Vendredi 9 mai 2008
"J'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse, j'veux qu'on s'amuse comme des fous
J'veux qu'on rie, j'veux qu'on danse, quand c'est qu'on m'mettra dans l'trou…"



faire de la musique, oh, oui, mille fois plus de musique ! la joie de sentir cette énergie en moi, même pour 1 minute 30, sur la scène du Châtelet…
joie de quelques jours de soleil et de chansons… heureusement que Beirut, Brel, et vous, êtes là.


'You gave me Hyacinths first a year ago ;
'They called me the hyacinth girl.'

rien lu d'aussi beau depuis des années - que je suis heureuse de partager cela avec toi ! <3
Par mina
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Jeudi 8 mai 2008
"I have no home, no country, no mother…"

— C'est ta soeur ?
— Oui, c'est ma ptite soeur…
— Ah, dis donc, vous vous ressemblez !
— Ah bon ? Nan mais en fait c'est pas ma vraie soeur !

La famille, la vraie, la mienne en tout cas, c'est certainement pas celle que le hasard m'a donnée. Il y a un peu de ça, aussi. Mais je sais déjà qui sont mes frères et soeurs idéaux.

I never knew hope until I decided that before we part I'd take him to my favorite bridge on la Seine and show him what Paris means - what being alive means.
Par mina
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Lundi 5 mai 2008
À deux, ils réapprennent le silence. Des journées passent dans les infimes variations de lumière de Fernay. Ils sont seuls ou ensemble, mais toujours unis, vivant loin du monde, dans une autarcie exigeante qui ne supporterait pas une lumière plus vive, un amour plus gai. De quoi vivent-ils ? De rien. Ils n’y songent pas. Leur existence semble libre, insaisissable ; elle est pourtant si simple, faite de peu de mots, de peu de gestes et de grands silences. Ils ne se voient pas, parfois, pendant de longues heures. Ils font semblant de s’éloigner l’un de l’autre : Hanna marche sur la plage, s’avance au plus près des vagues, se fondant presque en elles, dans une inconscience délicieuse, jusqu’à ce que Rafael, qui préfère la ligne blanche des falaises, lui crie de revenir, en forçant un peu sa voix éraillée contre le vent. Elle se tourne vers lui, et sourit dans le vague, ne parvient pas à reconnaître sa silhouette frêle sur le contour trouble des falaises, mais sourit pour qu’il la voie, elle sait qu’il la regarde et contemple les boucles brunes de ses cheveux parsemées de vent et de sel. Ou bien c’est Rafael qui, dans son silence si particulier, reste debout près d’une fenêtre à regarder la mer ; ses paupières grisâtres glissent sur ses yeux, ses cils chassent les grains de poussière qui tourbillonnent dans un rayon de soleil. Jusqu’à ce qu’Hanna s’approche de lui sans faire de bruit et entoure de ses bras la taille tremblante de Rafael, et vienne lover sa tête contre son cou, et bercer dans ses paumes brûlantes le corps de Rafael. Souvent ils restent ainsi immobiles l’un contre l’autre, et leurs regards fixent le même horizon, sous le coup d’un chagrin partagé, sans cause et sans paroles, un désespoir inexplicable qui fourmille en eux, jusqu’au bout de leurs doigts, de leurs mains accrochées l’une à l’autre.
Ils voient passer ensemble les saisons. Arrivés au printemps, ils cessent de compter les journées ; le car de Nantes ne passe plus à Fernay, les rivages et, plus loin dans les terres, les marais mystérieux, n’ont jamais semblé aussi calmes. L’été passe dans une lumière unanime. Lorsque les enfants du village courent sur le rivage, le sable de la plage dessine auprès d’eux des tempêtes immatérielles. Ils sentent confusément revenir l’hiver, trouvent froid et humide l’air qui passe dans leurs vêtements. La lumière blanche de l’hiver semble les mettre à nu. Le mouvement des saisons les affecte si peu.

© Emeline Durand 2008
snoopy aviateur — aucun rapport à priori — mais si pourtant, pour préparer ce qui va suivre ;-)
Par mina - Publié dans : textes en vrac
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Lundi 5 mai 2008
If I was young
I’d take the Rhône
I’d sacrifice those holy dreams
I’d burn down Paris
And bury the details on the shores of la Seine
I’d escape the town
On a drifter blue kite
I’m wandering around
No faith in me to join rags of it
No heart in me to bear proudly
The false voice
Of my false story
For happiness is a cage
And my lips so dry and mute
Cannot whistle with the winds
Centuries of sand
Covering those sincere hands
If I was young
I’d flee tonight
I’d know songs to come along our sleep
As if we were both heroes of lullabies
He truly loved the Mademoiselle
But she threw everything she loved in a muddy river

Silence in here
Just the sound of an old Avignon party
Creeping beneath my window
Accordions playing old awkward dances
Songs coming from years ago…
And the roads we trace in the grass
We cross mountains and we dig skies
Following old canals and old melodies
We reach the church of mistral
And feel the wind through our fingers
Years ago – awkward steps backwards
And kites flying around the chrome planets
And a softened tide swallowing pieces of you and me

I wrote another name on a crumpled page
And discovered
This would be perfect with my face.
I touched the sand
And let slip into the sea.
I stole the ladder
To jump far from there.
I walk on a thread
And call it home,
Capsizing storms.
I catch the sound of another voice
And make it mine
And plait it with my dusty fingers.
On the first cherry flowers snow is melting,
Another music will run into the deep blue sky.
I’m not there anymore
Impostors forbidden
And tightrope walkers
Forced to silence again
Par mina - Publié dans : Songs of Love and Hate
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Dimanche 4 mai 2008
finalement, Paris, c'est pas si mal…

… mais Avignon, c'est mieux !
après deux heureuses semaines d'intense pérégrination, me voilà de retour, revenue de très loin semble-t-il, revenue de beaucoup de fatigue et de peu d'espoir… mais revenue quand même, malgré des rêves de fuite toujours plus proches, toujours plus tentants, revenue malgré l'envie tenace d'aller explorer, à l'improviste et toute seule, des échantillons d'avenirs possibles, juste l'espoir de quelque chose d'autre : autre ville, autre vie, autre quoi ?
bref. je retrouve Paris, la douceur de ce ciel-là aussi, et sous mes fenêtres, les marronniers en fleur. que demander d'autre ?
j'ai dit que j'ai pérégriné, ce n'était pas tout à fait exact. officiellement, je suis allée à Avignon, rêvasser sur une île, une vraie, jolie comme tout sous le soleil et le mistral ; après, j'ai traversé la France entière en train pour retrouver la Normandie, les prairies familières, la vie de là-bas dont on ne se lasse jamais.
je me souviens de la Sorgue de René Char, et de la vraie Sorgue, et de ses eaux bleues, de la poésie des canaux de L'Isle-sur-la-Sorgue. je me souviens de Saint-Michel-l'Observatoire, les marches de pierre de la petite chapelle et, au-delà, les dômes argentés de l'observatoire de Haute-Provence (que vous connaissez tous, bien sûr) ; et surtout de la sensation intense que, de là-haut, dans la splendeur d'un vieux souvenir mêlée au bonheur d'être là, pas besoin de téléscope pour découvrir de nouveaux mondes. je me souviens d'Avignon, des rues ensoleillées, de la fraîcheur d'un musée, de la grâce infinie des tableaux italiens. je me souviens de l'île de la Barthelasse à vélo, "heaven on earth" s'il en est. je me souviens que j'ai plein de choses à vous dire.
je me souviens qu'en fait, grâce à un certain musicien à la voix d'or, je suis allée beaucoup plus loin, mais chut, ne le répétez pas, ce sera mon secret ! j'ai vu Prague, Bratislava, Brandenburg, Prenzlauerberg ; j'ai envoyé à tout le monde des "Postcards From Italy" ; j'ai regardé le soleil se lever sur les marches d'une église ; j'ai marché sans fin dans le sable ; j'ai fabriqué un cerf-volant, même si "Kite making, you assured me, was not your speciality" ; je suis allée à Nantes, bien sûr ; j'ai rêvé enfin.
je suis contente de vous retrouver, celles et ceux qui étaient à Milan, en Arménie, en République dominicaine, à Venise, anywhere :D
courage pour cette dernière ligne droite avant le bac - et des jours de soleil encore, avec vous tous.
les textes — conséquence de cet afflux de bonheur et de lumière, pendant quelques jours fragiles — arrivent bientôt.
Par mina
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Vendredi 18 avril 2008
au fait !…
bonnes vacances
à plus tard gros babouins (!)
je déclare ouverte la semaine mondiale de la paresse.
(quelqu'un me prendra peut-être au sérieux cette fois-ci)


=)
Par mina
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Vendredi 18 avril 2008
pas grand-chose en ce moment - je sais. autres préoccupations à régler, mais maintenant que tout est fini, bien fini, je peux retourner vaquer à la culture de ma vie intérieure (tout rapprochement avec des personnages ayant réellement existé étant purement fortuit).
je voudrais ne pas douter. ne pas, par exemple, t'appeler au secours et puiser un peu de force dans cette conversation, qui finira — c'est presque trop beau à vivre pour pouvoir être écrit — sur un pont près de Notre-Dame, sous la pluie toujours, mais avec bonheur.
The wrong guy
at the wrong place
at the wrong moment.
combien de temps ces mots seront-ils vrais encore ?
est-ce que l'imposture sordide, collant à la peau comme une chemise humide sous les pluies de printemps, se guérit si facilement que ça ?
mais le fatidique examen de flûte est passé et me voilà, à la fois forte, reposant mes plumes déchirées sur ce succès, et rongée par les mots durs comme des pointes de fer qui, prononcés au mauvais moment, font vraiment mal. me voilà, vivant intensément dans la musique, voulant plus encore. et j'attaque allégremment le 3ème cycle, et la Ballade de Gaubert et la Sonate des Hamburger (véridique, ou presque) de Carl Philipp. même si V. sait bien que je suis nulle en dictée d'accords.
je vous quitte encore - je vais dans le Sud quêter un petit peu de soleil. je pars, cela devrait être merveilleux, consolant, beau. je pars avec la gorge serrée pourtant - avec l'impression tenace de filer vers la guillotine, vers les vacances les plus déprimantes de ma vie.
Familles, je vous hais, très certainement que je vous hais, quand vous ne savez plus vous mettre d'accord, quand, la gorge nouée, vous me mettez dans vos histoires, familles, je vous hais, je ne veux plus de vous, je pourrais bien un jour décider de claquer la porte.
et si en fait c'était cela ? annihiler le nom du personnage, confondre son identité avec un concept, regarder, plutôt que les traits de son visage et de son caractère, le geste d'une porte qui se referme, du vent qui claque dans la nuit, des jointures de ses mains qui se ferment sur le saxophone ? compter aussi les doigts noircis de l'encre des tracts, les mains figées dans le froid, mais qui trouvent encore l'énergie de brandir le tract, communiquant autour d'elles cet enthousiasme. il y a un peu de fuite là-dessous, mais cela ne fait rien. ça me va assez bien, même.
j'oscille. j'oscille entre plusieurs choses, je crois. d'une part un truc à la fois très doux et très triste, un truc un peu désuet, un peu malheureux, un peu regard qui s'écrase, brouillé de larmes, un peu complainte mélancolique, un peu allée du Jardin des Plantes déserte, et cerisiers en fleurs qui paraissent ternes sur le ciel gris.
d'autre part, un truc très rebondissant - pas un yoyo parce-que-j'aime-pas-le-mot, mais plutôt une corde de guitare un peu effritée - un truc profond, amer, dur à encaisser, mais plein de promesses, un peu musique française très contrastée et expressive, un peu promenades infinies sous la pluie, un peu nuits sans sommeil, un peu odeur de chien mouillé, un peu vacances terrifiantes.
je ne sais pas si vous voyez vraiment ce que je veux dire.
je vous remercie. et surtout ne vous faites pas de souci pour moi - pas la peine. je vais bien. je ne demanderai pas grand-chose de plus.

mais au fond je suis des leurs, ceux qui marchent sous la pluie, veulent en sentir la sensation sur leur peau affaiblie ; ceux qui errent, les pieds dans les flaques, ne sont pas perdus pour autant.

… mimi lisant René sur les marches de la tour Veleda, où Chateaubriand écrivait. c'est moi, c'est tout moi ! les pieds dans les feuilles d'automne, toute à l'émerveillement de découvrir cette nature, cet équilibre. je voudrais que ce soit moi encore.
Par mina
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Mardi 8 avril 2008
(médite bien sur les sens métaphoriques subtils de ce titre ^^)
"insupportable lourdeur de l'être", je m'interroge encore sur la profondeur de cette heureuse parole. c'est cela, en fait, le mot qui résumerait le mieux cet état indéfini… "du sol au ciel de ton Etat, tout n'est que gel, réchauffe-toi"
émotions mêlées - absence d'émotions - je m'interroge.
je m'excuse pour ceux que j'envoie violemment bouler alors que j'ai plus besoin d'eux que jamais, et que tous leurs efforts sont encore le seul chemin que je vois vers M. Sourire. (je sais que vous savez que je parle de vous, pas besoin de trop en dire - merci - et encore désolée)
je m'excuse aussi pour ceux que j'embête parce qu'à certains moments, le désespoir me fait suffoquer, et qu'il faut alors que je me jette dans la première paire de bras tendus vers moi - ceux-là aussi se reconnaîtront.
Emeline n'a plus le courage d'être celle qu'elle avait à coeur d'être pendant tout ce temps.
"ce vieux bâtiment ruineux, mon imposture…" (Sartre)
non, je ne traverse aucunement une crise existentielle. le mot vous fait peur ? à moi aussi. je ne sais plus. je ne comprends plus.
je voudrais préserver les quelque "happy few" (Mme L., sors de ce corps !) qui ne récoltent que des coups de griffe bien envoyés de ma part, alors qu'ils en font tant pour moi.
par avance, excusez-moi - excusez-moi, incohérente, épuisée, incompréhensible, furieuse, étouffée.
moi tout de même ?
je cherche encore, croyez-moi. j'essaie de comprendre, je pars en quête de quelques mots qui pourraient me guider, je liste les exemples de "ce qui ne va pas".
"qu'est-ce qui va pas ?! ça va pas ?! qu'est-ce qui t'arrive ?!"
capable de nuits sans sommeil parce que Beirut a… vous savez quoi, je ne tiens pas à m'épancher sur le sujet, V. et C. ont déjà l'épaule inondée de mes gémissements, ça suffit comme ça.
capables de grognements parce que mes faiblesses, comme les cailloux blancs du Petit Poucet, se révèlent dans la lumière d'un clair de Lune moribond : oui, je suis insupportable, Non, je ne sais pas distinguer la gauche de la droite (sauf en politique… clara pas taper pas taper au secouuuurs !!), et d'ailleurs je sais pas faire le saut de biche malgré les efforts de mes professeurs danseuses émérites (L), Oui, je suis somnambule, Oui, je m'effondre, là, devant la perspective d'un examen, un truc comme ça, Non, je sais pas encore ce que je vais faire pendant les vacances de Pâques, Non, ce n'est pas de ta faute, Oui, tu as très bien compris ce que je voulais dire.
et Non, je n'ai pas envie de me justifier (n'est-ce pas beloved K.)

j'ai encore envie de te dire : "keep on fighting", ma belle, parce que oui, tu es la deuxième personne à qui je le confie, mais j'envisage très sérieusement de me mettre à l'ukélélé rien que pour te prouver que les cordes de guitare, si elles se cassent brutalement en griffant douloureusement l'air qui les entoure, peuvent sonner très doucement si quelqu'un les cajole… =D
une photo que l'on voyait beaucoup sur les blogs banals des adolescentes futiles que nous avons toutes été… mais regarde-la bien, je t'en prie.

je suis là - just in case.

j'abrège, je sens que je divague. j'en profite pour souhaiter un bel anniversaire à vous deux, vous que je voudrais presser passionément contre mon coeur - rassurez-vous, vous y êtes, quoi qu'en die ledit coeur (et en plus, mes phrases, ces énigmes à pattes, sont incompréhensibles !)

Elle se mit à courir dans la nuit tombante, rythma de sa course les pavés de la rue, comme pour inscrire profondément dans le sol le bruit de ses pas. Comme si le martèlement désespéré de ses talons pouvait lui témoigner tout l'amour qu'elle avait pour lui. Courir la laissa épuisée - à la fois infiniment triste comme après un grand bonheur, et désespérément heureuse comme à la perspective d'une douce consolation. Autour d'elle, les arbres chargés de pluie et de grêlons gouttaient tout doucement dans le soir fondant.
Par mina
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Samedi 5 avril 2008
The Garden of Love

I went to the Garden of Love,
And saw what I never had seen :
A Chapel was built in the midst,
Where I used to play on the green.

And the gates of this Chapel were shut,
And 'Thou shalt not' writ over the door ;
So I turn'd to the Garden of Love
That so many sweet flowers bore ;

And I saw it was filled with graves,
And tomb-stones where flowers should be ;
And priests in black gowns were walking their rounds,
And binding with briars my joys and desires.

William Blake - Songs of Experience.



thinking of you while reading TS Eliot and the beautiful blue book you gave me.
Par mina
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Samedi 5 avril 2008
encore un texte tout pourri, je sais, je comprends même pas pourquoi je les écris et surtout pourquoi je les publie sur ce blog. à croire qu'un petit bout de moi en a besoin, viscéralement besoin, comme s'il criait en langue indéchiffrable de Wallabies : lisez-moi ! aimez-moi ! suivez-moi, merde !
and excuse me, I must apologize Mr Condon, for I took your name to give it to my hero, but it all makes sense, I swear it. and forget the rest of the world.
celui qui lira tout aura du courage.

La première fuite de Zach eut lieu une nuit ; il se souvint d’être allé se coucher tôt, d'avoir tiré les rideaux sur un ciel sans histoires, et oublia ou plutôt ne sut jamais qu’il avait tourné en rond pendant des heures peut-être, qu’une crise de somnambulisme l’avait amené, au milieu de la nuit, sur le paillasson de ses voisins. L’errance s’inscrivit dans chacune de ses veines, dans le rythme intime de son cœur. Cette première fuite fut peut-être la plus réussie. Zach se découvrit somnambule, mais cette escapade ne suffit pas. Il partit.
La seconde fois, il voulut marcher sous la pluie, improvisa un départ soudain ; il traversa une rue au hasard, manqua de se faire écraser par un camion-poubelle, voulut partir en courant sous la pluie. Il revint pourtant, comme poussé sur le chemin de la maison par un diablotin acharné contre lui. Il était trempé, abattu comme un chien perdu. Celle-là non plus ne suffit pas. Il voulut courir plus loin encore. Il partit.

Il porte Sonja à moitié endormie dans ses bras, l’installe dans son petit lit à côté du sien. Dans la pénombre, il joue un instant avec les mèches légères de ses cheveux, la regarde se blottir contre une peluche, la contemple dans son sommeil. Puis il ferme tout doucement la porte, pensant que Sonja n’a pas besoin de le savoir encore.
Il n’a pas claqué la porte. Il a juste attrapé le sac qu’il avait préparé, qu’il avait caché sous son lit depuis des semaines, attendant l’occasion. Il a fermé la porte ; personne, dans la chambre du fond de l’appartement, n’a réagi.
Lorsque le silence revient, que la porte dans son dos semble ne plus lui renvoyer que l’écho de ce silence, Zach se lève et grimpe l’escalier de l’immeuble, laissant sur le palier du quatrième étage une rancœur rassie et froide comme une buée d’automne.
Au septième étage, il se tient longtemps debout face à l’escalier, entr’ouvre la fenêtre poussiéreuse sur un peu de nuit. Des nuages mauves, une clarté couleur de poison dans le ciel. Zach s’accroupit sous la fenêtre, sous le ciel. Un grondement sourd s’échappe de la croisée entr’ouverte, monte un souffle de la nuit alors qu’autour de lui, le silence se fait.
Je ne veux pas vivre dans le silence.
Il ne veut pas non plus regarder le ciel, la succession des toits, les fenêtres entrebâillées sur des rêves tus trop longtemps, la poussière des vallées où personne ne marche, la cendre des cheminées de fer-blanc.
Il ferme les yeux, se prépare à ne plus bouger.
À l’aube, il a hissé la boîte du saxophone sur ses épaules, l’a sentie se caler entre ses omoplates. Le son très lointain des cloches l’a réveillé, l’angélus qui perce à travers le ciel blanc.
Ses doigts tremblaient, engourdis par le sommeil éberlué de cette nuit, de sa première nuit de liberté. Il avait gelé pendant la nuit, et le ciel était pâle comme la nuée blanche des jours d’hiver.
Zach a regardé une dernière fois la cour à ses pieds, les grands arbres dont les feuilles longues se penchaient comme pour mieux guider les gouttes de pluie qui ruisselleraient le long de leurs doigts ; le mur brun où des lianes poussaient entre les pierres disjointes, le sol pavé, la minuscule fontaine. Le saxophone pesait sur ses épaules, comme pour l’entraîner de l’autre côté.
C’était un départ, cette fois-ci. Ce n’était pas l’adieu radieux, la lumière triomphante des couchers de soleil, le sourire invincible de celui qui s’en va heureux et certain, absolument certain de revenir. C’était le départ en douce au petit matin, par l’escalier de service, le départ sans personne pour agiter la main par la fenêtre et signer face à une aurore épanouie des promesses impérieuses de bonheur. C’était la fuite en avant, les premiers pas étouffés de peur d’attirer l’attention, les pas maladroits qui semblaient si sonores, résonnant dans l’énorme espace de sa culpabilité. C’était un départ pourtant, et la porte se refermait derrière lui.
Lorsqu’il se trouve au pied de l’immeuble, la peur soudain l’envahit. Où courir, où ne pas courir ? Zach marche jusqu’à la Seine, comme suivant un très vieil instinct. Il marche longtemps, mais au moins réussit à ne pas réfléchir.
Le jour se lève à peine. Un peu de lumière coule, morose, sur les immeubles du bord de la rivière. Zach se souvient des jours de pluie qu’il a essuyés ces dernières semaines. Les Parisiens disent qu’il va y avoir une crue, mais si, la crue centénale. La rivière brunie est haute ; par endroits, les pavés des quais affleurent juste sous la surface de ses eaux silencieuses.
Zach trouve sur son chemin, tout au bord de la Seine, un parc à jeux pour enfants, des balançoires, des toboggans, une de ces constructions qui font l’enthousiasme des enfants, lancés à l’attaque de l’ambitieux château fort. Zach se hisse sur la passerelle en bois, pose sur ses genoux la boîte longue du saxophone. Il reste assis là très longtemps — pensant peut-être que la journée n’a pas encore vraiment commencé.
Des gouttes de poison suintent sur le bout de ses doigts. Epuisé, il voudrait fermer les yeux, laisser tomber sa tête sur sa poitrine et réussir à ne plus la relever. Pour se réveiller, il cogne du poing contre le bois, de plus en plus fort, jusqu’à ce que l’horizon se trouble et que les jointures de ses doigts craquent sous l’affront.
Lorsqu’il repart, brutalement tiré de l’hébétude par les pétarades des premières voitures, ses mains en sang ont à peine la force de porter le saxophone.
À l’ouverture, Zach va s’égarer dans les allées du Jardin des Plantes. Mais ce n’est pas encore tout à fait cela. Son corps reconnaît les routes qu’il suit en vain, sans y croire ; ses pas refusent encore de suivre le chemin tout tracé qui s’offre à eux. Il croit se perdre, et ne fait que visiter des tombeaux de roses, des lambeaux de mémoire.
Il croise les soi-disant kangourous du Jardin des Plantes, les regarde faire quelques bonds piteux devant lui ; il préfère les lions, leurs pattes couvertes de la poussière des vieux jouets fatigués, les pandas louchant complaisamment sur la fantaisie printanière du jardin. Il tourne mille fois en rond entre les arbres, remue du bout du pied un bassin de feuilles mortes et renifle l’odeur fraîche et nostalgique qui s’en dégage. Dans un océan de culpabilité, ceci, pense-t-il, a un jour été un îlot de réconfort.
Là, il y a des œillets et des jonquilles dans les pelouses, il y a des cerisiers en fleurs ; la beauté ranimée du jardin désuet au printemps. Il y a des manèges qui lentement se remettent en route, des arbres aux branches tortueuses qui abritent les êtres seuls. Des fleurs fanées sur leurs tiges encore vertes, des réminiscences de fantômes flottent derrière les barreaux du jardin alpin, des statues de bronze pâli. Et l’unique cordeau des trompettes marines.
Il dort sur un banc, emmitouflé dans sa veste noire, la tête posée sur le métal gris de la boîte du saxophone. Il fait mine de jeter sa carte d’identité dans une poubelle, acte de provocation, première pierre d’un édifice de liberté peut-être. Il fait le tour du pâté de maisons, traîne des pieds, mais revient tout de même chercher la carte au fond de la poubelle, furieux contre lui-même.
Il quitte le Jardin, marche encore le long de la Seine. Il descend un escalier glissant avec des gestes de fou, fend l’air en désordre comme pour se rattraper à des filins invisibles. La corde est cassée et, dans ses pas hésitants, marchent des nuées de souvenirs qui menacent de l’écraser. Un homme veut prendre sa main pour l’aider à descendre, il la repousse et continue à tomber.
Et ainsi marcha-t-il loin des chemins étroits. Pendant des journées entières.

© Emeline Durand 2008.

résurgence du petit "©" qui avait tant plu à certains.
ambiguïté du bonheur — se sentir en vie, si pleinement envie, se sentir prêt à tous les explois — et s'effondrer comme une vieille crèpe pourtant, parce qu'au fond on n'y croit plus vraiment.
imperturbable constance du désespoir
facilité de la solitude
évidence du stress
insupportable lourdeur de l'être
immuable recours à des absences inoubliables, des présences courageuses.
does it really make sense ?
Par mina
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