, c'est toujours plus juste : heartbreaking dit tellement mieux la souffrance et la beauté - beauté de ce qui est supposé être laid -)
207-1-copie-1.jpg
expo Wagner à La Villette cet après-midi, c'était magnifique… le canal de l'Ourcq gelé, l'herbe encore parsemée de givre, le soleil blanc de l'hiver… le prélude de Parsifal à s'en déchirer les oreilles, comme si c'était les premiers sons que j'entendais de ma vie. je comprends parfaitement que ce soit l'opéra préféré de certains (je ne vise personne ! ^^).

et puis les vacances qui arrivent enfin, vacances tant attendues et tant méritées. j'ai tellement prié pour que ces jours viennent, j'ai l'impression que je vais être déçue. heureusement que vous serez tous là pour me sauver la vie. on mérite d'être heureux au moins quelques jours. on le mérite vraiment, vous savez ! :)

allez quoi, c'est Noël, je suis même en train de regarder Harry Potter à la télé. on rêve, non ? :)
vous allez avoir de mes nouvelles ces jours-ci, c'est promis. je n'oublie pas tout ce que je vous dois. et j'ai vraiment envie de voir ceux d'entre vous qui sont là, dans notre ville frissonnante, dans cet hiver si tendre. la nouvelle arrive, prochainement sur vos écrans, promis aussi !
LUV - LUV - LUV
luv you :D
chat-noel.jpg

par mina
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Mercredi 19 décembre 2007
Je t'aime, répète le vent à tout ce qu'il fait vivre. Je t'aime et tu vis en moi.
René Char, Afin qu'il n'y soit rien changé, in Fureur et mystère, 1948.

comme quoi ça arrive qu'on se trompe, n'est-ce pas ?

pardonne moi mon prince,
j'avais si froid tout au fond de mon coeur,
la nuit s'oubliait dans le silence,
le jour se levait pour disperser les cendres,
j'avais si froid tout au fond de mon coeur.
les rivières charriaient des blocs de glace éperdus,
le soleil se couchait sur le dernier jour,
la lune se levait dans un sillon de larmes,
j'avais pourtant si froid dans cette aube silencieuse…
pardonne moi
ça mérite une photo, non ?amaury-et-mimi-3.JPG
je t'aime
regarde, les arcs en ciel se lèvent !
so we're all maddend by all the things that happen to us
but we nevertheless live in rainbows
:D

special thanks to Soleil, roussinette, karichoupinette, lanouchérie, J., Julien
you took me close to the rainbows

<3
au fait… oyez oyez, braves gens, référendum ! ça intéresse quelqu'un de lire une nouvelle que j'ai écrite ?
(vous pouvez répondre non, je vous aimerai quand même)
par mina
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Dimanche 16 décembre 2007
Once I wanted to be the greatest
No wind or waterfall could stall me
And then came the rush of the flood
Stars in night turned deep to dust…
Cat Power - The Greatest

pff… la vie traîne des pieds, encore, la vie s'éternise, la vie s'écoule en petites gouttes froides, la vie se change en miracles d'un instant, then runs away.
pas vraiment seule, pas vraiment triste, pas vraiment heureuse non plus. pas tout à fait capable de comprendre, pas encore. même plus envie d'avoir de l'espoir.
The Story Of Them All est en train de devenir la star de ce blog, j'en suis la première surprise ! c'est incroyable comment j'y croyais pas quand j'ai écrit ce texte la semaine dernière — la soirée la plus triste de l'année 2007. et voilà comment quelques mots ont un destin éternel. bah oui, maintenant que vous, gens que j'aime plus que tout, m'avez dit ces belles choses sur lui, je n'oublierai jamais l'effet que ça fait, le réconfort, la joie de sentir mon coeur qui se réchauffe à la pensée que trois personnes ont compris, tout compris, mieux que n'importe qui. c'est merveilleux ça. merci. et mes plus plates excuses pour ma pitoyable faute — oublier le be de they'll be able. heureusement que Lana-Oeil de Lynx est là !! (désolée karine, je te pique ton surnom de samedi matin, mais lanachérie le mérite pour cette fois ^^)
bon, en même temps, ça fait monter la pression : j'ai peur de décevoir un si précieux et si enthousiaste lectorat pour mon prochain texte. mais je vais faire de mon mieux, promis les amis :)
there's nothing like living in a song… c'est vrai, ça me sauve un peu la vie tous les jours. c'est si facile de s'engloutir dans une chanson, de brancher le iPod bien-aimé au milieu de la nuit pour entendre Win chanter "an ocean of noise" qui me bouleverse encore comme la première fois que j'ai écouté ces chansons ; si facile de prendre un crayon et d'écrire quelques mots qui suffisent à soulager le coeur étourdi des larmes de la nuit ; si facile de croire qu'on vit comme dans une chanson de Coldplay (laurène :p) :
Get lost, and then get found…
nan mais écoutez un peu ça, est-ce vraiment si facile d'être spontanément found quand on se sent tellement, tellement, tellement lost ?!
(le mélange français-anglais donne des phrases si jolies, je trouve… ahah, au fait, je vous ai évité mes textes qui mélangent joyeusement les deux langues, je crois que ça vaut mieux pour l'instant :p)
je médite la perspective des vacances de Noël. j'ai envie de vous voir, de vous dire que je vous aime, de vous offrir plein de cadeaux, de courir avec vous dans un Paris ambiance Merry Christmas, un Paris qui frissonne dans un rayon de soleil à - 5°, comme aujourd'hui.
je médite les choses actuelles, aussi. je comprends plus, mais ça je l'ai déjà dit, oops, je radote, merdouille !…
je médite l'oubli, les gens qui changent, les liens qui se font et se défont, les fils auxquels on se raccroche comme à une dernière et pitoyable illusion.
an illusion, what else ?
(geooooooooooooorge !! lol)
je médite, ne vous inquiétez pas, I keep going through life and its dirty pretty things.
Wanderer---ber-dem-Nebelmeer.jpg
bon, je me rends compte que je viens de pérorer pendant une demi-heure sur des choses particulièrement inintéressantes, pour n'avoir même pas avancé dans ma réflexion. hum hum, efficace le blog :D
bonne soirée et bon courage pour cette dernière semaine d'efforts. la liberté nous attend, n'oubliez pas.
luv.
par mina
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Mercredi 12 décembre 2007
un jour je me tairai et ce sera un immense soulagement pour l'humanité tout entière. mais pour l'instant je me réserve encore le droit de parler un peu même si je ne dis rien.
Laurène, je te dédie ce texte, si tu me le permets, et même si, à la base, il a été écrit pour quelqu'un d'autre. je pense comme toi qu'il y a des gens qui ferment toujours leurs minables oreilles pour se concentrer sur leur malheur personnel — même si, fatalement, un jour, ils n'entendent plus que le silence. je crois quand même qu'il en existe certains autres qui n'ont pas besoin d'un blog pour entendre nos cris :)


The Story Of Them All

I’m sitting on this old mountain
Looking over the seas,
Trying to catch the sailor’s song.
Sailing again into purple sunrise
He’s missing the earth, and the graves, and the smiles
But still swimming with stars and winds.
Hear the homesick bells angry ringing,
Ringing the story of them all.

They live with the past and they go with the dust.
They swear that “Hope makes life”
And they condemn life to black and white.
They love and scream,
They tear their skin,
They close their eyes,
They sow tears of blood.
They say they want to leave a trace
And they erase their lives to struggle with shame.
They bet on their own mistakes,
They wish living was much easier.
They refuse to see the way under their feet,
Refuse to walk the line,
And they lose their way into darkness.
They miss us
They’ll able to follow us
If we tell
The story of them all.

Exiled on the ground
Now we’re lost turning round
On the earth raw
With memories that make flowers grow
Come on, let’s take a walk in the dunes,
We’ll all make flowers grow.

I can’t go any further
Can’t breathe, can’t leave
Can’t find any way back through seas and dreams
I can’t walk the line anymore.
To die, to sleep, no matter,
To lie, to run, I don’t care
I’m not there anymore.
Can’t keep the thought of you beside me,
Beloved ghost,
I’m not there anymore.

I’ve lost your track.
I’m fading away with you.
I cannot tell you the story,
The story of them all,
Once again.

So melt me down
Change my name
Cut off the winds
Reap my tears
Destroy the armor
Turn me off
Show me the night
And desperate skies
Free my fingers
From hate and blood
From earth’s neighborhood.

And I stop climbing this old mountain
I wash my heart in the rain
And tell your secrets to the rain
So that we can walk away,
whisper promises to birds and winds
That keep taking us out of here,
Out of here.
And we’ll write together
The story of them all.

They refuse to see the way under their feet,
Refuse to walk the line,
And they lose their way into darkness.
Take my hand,
We'll guide them,
Write the story of them all.

c'est karine qui va être contente… :D
par mina
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Lundi 10 décembre 2007
lana-et-mimi.jpg
She comes in colors ev !rywhere,
she combs her hair
She's like a rainbow,
coming, colors in the air
Oh, everywhere, she comes in colors
Have you seen her dressed in blue ?
See the sky in front of you
And her face is like a sail,
speck of white so fair and pale
Have you seen a lady fairer ?
Have you seen her all in gold ?
Like a queen in days of old
She shoots her colors all around like
a sunset going down
Have you seen a lady fairer ?
She comes in colors ev'rywhere,
she combs her hair
She's like a rainbow,
coming, colors in the air
Oh, everywhere, she comes in colors…

je suis d'accord avec camille, cette chanson te va bien.
peut-être parce que je ne m'imagine pas dire à quelqu'un d'autre qu'à un arc-en-ciel que la vie, parfois, se traîne dans le sable, puis se roule sous la pluie, sans qu'on sache pourquoi, et on se retrouve toujours terriblement seul, à se poser des questions dans une langue inconnue, à espérer des rivages lointains, à ressentir tout au fond de soi l'existentialisme de sartre (hum)
le vide, ça nous connaît, mais qui d'autre qu'un arc-en-ciel peut si bien le remplir ?!
le temps passe, je sais, mais grâce à toi, non, rrrrrrrien de rrrrrien, je ne regrette rien.
ce que tu m'as écrit l'autre jour sonnait comme un avenir plein de promesses.
merci à toi
merci à maud pour la photo
merci à henri IV et aux dialogues de russe de nous avoir réunies :)
 
par mina
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