Jeudi 3 avril 2008
=D
Beirut 26 juin à l'Olympia --> on y sera, croyez-moi. (elle est heureuse)(elle flotte sur un nuage)(danse dans le chant d'une trompette)(veut apprendre à jouer de l'ukélélé aussi bien que lui)(veut être le 26 juin au matin et se réveiller heureuse)

Dearest Zach, take care, for I'll be waiting for you on June, 26th, and something will happen — anything — maybe I'll write my first real novel —  write it with me finest hand on the back of old Parisian pictures of lions in the Jardin des Plantes — and throw it to you — maybe I'll jump on the stage with you and show the world that anyone can play the guitar — maybe I'll just try and catch a smile from you…

Monsieur Zach Condon, je vous aime =D


en attendant --> week-end à Tours ou à Nantes avec Milka ? dites oui, dites oui, dites oui !
Par mina
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Samedi 29 mars 2008
to gamble away your life
to lose it on the street
to forget it on a train
to lie about it
to take your eyes out of here, please, let her choose the place where she'll at last decide to close them for real.
vivez dangereusement, cela ne saurait mentir.

comprends pas pourquoi mes yeux se remplissent de larmes. comprends pas pourquoi, devant l'enclos des Wallabies au Jardin des Plantes, la seule pensée qui me vient est la désespérante nécessité d'appeler à l'aide. comprends pas pourquoi certains prénoms voudraient s'affranchir de la censure que mon coeur leur impose, et s'arrêtent sur mes lèvres en un son que personne n'entendra.
j'aurais besoin d'un "Sunday Smile" ou d'un "Elephant Gun".
Bruno, s'il te plaît, continue à m'envoyer quelques lignes de toi dans les commentaires…

If I was young, I'd flee this town
I'd bury my dreams underground
As did I, we drink to die, we drink tonight

Far from home, elephant gun
Let's take them down one by one
We'll lay it down, it's not been found, it's not around

Let the seasons begin - it rolls right on
Let the seasons begin - take the big king down

Let the seasons begin - it rolls right on
Let the seasons begin - take the big king down

And it rips through the silence of our camp at night
And it rips through the night

And it rips through the silence of our camp at night
And it rips through the silence, all that is left is all that i hide

Beirut - Elephant Gun.

rien d'autre à dire, me semble-t-il.
bon week-end, dit-elle avec un enthousiasme mal imité.
Par mina
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Jeudi 27 mars 2008
Soviel Gestirne, die
man uns hinhält. Ich war,
als ich dich ansah — wann ? —,
draußen bei
den andern Welten.

Tant d'astres qu'on
nous fait miroiter. J'étais,
quand je t'ai regardé(e) — quand ? —
dehors parmi
les autres mondes.

Paul Celan - Die Niemandsrose

j'aime la grêle — quand une averse nous pousse à l'intérieur d'une cour insoupçonnée rue Soufflot, où nous découvrons un petit monde émouvant — un mur, des pavés, l'eau qui roule sur les feuilles des arbres.
Thelonious Monk n'a pas sauvé le TPE - un peu déçue, mais bon. courage, girls.
mais de l'espoir, de l'espoir toujours, s'il vit dans une note de musique, un souffle de voix, un grêlon, un poème, l'eau d'une rivière.

IMGP1327.jpg
Par mina
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Jeudi 27 mars 2008
Elle lèvera les yeux en sentant sur sa peau l'éblouissante fraîcheur de la rivière, et s'approchera de ses berges humides. Quelques pas hésitants comme une première rencontre. Elle sentira la Dordogne couler à ses pieds, charrier sous les arcs noirs du pont une eau vive, boueuse. Elle observera les tourbillons que font les courants lorsqu'ils s'entrecroisent, marquent de noeuds frémissants le cours de la rivière et racontent l'histoire de ses affluents, de la Cuze, assoupie sous les rues de la ville pour mieux faire surface, veine tortueuse, en rejoignant la Dordogne. Elle enjambera des flaques troubles que la rivière a jetées sur ses rives, et s'émerveillera de marcher dans un pré de sable et de feuilles de trèfle — de sentir sous ses pieds l'eau vivante qui purifie la terre, et appelle le ciel. Elle voudra parcourir les routes et s'arrêter pour regarder la rivière dorée dans la lumière un peu miraculeuse du coucher de soleil, elle se penchera par-dessus le parapet pour contempler la trace sinueuse de l'eau, les terres inondées, les arbres qui semblent pousser au milieu des flots. Elle laissera ses regards sommeiller en vagabondant sur les bocages, les toits de lauzes, le frémissement obstiné du vent et des ruisseaux autour d'elle. Elle se tournera vers la falaise et viendra effleurer la pierre de cette région, le calcaire ocre, comme une pierre de soleil, chaud encore sous ses doigts. Elle regardera le ciel, qu'elle a cru laisser épouvantable à la gare d'Austerlitz, et s'étonnera de découvrir son bleu intense qui va si bien aux couleurs du Périgord.
Plus tard elle goûtera quelques plats de la région, rira parfois ; elle sera sur la défensive, donnera quelques coups de griffes inoffensifs autour d'elle ; elle dormira bien dans le lit d'une cousine, rêvera d'une île en Espagne.
Le lendemain elle fixera le ciel blanc par la lucarne, croira y trouver un peu de neige. Elle fera connaissance avec une centaine d'inconnus qui n'auront sur le coeur et sur les lèvres qu'une seule parole : ils répéteront à l'infini les échos du mot "famille", elle apprendra qu'elle a, oui, une famille, mais que la famille est aussi une unité qui se construit — un ensemble qui se choisit. Elle restera assise plusieurs heures à table — et c'est reparti pour le plat traditionnel. Elle se serrera contre une jolie brune devant laquelle chacun s'étonnera : "Oui, c'est ma soeur", dira-t-elle, quêtant dans ton sourire son seul appui. Elle sera avec toi tour à tour désemparée, rassurée, moqueuse ; complice surtout. Elle sera heureuse de vous découvrir des points communs qui ne mentent pas.
Lorsque tu seras partie elle se lèvera, tournera un peu en rond, comme déboussolée, ivre de fatigue et effrayée de se sentir si seule parmi tous ces gens. Elle s'esquivera dans la nature, se reposera dans le jardin d'une maison voisine ; assise sur une pierre, elle regardera les pissenlits en fleur, frissonnera un peu dans le vent, et écoutera des chants d'oiseaux insoupçonnés, comme elle n'en a plus entendu depuis longtemps. Elle suivra un peu la route, traversera le village où ne passent plus que des voitures. Elle croisera la route d'un ruisseau et le regardera un instant, assise au bord de l'eau.
Elle rêvera que cela s'arrête, elle aura envie d'aller à Nantes, et décidera aussitôt que dans ce nom de Nantes se cacherait une sorte d'idéal — oui, Nantes, c'est là qu'elle voudra être soudain, c'est le refuge où viendra se placer son espoir.
Elle errera parmi la famille, fera des grimaces pour son tonton, réussira à sourire sincèrement. Elle sera heureuse en rencontrant une lointaine cousine dont le rire franc l'amuse et la rassure. Elle jouera avec Octave, 4 mois, et rira de se voir si bien accueillie par le bébé. Pour le faire rire, elle imitera successivement le dindon, le cheval, le Donald. Elle aura cette parole mémorable en se relevant du landau de Tatave : "Ben quoi, je fais le dindon". Elle initiera la mère de son "petit fiancé" à cette pratique hautement confidentielle.
Elle se fera encore engueuler par sa tante, dormira mal, se fera encore engueuler au matin, apprendra, à peine surprise, qu'elle est somnambule — et qu'une nouvelle crise a empêché toute la maison de dormir, comme si c'était de sa faute si leur parquet grince comme sous le pas d'un fantôme.
Elle quittera la Dordogne sans avoir dit au revoir aux rues ocres de Sarlat, à la rivière boueuse, à l'angélus qu'elle a entendu, le matin de Pâques, traverser l'air immobile.
Elle devra raconter cela à tout le monde, et se trouvera incapable de le dire. Elle te remerciera, pleurera un peu, arrivée à Paris, parce que tu lui manqueras déjà. Elle voudra revenir en arrière — dix-sept ans en arrière. Mais saura que c'est trop tard. Elle sera quand même fière de toi. Elle attendra que tu lui proposes d'aller à Nantes avec toi. Rentrée à Paris, dans le confort, la pluie et la nostalgie, elle se sentira plus somnambule que jamais.
Par mina
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Vendredi 21 mars 2008
départ en douce jusqu'à lundi soir — Sud-Ouest, Dordogne, Sarlat, famille. je me demande dans quelle galère je m'embarque. Familles, je vous hais-me ?! je me sens déjà seule, en perspective de ces grandes chambres aux murs de bois rude, de ces gens qui n'ont plus rien à se dire, de ces petits bouquets d'arbres où perle le gel — il paraît qu'il va neiger là-bas.
mais ce soir, les couleurs du ciel ont filé au loin, il ne pleut plus, il y a même quelques étoiles au-dessus de chez moi, dont je reconnais à peine la teinte bleutée. la nuit respire lentement, cris de mouettes, éclats de lumière qui parcourent le ciel ; soudain, je n'ai plus envie de partir.
bon anniversaire, une dernière fois, aux trois êtres adorés qui ont fêté le printemps hier et aujourd'hui…
beirut-copie-1.jpg












Par mina
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Mercredi 19 mars 2008
mer-des-oliviers.jpg

… L'incertitude de nos voies nous tourmenta toute la vie. Que te dirais-je ? Tout choix est effrayant, quand on y songe : effrayante une liberté qui ne guide plus un devoir. C'est une route à élire dans un pays de toutes parts inconnu, où chacun fait sa découverte et, remarque-le bien, ne la fait que pour soi ; de sorte que la plus incertaine trace dans la plus ignorée Afrique est moins douteuse encore… Des bocages ombreux nous attirent ; des mirages de sources pas encore taries… Mais plutôt les sources seront où les feront couler nos désirs ; car le pays n'existe qu'à mesure que le forme notre approche, et le paysage à l'entour, peu à peu, devant notre marche se dispose ; et nous ne voyons pas au bout de l'horizon ; et même près de nous ce n'est qu'une successive et modifiable apparence.
(…)
Et tu seras pareil, Nathanaël, à qui suivrait pour se guider une lumière que lui-même tiendrait en sa main.
(…)
Et notre vie aura été devant nous comme ce verre plein d'eau glacée, ce verre humide que tiennent les mains d'un fiévreux, qui veut voir, et qui boit tout d'un trait sachant qu'il devrait attendre, mais ne pouvant pas repousser ce verre délicieux à ses lèvres, tant est fraîche cette eau, tant l'altère la cuisson de la fièvre.

André Gide, Les Nourritures terrestres.

photo qui n'a (presque) rien à voir : c'est la Grèce, la mer des oliviers, à Delphes. l'aube est belle là-bas, brumeuse et pleine d'espoirs. comme nous. environnés de l'air trouble de nos passions, éblouis par un peu de lumière qui filtre à travers le brouillard, mais le regard tourné vers un ailleurs plus beau.
Par mina
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Mercredi 19 mars 2008
… I guess it's just a stinking lonely desert, where silence is so loud over our shoulders, that our own voices would even startle us.
so what about just staying on Earth and trying to find a solution with our tiny weak hands ?


karine-et-mimi-lucky-luke.JPG

à la recherche du bonheur
sans joie et sans ardeur
sans émoi et sans peur
en espérant trouver ton coeur…

… et toi et moi sur ce chemin
chassant d'illusoires brises d'airain
ta main dans la mienne
ton regard et le mien…

je te laisse trouver la suite, si tu en as le courage, je te laisse puiser là-dedans la force que je voudrais t'insuffler.
imagine-nous, petit être, sur une colline couverte d'herbe fraîche, en pente douce vers la mer. un petit bout de terre, peut-être au bout du monde, peut-être plus près que nous ne voudrions le croire.
là, comme allongées main dans la main, les yeux dans le ciel ; ferme tes paupières, petit coeur, et inspire un peu de cet air plus pur… et si tes paupières sont lourdes, terriblement loin de toi, fermées comme si elles avaient perdu la volonté de s'épanouir à nouveau dans le soleil, tu as le droit de les garder fermées ; je passerai la paume de ma main sur elles, je protégerai tes yeux de cette noirceur et ne leur permettrai de se rouvrir que lorsque tu seras à nouveau face à la lumière…
… silhouette droite et courageuse, mains levées en signe d'adieu à ces rivages blanchis par nos larmes mêlées…
et non plus tanguant, comme un navire fragile, sur la mer pâle, sur le ciel blanchi, sur l'aurore affaiblie, certes, mais prête à renaître plus jolie encore
…  jolie comme toi, petit ange.
… courageuse comme toi, aussi.
et moi, je suis là. comme je te l'ai déjà dit… je voudrais que ceci — tout ceci — te soit épargné, merde. c'est pas juste que les enfants les plus doux, les plus innocents, ceux dont le sourire tout doux rend le monde entier plus heureux, soient justement ceux qui se prennent tout dans la gueule un jour ou l'autre.
moi, je suis là, petit coeur.

J
E

T'
A
I
M
E
Par mina
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Lundi 17 mars 2008
amaury-et-mimi-trop-belle-2.jpg
Zach est reparti vers de nouvelles aventures… après une nuit épouvantable, passée à retenir les deux chats pour qu'ils ne se jettent pas l'un sur l'autre, Zach a filé quand nous lui avons ouvert la porte. je tente de me persuader qu'il avait le choix, qu'il a choisi ce qu'il préférait, mais je sais au fond de moi que c'est de ma faute, que je m'y suis mal prise, que je l'ai foutu dehors, finalement, ce petit animal fragile. il me manque terriblement. c'est curieux comme on s'attache vite à une boule de poils qui vous griffe, vous grogne dessus, mais qui pourtant a l'air si vulnérable, deux yeux pleins de chagrin au fond d'un placard.
je me sens affreusement mal à cause de cette histoire. quand je pense qu'il commençait tout juste à prendre un peu confiance… j'ai tout gâché. je ne l'ai pas revu.
Zach, reviens, s'il te plaît, reviens et on recommencera tout, mon petit chat déjà adopté à la maison.

je me console en écoutant Beirut et la voix merveilleuse de son merveilleux chanteur, qui a inspiré le prénom de mon petit minou, et en regardant les photos de Val d'Isère.

;-(
Par mina
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Samedi 15 mars 2008
mimi-masque-3-copie.jpg

— Tchao, KaKao !
— Qui ça ? un cheval dans un manteau… (traduction littérale du russe)

— Garçon, un gin-fizz !

— Oh, regarde, là-haut, la Lune !
— Ah bon ? la Lune ? "c'est toi là-bas dans le noirrrrrrr ?"
— Mais siiiii, là, on la voit, à gauche du dernier marron, enfin, si c'est un marron…
— Mais non, t'es bête, ça peut pas être un marron, c'est un platane ! bah, c'est un chaton de platane quoi !
— Un chaton ?!!!

— Imagine, là, un pied, tout seul…
— Si c'est un pied !

bref  :)  quelques franches envies de rire ces jours-ci — comme pour tordre le cou à la tension qui a pesé sur nous tous, êtres fragiles, traînant derrière nous le poids de nos hésitations, de nos désirs ambigus, de nos efforts et de notre liberté…
j'aime quand une semaine tout simplement atroce se termine aussi joliment… ce sera pour moi, s'il vous plaît, une orgie de sushis-maki-et tout le reste, en entrée ;
une heure de rêve sur un parc à jeux au bord de la Seine, à vagabonder sur un mini château fort haut comme trois pommes, à se croire souverains du monde sous un ciel mauve parsemé d'éclats de rire, avec entrée par effraction de surcroît, et tentative de s'échapper encore plus haut dans le ciel — je voooole !! —, le plat de résistance ;
en dessert, un samedi bien rempli, teinté d'une nostalgie à peine douloureuse, c'est la mignardise, je suppose : conversations au soleil et évocation émue des jeux de notre enfance ; pérégrinations dans les étages d'un immeuble pas encore oublié boulevard Beaumarchais ; TPE, gin-fizz ou presque, retour en métro parce que petite pluie de printemps dans l'air chaud du jour qui faiblit.

j'aime quand une semaine tout simplement atroce… se termine, et me trouve devant le même rideau de pluie — pour ne pas dire devant le même mur —, traînant dans mon dos des casseroles qui brinquebalent sur le sol et marquent mes pas dans la terre.
je ne veux pas être nostalgique.
je ne veux pas y repenser, un bout de ma vie qui n'est pas mort mais, comme le bras affaibli d'une rivière, se disperse en flaques dorées, s'évapore en une trace sinueuse qu'on peut à peine suivre, qu'il faut d'abord retrouver entre les racines des arbres, puis accepter de la laisser se perdre. à l'arrivée, qui sait, c'est peut-être une source plus pure, vivifiée, renaissante dans la lumière.
mais quand même, je ne veux pas rester assise sur cet escalier à regarder, par la fenêtre du 4ème étage, les toits de Paris, je ne veux pas rôder, je ne veux pas partir en chasse de bribes de mémoire, je ne veux même pas rire parce que les nouveaux locataires du 6ème ont décoré leur porte d'une photo de François Hollande, je ne veux pas me pencher, le souffle coupé, sur la porte éraflée qui a été pendant dix ans l'entrée de chez moi et la porte de ma vie.
je ne veux pas me souvenir.
et merde.
je m'interroge sur la proximité, en anglais, de ces deux sinistres verbes : to forgive, to forget, eh bien, ça commence pareil, est-ce que je dois emprunter pour un temps le même chemin pour pardonner avant d'avoir oublié ?! pour réussir à te pardonner avant de t'avoir oublié ?!
je lance un appel au secours, mais le seul être capable de m'aider ne m'entendra pas. dégage, fantôme, retourne à ce même silence, laisse les vivants — les vivants ? — faire leur foutu deuil tranquille. deuil ? c'est curieux, ce que le choix des mots semble nous suggérer.
je me tais mais…
"Et maintenant encore que dirai-je ? Parce que ma bouche se tait, pensez-vous que mon coeur se repose ?" (Gide, Les Nourritures terrestres)

passons à autre chose.
un chaton gris a débarqué chez moi, aujourd'hui. il est adorable, on dirait une peluche, comme l'a très justement remarqué Lana — et encore, il dormait dans le placard... un gros chaton de cinq ou six mois, gris tigré, non, pas comme MON chat, mais au moins aussi chou. perdu, abandonné, enfui ? ma mère et moi rions à l'idée qu'il avait peut-être prévu son évasion, qu'il a serré les quenottes en attendant le grand jour qui le verrait enfin se débarrasser de sa vie parisienne — "Familles, je vous hais ! foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur." enfin, l'animal s'est retrouvé chez nous, la famille à chats par excellence, bien sûr… il est fragile, craintif, agressif pour l'instant ; commence seulement à s'apaiser un peu ce soir, après avoir mangé et roupillé près de moi. je le regarde en souriant, il ne comprend pas, mais bon, peut-être qu'il a une petite idée des sentiments élevés que j'essaie de lui transmettre. j'ai insisté pour lui donner un nom, en attendant d'avoir retrouvé son propriétaire — celui-là à intérêt à se bouger, la situation devient tendue avec mon propre chat, occupant légitime des lieux. pour l'instant, je l'ai appelé Zach, en hommage au chanteur de Beirut. c'est toujours mieux que Robert ou Brise, n'est-ce pas K. ?!

"Texas
I won't come home
Not even if you call
I can't hear you at all"

Arcade Fire - Brazil

j'y mesure le poids de ma liberté, et sa richesse.
un gros "tchao cacao" à vous tous.
Par mina
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Lundi 10 mars 2008
Du bout de sa chaussure, elle a remué l’eau d’une flaque à ses pieds, par désoeuvrement ; le reflet qu’elle avait cru y distinguer s’est effacé, elle n’osait plus lever la tête pour suivre du regard la ligne floue des immeubles. Le portillon du square s’est refermé avec un grincement, Sonja a tourné la tête, nerveuse ; un homme était entré dans le petit jardin, avec l’air incertain qu’elle croyait retrouver sur son propre visage. Il serrait entre ses bras, contre son épaule droite, un paquet informe blotti contre lui, un enfant ou une peluche peut-être. Il s’est avancé vers le trou d’ombre, entre les arbres, dans lequel elle s’était réfugiée. Il s’est détourné précipitamment lorsqu’il a aperçu Sonja et a disparu.
En désespoir de cause elle a levé les yeux ; dans le ciel, il n’y avait rien à regarder non plus, mais la nuit tombait et les nuages pressés filaient dans le vent, traînant une ombre changeante sur les immeubles. Une odeur humide montait entre les arbres, des gouttes d’eau roulaient sur les feuilles des marronniers et venaient s’éteindre au pied des arbres, dans ce même silence d’une pluie de printemps. Sonja s’est retournée et s’est mise à examiner le square avec cet air de désinvolture affectée que Rafael lui avait enseigné. Tout près d’elle, le bac à sable était envahi de tas de feuilles mortes que le vent avait arrachées des arbres puis entraînées au fond du bassin, dernier oubli de leur carcasse grisâtre. Des feuilles édentées, décharnées, maigres et sèches comme de longues mains âgées. Une rangée d’arbres entre lesquels un ballon de mousse gonflé d’eau. Des bancs de bois qui disparaissent dans l’ombre qui monte. Derrière elle, des jeux d’enfants en bois, un toboggan trempé, une balançoire, une échelle menant au pont supérieur d’un petit château en bois, qui semblait traverser fièrement les airs lorsqu’un enfant en faisait la conquête, se rêvant capitaine au long cours de ce vaisseau éphémère. Sonja a tourné sur elle-même un instant, elle a essayé de fermer les yeux et de trouver une idée. Elle s’est assise sur la balançoire, les pieds trempés dans une flaque d’eau.
De la balançoire elle a aperçu, massée dans l’ombre, une forme incertaine ; un fauve prêt à bondir peut-être. Elle a fixé ce coin d’obscurité avec insistance, sommant la bête de s’effacer ou de montrer ses griffes que Sonja ne pouvait que deviner dans le noir. Ombre possessive toute proche d’elle, odeur de cendres qui se déverserait sur elle. Sonja a bondi et s’est avancée pour regarder cet éclat d’acier qu’elle apercevait à quelques mètres de là. Puis elle l’a reconnue.
L’homme au lion, œuvre de jeunesse, a-t-elle songé en s’approchant.
La forme ambiguë de la sculpture, les silhouettes entremêlées de l’homme, du fusil et du lion, le grain épais du métal humide que Sonja fait glisser sous ses doigts ; les pattes du lion qui s’enfoncent dans la poussière boueuse du square, la tête courbée de la silhouette de l’homme, le fusil de l’homme dressé vers le ciel ; tout autour, la haie de forsythia a poussé, environnant d’ombre le groupe mortel de la sculpture, rongeant son caractère fatal en crevant dans cette obscurité les yeux de l’homme et de l’animal. Sonja en fait lentement le tour, s’émerveille de reconnaître les muscles durs du métal, les hésitations du chalumeau qui a laissées indécises les jointures de la sculpture. Une commande publique pour ce square, des années auparavant.
Et Rafael hanterait ces lieux, serait revenu comme une fatalité chercher la source, guetter comme le lion d’acier le moindre mouvement de l’ombre ?
Sonja s’installe sur le dos du fauve et laisse son regard errer dans la pénombre. Un souffle glacé coule dans son dos, les feuillages tremblent, elle attend encore. Il a trahi, dit méchamment une petite voix qui court, comme un frisson perfide, sur le bout de ses doigts. Rafael n’est pas venu au rendez-vous tacite qu’elle lui avait fixé, elle pense c’est son problème, maintenant fin de cavale, j’en ai assez de le chercher partout.
Hier, au café voisin, un homme lui a dit, plissant les yeux d’un air méfiant :
— Je le connais, votre frère. Il vient souvent au square Marceau le soir, juste avant la fermeture.
Sonja s’est précipitée au square, sans réfléchir, s’est assise comme aujourd’hui sur la balançoire, mais ce soir Rafael n’est pas venu.
Je l’ai peut-être trop attendu maintenant.
À force de l’attendre Sonja finit par avoir peur de la mort ; si je meurs qui sera là pour venir t’attendre dans un square de pluie ?
Elle pousse un gros soupir, donne un coup de pied dans un tas de feuilles, jette un regard sombre sur la sculpture de jeunesse. Quelle ironie qu’il ait choisi précisément ce square, avec ce maudit fauve qui rôde dans les parages.
Elle se retourne. Rafael est assis sur la balançoire à son tour. Il la regarde en tirant nerveusement sur sa cigarette. Il se lève, elle reconnaît son pas de somnambule.
Il lui fait signe de s’approcher, écrase le mégot sous son talon.
Sonja s’assied à côté de lui, sur l’autre balançoire, sans parler. La nuit tombe, une petite pluie fine les environne, ils suivent des yeux les gouttes qui roulent dans la lumière jaune des réverbères. Sans parler. Le bruit doux de la pluie les enveloppe et leur raconte. Leur dit une histoire bien connue, que les nuages éventrés, que les feuilles percées ont portée avant eux. En quelques gouttes de pluie il y a la vie de tous les autres qui glisse doucement dans leurs veines, qui coule dans leur gorge et emplit leurs yeux de poison. Le chuintement de la pluie, sans mots, raconte mille histoires, et la leur en premier lieu. Sonja et Rafael restent assis sur les balançoires, au-dessus d’eux le ciel semble se teinter de mauve alors que la nuit tombe. Sans parler.
Par mina - Publié dans : textes en vrac
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