Vendredi 20 juin 2008
Que s'était-il passé ? Il gardait une vague conscience d'avoir agi comme un enfant, comme une brute. Il se sentait ridicule, abject… Alors, tout frémissant de détresse et de tendresse, il se jeta vers Édouard et, pressé contre lui, sanglota :
"Emmène-moi."
Édouard était extrêmement ému lui-même.
"Tes parents ?" demanda-t-il
"Ils ne me savent pas de retour."

(le problème avec les gens qui fouillent dans les greniers, c'est qu'ils ne peuvent accuser personne d'autre qu'eux-mêmes lorsqu'ils tombent, entre quelques bribes de poussière, sur, que sais-je, une lettre datant d'il y a 17 ans, sur une carte postale affadie par la poussière et le désespoir… et moi, je ne suis pas Bernard Profitendieu, n'est-ce pas, moi, je ne pars pas en courant, car rien ne le justifierait. rien d'autre qu'un vieux malaise)

bordel on l'a fait - qui aurait cru qu'on y arriverait ? proches de l'épuisement, enfants au bord de la crise de nerfs, gorge serrée par le trac au point de ne plus pouvoir pleurer ?
est-ce que ces jours ne nous paraîtront pas, bientôt, les meilleurs de notre existence ? "C'est là ce que nous avons eu de meilleur…"
pardonnez-moi d'être un peu dégoûtée. ça va passer très vite. mais c'est juste que là, j'en reçois très fort le coup et même le contrecoup (spéciale dédicace à…). vivement lundi soir, et les tartes aux framboises.

au Canada y'a déjà un groupe qui s'appelle Les Faux-Monnayeurs. peuh. dégoûtée. notre groupe, à nous, s'appellera The Faux-Monnayeurs' Ukulele Players From Nantes. ça vous va ?!

Let us toast to the Flying Club Cup !… and to the fucking baccalauréat too. Congratulations. this day is yours.
Par mina
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Lundi 16 juin 2008
L’inspiration, la facilité, voilà ce qui se perd, s’est perdu, avec le temps qui me transforme. Je ne pleure plus de bonheur ni de rage froide. J’ai su pleurer d’angoisse, de malaise, de désespoir. À présent toute larme qui viendra ne sera larme que de nostalgie.
Pourquoi être habité par le sentiment de ce que j’ai laissé derrière moi, il y a si longtemps, pourquoi le regret coupable, honteux, de ce triomphe que j’ai pu ressentir à envoyer au loin toute une vie antérieure ? Sonja ne reconnaîtrait pas son grand frère maussade. Elle ne reconnaîtrait rien en moi. Ni le saxophone, ni les jeux oubliés, ni les rêves que je partageais avec elle et dont nous nous contentions, vrais enfants aux grands yeux rêveurs.
Si Sonja revient un jour à Fernay, ce sera pour y vivre la vie d’une autre. Comme j’y aurai vécu, moi, la vie d’un autre. Hanna, est-ce toi qui m’as fait adopter l’habit d’un autre, usurper son cœur et sa maison ? Ce fut facile de s’emparer de cette existence que tu me proposais, que tu m’offrais pour soulager toute la douleur que tu sentais en moi. Trop aisé peut-être. Peut-être que j’attendais ça depuis des années, avidement, en écorchant des bribes de cette vie autre, que j’apercevais parfois…
Hanna, assise sur la balançoire rouillée — ton visage d’enfant malicieuse —tu me fais signe de la main — tes petits doigts qui effeuillent distraitement une marguerite comme on dépece une vie —tu m’appelles à venir partager ton jeu — est-ce que je m’assieds, moi aussi, sur le métal bruni de la balançoire pour danser avec toi parmi les marguerites?
De la pointe de Fernay je voyais le port de Nantes. Je grimpais là très tôt pour regarder la mer toute calme, irisée de soleil. Des voiliers blancs des paquebots, autant de radeaux dérisoires qui couraient là, sur l’eau pâle, et qui fuyaient loin de notre rivage. Je les regardais s’évanouir dans un horizon brouillé, je suivais leur silhouette qui, comme un grand bras blanc levé pour dire adieu, s’affaiblissait au loin. Ces bateaux, filant vers le Nord et l’Ouest, laissaient dans l’eau un sillage blanchi d’écume, de cet élixir amer dont j’aurais voulu boire car, peut-être, tu y avais versé un peu de toi. Tu étais peut-être partie par là, sur l’un de ces radeaux avares, qui dériverait longtemps, suivant la fantaisie des courants brûlants, avant de te jeter sur une côte inconnue. Ou alors tu avais continué à pieds comme je t’avais vue partir. Pieds nus dans le sable et sur la route, tu tiendrais tes chaussures à la main, comme le font les vrais vagabonds, ceux qui, comme toi ou moi, ont l’errance chevillée au corps.
Il avait plu pendant des journées entières après ton départ. Il y avait… des oiseaux qui chantaient, obstinément, sous le bruit doux de la pluie. Une vie rajeunie était venue ensuite, à laquelle tu avais arraché ses vieilles années léthargiques. Je montais souvent sur la falaise, pourchassais une illusion. De là-haut, même dans les nuits humides, plus proche que jamais d’une Lune de pluie, je t’apercevrais peut-être, la tache couleur de sable de ta robe dans le noir, le mouvement flou de tes cheveux que la nuit parsèmerait de sa poussière. Et je t’imaginais une vie défiant toute mesure, tu triomphais de la solitude que tu nous avais imposée, tu poursuivais, toi seule, le chemin des vagabonds de légende auxquels nous avions rêvé. Et moi, je te laissais filer, comme un pétale de rose que le vent aurait entraîné, et dont il s’émerveillerait, craignant de le flétrir entre ses mains indélicates.
Je n’étais pas dupe. Mes sentiments, une longue route qui ne m’avait conduit qu’à cette étape, toi, Hanna, à présent les ombres se refermaient sur moi et m’acculaient. À présent, ce n’était plus que la scène d’un théâtre vide dans lequel, sur un fauteuil du premier balcon, gisait un Hamlet à l’agonie. Pendant que tu t’éloignais de moi, il me semblait que je retournais entre mes mains quelques pièces d’une fausse monnaie — il fallait trouver le pays où, avec cet argent arraché à un autre, je pourrais m’acheter un nouveau cœur.
Par mina - Publié dans : textes en vrac
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Mardi 10 juin 2008
— Would you like some help ?
— No thank you old chap, I think it's alright…

— Oh excuse me old chap ! Normally I'm pretty good !
— I don't care what you normally are ! You just
bumped into my boat !




les départs, les amis. toujours ça. où que je tourne mes yeux, parmi ce monde encore lumineux, je ne peux voir que ça. des départs, il y en a de toutes sortes, partout, autour de nous. nous encerclant, nous contemplant avec des yeux avides. nous menaçant, parfois. moi, ils me charment. ils me séduisent, m'entraînent. un jour, ils me prendront par la main et m'emmèneront très loin.
alors, quels départs ?
ceux des autres, d'abord. je les regarde partir. ceux que j'aime. ceux qui m'ont tout appris. parfois, j'ai encore trop besoin d'eux. d'autres, pour lesquels c'est dans l'ordre des choses. pourtant, ils partent, eux, adultes parés du charme de leur expérience, de toute leur gentillesse, auréolés de leur enseignement qui me sera toujours utile.
il y a les autres, ceux dont la séparation arrive nécessairement au bout d'une année scolaire toute jolie. année où la classe a appris à se connaître. à s'aimer et à se soutenir dans l'adversité d'un ennemi commun (pas difficile de deviner de qui je parle). ceux qu'on regrettera, quand même, parce que, grâce à eux, la vie de cette année a été plus facile.
il y a les départs métaphoriques. il y a le changement. les changements. le mien, les miens. à accepter. à subir. à apprécier à leur juste valeur.
il y a le départ, le vrai. les vacances. on est heureux que ça arrive, certes. mais de moins en moins heureux, semble-t-il, avec les années. dur à accepter, cette rupture. changer de monde, faire basculer l'horizon, donner de nouvelles couleurs au soleil que l'on trouve le matin au réveil. autres lieux, autres sourires. ils vont à Berlin. elle va en Grèce. je vais en Corse. nous allons à la campagne.
il y a les départs, les vrais. le mien. Une minute pour se faire la belle… un jour, je dégage. un jour, vous ne me verrez plus. un jour, j'attrape l'ukulele, je claque la porte et je saute dans un train. je vais apprendre le tchèque à Prague, je vais oublier jusqu'à mon propre nom aux Etats-Unis, je vais me perdre loin, très loin.

et tout cela, bien sûr, sans dire au revoir. comment on dit au revoir, au fait ? dites-moi, quelle langue inventer pour ça? quels mots aligner ? quelle musique infliger à sa voix pour dire ces choses si difficiles à dire ? comment trouver la force de les prononcer, les paroles d'adieu ?
moi, si je m'en vais, je vous le dis tout de suite, je ne dirai pas au revoir. tout au plus quelques accords lumineux d'ukulele. je verrais bien C-C7-Em-Calt-F-Fadd9- je viendrai jouer The Penalty sous vos fenêtres, promis. je ne suis pas sûre d'avoir tout compris, mais je crois que c'est une chanson qui parle de quelqu'un qui a très envie de s'en aller, et que d'autres cherchent à retenir.
Par mina
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Samedi 7 juin 2008

"Quand le sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt" ?
quelle Lune à montrer ? si seulement…
ma vie, fragmentée, éclatée entre mille bulles pleines de cette sève… qui est moi, qui est "moi", je te poursuis, je veux te connaître et tu m'échappes…
je vis, c'est sûr, dans un monde plein d'inconnu. devant moi, sous mes pieds à chaque pas, l'inconnu, le mystère s'ouvre, et pourtant des portes ne cessent de se refermer.
lundi, je bataillais devant Paul-Bert, défendant une cause que je croyais et crois toujours juste.
mardi, je m'improvisais reporter, et devais en supporter les amères conséquences.
mercredi, je m'effondrais.
jeudi, je relevais un peu la tête, je travaillais assidûment, comme si j'y croyais encore.
vendredi, j'attendais, longuement, sans trop savoir que faire de moi. vendredi encore, j'annonçais de bonnes nouvelles autour de moi, pourtant je devais me faire engueuler pour ça, le lendemain.
vendredi plus tard, je vous suivais dans la ronde des fées, en un soir d'été…
samedi, je gratouillais avec passion un minimachin à quatre cordes, et je m'autoproclamais, avec autorité, ukeuse.
samedi plus tard, je parlais de choses vraies, sincères et touchantes, avec Elle. je riais de mauvaises blagues sur un fromage bien connu, au goût indéterminé, dont je tairai le nom. je regardais dix fois le ciel.
et maintenant, me voilà.
à côté de moi dans le métro, Cendrillon monte en courant les escaliers, petits pieds chaussés de satin et longs cheveux de soie. je marche vite à côté d'elle. Cendrillon fait face à la solitude, car elle a vieilli elle aussi, perdu la fraîcheur de son premier bal peut-être. elle court dans la hantise des douze coups dont l'écho la fait encore frémir. d'autres soirs oubliés, d'autres nuits d'été passent auprès d'elle et ne la touchent plus. comme des vagues ils viennent mourir sous ses pieds. Cendrillon, dans l'escalier de son immeuble, joue à l'enfant, escalade la rampe et glisse pour sauver un peu de temps. mais l'odeur de la cendre lui brûle déjà les doigts.
A, A#, F, G7, les accords tournent dans ma tête, une petite musique dont les accents désespérés me serrent la gorge. je promets à ceux qui veulent un récital privé, quand je saurai jouer un peu plus de 4 accords.

And this weak and idle theme,
No more yielding but a dream,
Gentles, do not reprehend.
If you pardon, we will mend.
Par mina
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Vendredi 30 mai 2008
Spéciale dédicace à Camille  =)

Une minute pour se faire la belle
Avoir la Lune sous mes semelles
Et les cheveux dans les étoiles…
Une minute pour se faire la malle
Devenir le prince de la cavale
Evadé trois fois des Baumettes
Le roi de la sauvette
Les malfrats ont leur maître…


regardez d'abord ça… link
un hymne, vous dis-je !
j'ai envie de remercie Camille. pourquoi ? bah, parce qu'elle danse terriblement bien le Cha-cha-cha, et parce que j'ai même réussi, avec elle, à m'y mettre. qu'est-ce que je ferais pas pour toi, franchement ?
parce qu'elle chante bien, qu'elle joue bien, qu'elle est belle et douée.
parce qu'elle aime aussi Renan, Tom et 24h01.
parce qu'elle est fan des Faux-Monnayeurs.
et parce que j'ai la chance de la voir aussi demain.
c'est la fin de l'année, les jours de soleil passés à cuire dans la cour du lycée, les sourires fatigués entre deux révisions de bac, les fêtes et la légèreté reviennent, et j'aime ça. merci.
dis, tu danseras avec moi si je m'inscris au rock l'année prochaine ?
un article qui ne sert à rien, mais bon, de temps en temps ça fait du bien de dire des trucs idiots comme ça.
regarde ce que je trouve en tapant "cha cha cha" sur Google Images xD




Par mina
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Vendredi 30 mai 2008
Ils marchaient ; dans les clairières, Rafael s’arrêtait parfois pour cueillir des fleurs pâles dans l’herbe. Il en choisissait la couleur, les tournait entre ses doigts, hésitant, lissait leurs pétales parfumés de rosée. Il revenait sur ses pas, traversait les champs couverts des reflets mauves des fleurs. Il tendait à Hanna de petits bouquets de violettes qu’elle acceptait sans rien dire et serrait longtemps contre elle, comme pour s’imprégner de la vie qui subsistait entre leurs pétales froissés comme des paupières fermées. Ils croisaient parfois des chapelles silencieuses, et venaient fureter dans leur jardin, fouler l’herbe folle des cimetières. Hanna déchiffrait sur les tombes les noms inscrits dans la mémoire de la terre, et qui sonnaient sur ses lèvres comme une langue éteinte. Elle cherchait les coins humides, les sources où poussaient les liserons blancs. Rafael la regardait, l’admirait, épris de sa silhouette. À chacun de leurs gestes, leurs pas faisaient s’envoler dans les champs des étincelles de graminées. Hanna, debout parmi les fleurs, ses mains maigres serrées sur un bouquet de violettes, lui évoquait une mariée élégante et discrète, belle et silencieuse dans une robe mauve pâle. Rafael la regardait pendant de longues minutes, insensible à ce qui faisait leur bonheur, ne sentant plus le vent de la mer passer dans ses cheveux, ne voyant plus les ombres qui descendaient lentement vers eux lorsque la nuit venait. Il levait alors les bras comme pour les tendre vers le ciel et criait, étourdi, stupide, laissé hagard par le spectacle de son bonheur :
— Epouse-moi, Hanna, épouse-moi !
Elle riait, secouait la tête, faisant rouler sur ses épaules quelques mèches roussies par le soleil. Puis Rafael voyait son regard s’égarer loin de lui, se fixer sur des cimes lointaines ; il voyait ses lèvres se raidir, sa silhouette se détourner très légèrement de lui ; Hanna alors ne répondait rien. Et lui sentait ses yeux brûlants lui faire mal, alors que la scène rêvée écorchait sa rétine, éraflait son corps, faisait fondre, comme dans l’air trop chaud, les routes goudronnées qu’il croyait suivre, vers Hanna et auprès d’elle. Il voyait encore la scène rêvée. Hanna portant la robe qu’il lui avait donnée, la robe de sa mère. Hanna debout sous les peupliers, un bouquet de fleurs serré contre sa poitrine. Ou peut-être accroché à sa ceinture. Des brassées de fleurs, encore, qui feraient à ses pieds une traîne. Dans le ciel, des nuages blancs qui s’effilochent et passent à toute allure, couvrant d’un voile bienveillant une fête au village de Fernay. Devant l’appareil archaïque d’un photographe, Rafael enlaçant Hanna, dans la posture roide des photos officielles. L’appareil, l’explosion et le nuage de fumée qui immortaliseraient leur couple si harmonieux. Leur jeunesse célébrée à tout jamais, qu’ils guetteraient, des années plus tard, en scrutant sur leurs visages une fossette ou la lumière de leurs yeux. Une longue marche qui longerait les champs de violettes, accompagnée seulement de la procession du vent et de la poussière du rivage qui viendrait balayer leurs pieds. Un bal suranné sur la place du village, où, dans un soleil déclinant, quelques personnes danseraient au son d’un accordéon. Des danses qui, vieilles de plusieurs siècles, envahiraient les places ensoleillées, et les feraient tournoyer dans la poussière. Hanna blottie entre ses bras pour ne plus jamais le quitter. Ils marcheraient sous les saules pleureurs, se réfugieraient au bord de l’Azache pour y trouver un peu de fraîcheur. Hanna déferait le bouquet de violettes et, lentement, une à une, les jetterait dans l’eau de la rivière pour les voir flotter à leurs pieds, emportées sans bruit par le courant. Rafael enlevant Hanna, par surprise, au clair de lune, l’entraînant loin de cette maison calme à laquelle ils auraient pu mettre le feu, puisqu’ils n’avaient pas l’intention d’y revenir. Ils partiraient en voyage ensemble et souriraient au photographe, debout sur le pont blanc du transatlantique. Ils reviendraient après avoir longtemps épuisé leur jeunesse, après avoir couru très loin comme pour aller au bout de ce souffle que les violettes et les danses de l’accordéon leur avaient donné.
Leurs joies, leurs désirs, faisaient l’objet de leurs longues marches. Rafael criait souvent à Hanna de l’épouser, mais elle apprit à ne rien répondre au bonheur étourdi qu’il lui montrait toujours. Comme si elle avait déjà prévu qu’un jour, elle mettrait le feu à la maison paisible, et l’en chasserait, et l’égarerait à nouveau. Le rassasiement de leur soif et de leur colère les trouvait faibles, incrédules et épuisés de voir s’ouvrir sous leurs pieds le chemin qu’il leur restait encore à parcourir.

© Emeline Durand 2008
Par mina - Publié dans : textes en vrac
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Lundi 26 mai 2008

ce gars-là est tout simplement merveilleux. je suis fan à jamais — encore plus qu'après avoir fredonné ses mignonnes rengaines pendant des mois. conquise par son énergie (qui est capable de faire des bonds sur lui-même en jouant de la guitare comme un dément ?!), conquise par sa musique, par son humour, par sa reprise de Bowie avec Yael Naim, euh, moins conquise par sa première partie, mais bon, conquise par Renan Luce & Friends (surtout par Tom notre ami xD)
et vous - vous êtes merveilleux aussi. merci Julien (L), grâce à toi, l'une des plus belles soirées de l'année 2008. et qui venge bien mon désespoir Beirutien, na.
=)
Par mina
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Mercredi 21 mai 2008
— Je suis nulle en dictée de solfège, j'entends jamais rien…
— Comment ça, t'entends rien ? Tu… tu veux dire que… ?
— Mais nan ! Maman, merde, ça fait huit ans que je fais de la musique, tu le saurais si j'étais sourde !!!

et sur ce, elle éclate de rire, c'est facile maintenant, puisque sa bouche est déjà ouverte sous les larmes. il est bien plus facile qu'on ne le croit, techniquement parlant, de passer instantanément du rire aux larmes. elle veut rire et pleurer à la fois, je veux dire, littéralement, mais il est difficile de se sentir si mal, alors elle finit par suffoquer sur place, et s'écraserait par terre s'il n'y avait pas la main secourable qui va la retenir — once again.
me voilà dans l'état d'un mollusque, vidé de ses forces, bon seulement à s'avachir sur son lit et à gémir à la face du monde entier.
je n'aime pas les examens — ceux qui paralysent, ceux qui donnent des frissons de terreur dans le ventre, ceux qu'on a honte de rater, ceux qui nous font pleurer de rage et de peur.
mais par contre, j'aime les gens qui arrivent à me consoler et à me rassurer, à masquer pour mes yeux apeurés ce grand vide qui s'ouvre sous mes pieds. autant dire que j'aime Arnaud Cathrine, Beirut, Brahms. mais j'aime encore plus Lana, Anne-Sophie, Victor, maman, et les autres.
maintenant j'ai décidé que je m'en foutais, voilà. les dés… en sont jetés… gné, j'aime pas cette expression. mais tant pis. il n'y a pas de raison d'avoir si horriblement peur.

My love comes inside this house
and lays down on a large couch —
Beyond the windows we could see the lights of day
and our summer was full of butterflies
And while we were walking on the sand
our hands together
We didn't speak and just looked at the waves,
Horizons crossed, and the silent dew that was covering your hair —
And my voice and words that lose their way on the shore where we both stand…


mina vous écrit avec des larmes au bout des doigts, et la voix qui se fracasse encore…
Par mina
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Jeudi 15 mai 2008
Rafael s’éveille, et l’angoisse, plutôt que le corps d’Hanna, repose à ses côtés. Par la fenêtre entr’ouverte, un rayon de soleil joue sur le mur blanchi, et le bruit lent des vagues monte vers le balcon, au-dessus du sable déjà tiède. Rafael fixe le plafond où les ombres courent encore dans ses yeux embrumés. Il étend la main sur le drap à côté de lui. Hanna n’est pas là. Il se lève, vacille sur le parquet tiède sous ses pieds. Dans le vieux miroir de sa mère, il croise un reflet trouble, pâli, l’image écornée de son T-shirt trop grand, de ses bras trop maigres, de ses cheveux ébouriffés. Il descend l’escalier, mais s’immobilise au milieu des marches poussiéreuses. Et, lentement, passe une main dans ses cheveux, puis sur ses yeux, puis sur ses lèvres, comme pour repousser les bribes de sommeil qui, comme une fumée sale, sont restées accrochées à son visage. Mais Hanna n’est pas là. Son sourire, qui d’habitude l’éveille tout à fait lorsqu’il peut enfin la regarder, émerveillé de la retrouver à chaque matin, n’est plus là. Il descend, les mains cramponnées à la rampe roide de l’escalier.
Dans le salon, sur les murs blanchis, la lumière est plus vive. Ses mains tremblent lorsqu’il ouvre la porte vitrée et fait quelques pas sur la terrasse. Revenu dans la pleine blancheur de la matinée d’été, il fixe l’horizon lumineux, un soleil franc couvre d’un halo la surface de la mer. Revenus dans la pleine blancheur de la matinée d’été, la lumière est si vive qu’éblouis, nous baissons les yeux et nous réfugions dans l’ombre et le silence, tendant devant nos paupières meurtries un bras faible, nous débattant sans trop en dire ; et lorsque nous reculons, affaiblis, sa chaleur nous manque, son regret nous habite.
Rafael tourne la tête pour suivre, sur le sable, une silhouette frêle. Dans le dos de la jeune femme, la chaleur et la mer se réunissent pour des noces fugitives. Elle, tourne le dos à l’horizon et marche le long de la côte, vers le Sud. Elle tient à la main ses chaussures. Rafael reconnaîtrait sa démarche élastique, la façon dont ses talons, s’enfonçant dans le sable humide, y laissent une trace légère aussitôt effacée par les vagues. Et, comme les rois indiens, assis sur le dos d’un éléphant, s’éloignent sur les chemins de la jungle, avec cette même grâce, elle s’éloigne vers le Sud. Il porte une main à sa bouche pour étouffer le cri qui va gonfler, démesuré, dans sa poitrine. Il n’a crié qu’une fois vraiment, une nuit, dans son sommeil ; la nuit où, somnambule, il avait erré des heures dans le noir. Pourtant il criera de toutes ses forces : Hanna !, son nom, à elle, son nom qu’il retournera sur ses lèvres pendant des années, pour la rappeler auprès de lui.
La silhouette poursuit sa démarche fragile, comme une danseuse sur un fil. Rafael crie encore.
Hanna se retourne, enfin, pour le regarder, mais ne s’arrête pas, et continue à avancer, à reculons. Il le voit à présent, elle porte, sous le grand manteau de voyage, la robe mauve pâle de la mère de Rafael. Ce détail le frappe et le ravage. La robe flotte sur ses épaules amaigries, mais le corps d’Hanna, si gracieux et à présent si lointain, semble encore plein de vie, sous le voile de ses cheveux bruns mêlés de fils blancs. Rafael enjambe la rambarde de la terrasse et saute dans le sable. Il va courir à sa rencontre, déjà, il agite frénétiquement les bras, veut l’appeler encore. Mais sa voix ne lui répond plus. Au loin, Hanna fait non de la tête, non, non, Rafael recule, il crie une dernière fois, faiblement, ce sera non. Hanna se détourne à nouveau de l’horizon et continue à marcher vers le Sud. Il semble à Rafael, dont les regards suspendus se brouillent, qu’elle fait encore non de la tête, machinalement. Jolie manière de dire au revoir, ce sera non.
Rafael resta couché des heures dans la poussière de la terrasse, face à la mer et au vent. Il attendit Hanna. Il regardait le ciel, le mouvement des courants qui parcouraient les nuages, les quelques cerfs-volants qui traversaient de temps à autre sa portion de ciel. Il attendit Hanna. Puis, lorsqu’elle eut si bien disparu qu’il lui était devenu difficile de saisir les moindres bribes de mémoire de son corps, de sa peau, il lui resta un peu de sa voix qui avait si souvent accompagné le saxophone. Il lui resta quelques mots qu’elle avait prononcés. Qu’elle était née en Allemagne. Qu’elle avait fui l’Allemagne parce que quelqu’un, là-bas, lui avait fait beaucoup de mal. Qu’elle n’avait ni famille, ni maison, ni langue. Qu’elle avait trouvé en lui, en Rafael, la force de recommencer à dire quelques mots. Des mots à propos d’elle, d’eux, du vent et des cerfs-volants. Alors Rafael lui inventa un passé.

© Emeline Durand 2008.
Par mina - Publié dans : textes en vrac
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Samedi 10 mai 2008
Qui est-elle ? Elle ne veut finalement rien être de plus que cela : une silhouette maladroite qui traîne dans les rues de Paris un peu de son désir d'harmonie. Elle ne se ressemble pas, pourtant, subtile dissonance, profonde incohérence. Elle cherche, semble-t-il ; mais dans la mauvaise direction. Trouvez-la laide, trouvez-la stupide, mais par pitié, ne le lui dites pas. Elle en souffrirait trop. Elle n'est peut-être pas digne des jacinthes que, par brassées, vous déposez devant sa porte.
Elle chemine, encore, elle essaie de s'éloigner. Elle ne dit pas : marcher, elle répète : errer, et ses pieds endoloris en scandent le rythme. Elle essaie de s'éloigner, mais elle doit s'arrêter, le souffle court. Ce sera sous un arbre, dans un soleil déclinant, ou sur un pont, où les voitures font se soulever des pans d'une poussière blanche, doucereuse.
Assise sur un banc dans le jardin de la jeunesse perdue, où les fleurs délicates des marronniers tombent sur sa silhouette comme une pluie consolante. Là, elle reprend son souffle, et…
"Yet, when we came back, late, from the Hyacinths garden,
Your arms full, and your hair wet, I could not
Speak, and my eyes failed…"
Il y a des mots qui font que ses yeux s'assoupissent. Elle souhaite alors, intensément, voiler le monde derrière ses paupières grises. Le sable bâtard des allées, qui crisse sous leurs pas, la rappelle à ce monde. Ils courent, et elle, qui finit par s'essouffler, qu'espère-t-elle maintenant ? Les fleurs violettes qui tombent dans le vent ? La poussière de Paris en été ? La main qui ferme ses paupières et lui promet de lui épargner tant de nuits sans sommeil ?
Close your eyes, we are blind…
Un peu de soleil à travers les arbres, ce n'est pourtant pas contempler l'éternité. Mais dans la brume ou dans le soleil, les sons sont étouffés à présent, les miracles suspendus, le souffle brisé, distendu. Elle ne connaît pas le nom de toutes les fleurs qui poussent là, près d'elle.
Elle sent passer dans son dos comme un frisson. La lumière baisse, il est près de huit heures. Les allées se vident lentement, mais les fleurs continuent de pleuvoir, sans bruit, sur ses épaules.

Par mina
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