Mercredi 19 mars 2008
… I guess it's just a stinking lonely desert, where silence is so loud over our shoulders, that our own voices would even startle us.
so what about just staying on Earth and trying to find a solution with our tiny weak hands ?


karine-et-mimi-lucky-luke.JPG

à la recherche du bonheur
sans joie et sans ardeur
sans émoi et sans peur
en espérant trouver ton coeur…

… et toi et moi sur ce chemin
chassant d'illusoires brises d'airain
ta main dans la mienne
ton regard et le mien…

je te laisse trouver la suite, si tu en as le courage, je te laisse puiser là-dedans la force que je voudrais t'insuffler.
imagine-nous, petit être, sur une colline couverte d'herbe fraîche, en pente douce vers la mer. un petit bout de terre, peut-être au bout du monde, peut-être plus près que nous ne voudrions le croire.
là, comme allongées main dans la main, les yeux dans le ciel ; ferme tes paupières, petit coeur, et inspire un peu de cet air plus pur… et si tes paupières sont lourdes, terriblement loin de toi, fermées comme si elles avaient perdu la volonté de s'épanouir à nouveau dans le soleil, tu as le droit de les garder fermées ; je passerai la paume de ma main sur elles, je protégerai tes yeux de cette noirceur et ne leur permettrai de se rouvrir que lorsque tu seras à nouveau face à la lumière…
… silhouette droite et courageuse, mains levées en signe d'adieu à ces rivages blanchis par nos larmes mêlées…
et non plus tanguant, comme un navire fragile, sur la mer pâle, sur le ciel blanchi, sur l'aurore affaiblie, certes, mais prête à renaître plus jolie encore
…  jolie comme toi, petit ange.
… courageuse comme toi, aussi.
et moi, je suis là. comme je te l'ai déjà dit… je voudrais que ceci — tout ceci — te soit épargné, merde. c'est pas juste que les enfants les plus doux, les plus innocents, ceux dont le sourire tout doux rend le monde entier plus heureux, soient justement ceux qui se prennent tout dans la gueule un jour ou l'autre.
moi, je suis là, petit coeur.

J
E

T'
A
I
M
E
par mina
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Lundi 17 mars 2008
amaury-et-mimi-trop-belle-2.jpg
Zach est reparti vers de nouvelles aventures… après une nuit épouvantable, passée à retenir les deux chats pour qu'ils ne se jettent pas l'un sur l'autre, Zach a filé quand nous lui avons ouvert la porte. je tente de me persuader qu'il avait le choix, qu'il a choisi ce qu'il préférait, mais je sais au fond de moi que c'est de ma faute, que je m'y suis mal prise, que je l'ai foutu dehors, finalement, ce petit animal fragile. il me manque terriblement. c'est curieux comme on s'attache vite à une boule de poils qui vous griffe, vous grogne dessus, mais qui pourtant a l'air si vulnérable, deux yeux pleins de chagrin au fond d'un placard.
je me sens affreusement mal à cause de cette histoire. quand je pense qu'il commençait tout juste à prendre un peu confiance… j'ai tout gâché. je ne l'ai pas revu.
Zach, reviens, s'il te plaît, reviens et on recommencera tout, mon petit chat déjà adopté à la maison.

je me console en écoutant Beirut et la voix merveilleuse de son merveilleux chanteur, qui a inspiré le prénom de mon petit minou, et en regardant les photos de Val d'Isère.

;-(
par mina
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Samedi 15 mars 2008
mimi-masque-3-copie.jpg

— Tchao, KaKao !
— Qui ça ? un cheval dans un manteau… (traduction littérale du russe)

— Garçon, un gin-fizz !

— Oh, regarde, là-haut, la Lune !
— Ah bon ? la Lune ? "c'est toi là-bas dans le noirrrrrrr ?"
— Mais siiiii, là, on la voit, à gauche du dernier marron, enfin, si c'est un marron…
— Mais non, t'es bête, ça peut pas être un marron, c'est un platane ! bah, c'est un chaton de platane quoi !
— Un chaton ?!!!

— Imagine, là, un pied, tout seul…
— Si c'est un pied !

bref  :)  quelques franches envies de rire ces jours-ci — comme pour tordre le cou à la tension qui a pesé sur nous tous, êtres fragiles, traînant derrière nous le poids de nos hésitations, de nos désirs ambigus, de nos efforts et de notre liberté…
j'aime quand une semaine tout simplement atroce se termine aussi joliment… ce sera pour moi, s'il vous plaît, une orgie de sushis-maki-et tout le reste, en entrée ;
une heure de rêve sur un parc à jeux au bord de la Seine, à vagabonder sur un mini château fort haut comme trois pommes, à se croire souverains du monde sous un ciel mauve parsemé d'éclats de rire, avec entrée par effraction de surcroît, et tentative de s'échapper encore plus haut dans le ciel — je voooole !! —, le plat de résistance ;
en dessert, un samedi bien rempli, teinté d'une nostalgie à peine douloureuse, c'est la mignardise, je suppose : conversations au soleil et évocation émue des jeux de notre enfance ; pérégrinations dans les étages d'un immeuble pas encore oublié boulevard Beaumarchais ; TPE, gin-fizz ou presque, retour en métro parce que petite pluie de printemps dans l'air chaud du jour qui faiblit.

j'aime quand une semaine tout simplement atroce… se termine, et me trouve devant le même rideau de pluie — pour ne pas dire devant le même mur —, traînant dans mon dos des casseroles qui brinquebalent sur le sol et marquent mes pas dans la terre.
je ne veux pas être nostalgique.
je ne veux pas y repenser, un bout de ma vie qui n'est pas mort mais, comme le bras affaibli d'une rivière, se disperse en flaques dorées, s'évapore en une trace sinueuse qu'on peut à peine suivre, qu'il faut d'abord retrouver entre les racines des arbres, puis accepter de la laisser se perdre. à l'arrivée, qui sait, c'est peut-être une source plus pure, vivifiée, renaissante dans la lumière.
mais quand même, je ne veux pas rester assise sur cet escalier à regarder, par la fenêtre du 4ème étage, les toits de Paris, je ne veux pas rôder, je ne veux pas partir en chasse de bribes de mémoire, je ne veux même pas rire parce que les nouveaux locataires du 6ème ont décoré leur porte d'une photo de François Hollande, je ne veux pas me pencher, le souffle coupé, sur la porte éraflée qui a été pendant dix ans l'entrée de chez moi et la porte de ma vie.
je ne veux pas me souvenir.
et merde.
je m'interroge sur la proximité, en anglais, de ces deux sinistres verbes : to forgive, to forget, eh bien, ça commence pareil, est-ce que je dois emprunter pour un temps le même chemin pour pardonner avant d'avoir oublié ?! pour réussir à te pardonner avant de t'avoir oublié ?!
je lance un appel au secours, mais le seul être capable de m'aider ne m'entendra pas. dégage, fantôme, retourne à ce même silence, laisse les vivants — les vivants ? — faire leur foutu deuil tranquille. deuil ? c'est curieux, ce que le choix des mots semble nous suggérer.
je me tais mais…
"Et maintenant encore que dirai-je ? Parce que ma bouche se tait, pensez-vous que mon coeur se repose ?" (Gide, Les Nourritures terrestres)

passons à autre chose.
un chaton gris a débarqué chez moi, aujourd'hui. il est adorable, on dirait une peluche, comme l'a très justement remarqué Lana — et encore, il dormait dans le placard... un gros chaton de cinq ou six mois, gris tigré, non, pas comme MON chat, mais au moins aussi chou. perdu, abandonné, enfui ? ma mère et moi rions à l'idée qu'il avait peut-être prévu son évasion, qu'il a serré les quenottes en attendant le grand jour qui le verrait enfin se débarrasser de sa vie parisienne — "Familles, je vous hais ! foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur." enfin, l'animal s'est retrouvé chez nous, la famille à chats par excellence, bien sûr… il est fragile, craintif, agressif pour l'instant ; commence seulement à s'apaiser un peu ce soir, après avoir mangé et roupillé près de moi. je le regarde en souriant, il ne comprend pas, mais bon, peut-être qu'il a une petite idée des sentiments élevés que j'essaie de lui transmettre. j'ai insisté pour lui donner un nom, en attendant d'avoir retrouvé son propriétaire — celui-là à intérêt à se bouger, la situation devient tendue avec mon propre chat, occupant légitime des lieux. pour l'instant, je l'ai appelé Zach, en hommage au chanteur de Beirut. c'est toujours mieux que Robert ou Brise, n'est-ce pas K. ?!

"Texas
I won't come home
Not even if you call
I can't hear you at all"

Arcade Fire - Brazil

j'y mesure le poids de ma liberté, et sa richesse.
un gros "tchao cacao" à vous tous.
par mina
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Lundi 10 mars 2008
Du bout de sa chaussure, elle a remué l’eau d’une flaque à ses pieds, par désoeuvrement ; le reflet qu’elle avait cru y distinguer s’est effacé, elle n’osait plus lever la tête pour suivre du regard la ligne floue des immeubles. Le portillon du square s’est refermé avec un grincement, Sonja a tourné la tête, nerveuse ; un homme était entré dans le petit jardin, avec l’air incertain qu’elle croyait retrouver sur son propre visage. Il serrait entre ses bras, contre son épaule droite, un paquet informe blotti contre lui, un enfant ou une peluche peut-être. Il s’est avancé vers le trou d’ombre, entre les arbres, dans lequel elle s’était réfugiée. Il s’est détourné précipitamment lorsqu’il a aperçu Sonja et a disparu.
En désespoir de cause elle a levé les yeux ; dans le ciel, il n’y avait rien à regarder non plus, mais la nuit tombait et les nuages pressés filaient dans le vent, traînant une ombre changeante sur les immeubles. Une odeur humide montait entre les arbres, des gouttes d’eau roulaient sur les feuilles des marronniers et venaient s’éteindre au pied des arbres, dans ce même silence d’une pluie de printemps. Sonja s’est retournée et s’est mise à examiner le square avec cet air de désinvolture affectée que Rafael lui avait enseigné. Tout près d’elle, le bac à sable était envahi de tas de feuilles mortes que le vent avait arrachées des arbres puis entraînées au fond du bassin, dernier oubli de leur carcasse grisâtre. Des feuilles édentées, décharnées, maigres et sèches comme de longues mains âgées. Une rangée d’arbres entre lesquels un ballon de mousse gonflé d’eau. Des bancs de bois qui disparaissent dans l’ombre qui monte. Derrière elle, des jeux d’enfants en bois, un toboggan trempé, une balançoire, une échelle menant au pont supérieur d’un petit château en bois, qui semblait traverser fièrement les airs lorsqu’un enfant en faisait la conquête, se rêvant capitaine au long cours de ce vaisseau éphémère. Sonja a tourné sur elle-même un instant, elle a essayé de fermer les yeux et de trouver une idée. Elle s’est assise sur la balançoire, les pieds trempés dans une flaque d’eau.
De la balançoire elle a aperçu, massée dans l’ombre, une forme incertaine ; un fauve prêt à bondir peut-être. Elle a fixé ce coin d’obscurité avec insistance, sommant la bête de s’effacer ou de montrer ses griffes que Sonja ne pouvait que deviner dans le noir. Ombre possessive toute proche d’elle, odeur de cendres qui se déverserait sur elle. Sonja a bondi et s’est avancée pour regarder cet éclat d’acier qu’elle apercevait à quelques mètres de là. Puis elle l’a reconnue.
L’homme au lion, œuvre de jeunesse, a-t-elle songé en s’approchant.
La forme ambiguë de la sculpture, les silhouettes entremêlées de l’homme, du fusil et du lion, le grain épais du métal humide que Sonja fait glisser sous ses doigts ; les pattes du lion qui s’enfoncent dans la poussière boueuse du square, la tête courbée de la silhouette de l’homme, le fusil de l’homme dressé vers le ciel ; tout autour, la haie de forsythia a poussé, environnant d’ombre le groupe mortel de la sculpture, rongeant son caractère fatal en crevant dans cette obscurité les yeux de l’homme et de l’animal. Sonja en fait lentement le tour, s’émerveille de reconnaître les muscles durs du métal, les hésitations du chalumeau qui a laissées indécises les jointures de la sculpture. Une commande publique pour ce square, des années auparavant.
Et Rafael hanterait ces lieux, serait revenu comme une fatalité chercher la source, guetter comme le lion d’acier le moindre mouvement de l’ombre ?
Sonja s’installe sur le dos du fauve et laisse son regard errer dans la pénombre. Un souffle glacé coule dans son dos, les feuillages tremblent, elle attend encore. Il a trahi, dit méchamment une petite voix qui court, comme un frisson perfide, sur le bout de ses doigts. Rafael n’est pas venu au rendez-vous tacite qu’elle lui avait fixé, elle pense c’est son problème, maintenant fin de cavale, j’en ai assez de le chercher partout.
Hier, au café voisin, un homme lui a dit, plissant les yeux d’un air méfiant :
— Je le connais, votre frère. Il vient souvent au square Marceau le soir, juste avant la fermeture.
Sonja s’est précipitée au square, sans réfléchir, s’est assise comme aujourd’hui sur la balançoire, mais ce soir Rafael n’est pas venu.
Je l’ai peut-être trop attendu maintenant.
À force de l’attendre Sonja finit par avoir peur de la mort ; si je meurs qui sera là pour venir t’attendre dans un square de pluie ?
Elle pousse un gros soupir, donne un coup de pied dans un tas de feuilles, jette un regard sombre sur la sculpture de jeunesse. Quelle ironie qu’il ait choisi précisément ce square, avec ce maudit fauve qui rôde dans les parages.
Elle se retourne. Rafael est assis sur la balançoire à son tour. Il la regarde en tirant nerveusement sur sa cigarette. Il se lève, elle reconnaît son pas de somnambule.
Il lui fait signe de s’approcher, écrase le mégot sous son talon.
Sonja s’assied à côté de lui, sur l’autre balançoire, sans parler. La nuit tombe, une petite pluie fine les environne, ils suivent des yeux les gouttes qui roulent dans la lumière jaune des réverbères. Sans parler. Le bruit doux de la pluie les enveloppe et leur raconte. Leur dit une histoire bien connue, que les nuages éventrés, que les feuilles percées ont portée avant eux. En quelques gouttes de pluie il y a la vie de tous les autres qui glisse doucement dans leurs veines, qui coule dans leur gorge et emplit leurs yeux de poison. Le chuintement de la pluie, sans mots, raconte mille histoires, et la leur en premier lieu. Sonja et Rafael restent assis sur les balançoires, au-dessus d’eux le ciel semble se teinter de mauve alors que la nuit tombe. Sans parler.
par mina publié dans : textes en vrac
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Lundi 10 mars 2008
Ratatouille-1.jpg

ça y est, here we go again, c'est reparti, vous sentez peut-être comme moi le poids des journées qui se traînent, à peine ensoleillées d'un sursaut d'enthousiasme. (ensoleillées me semble le terme exact, vu l'eau qui ruisselle doucement le long du toit au-dessus de ma tête, une fois respiré le vent qui gronde dans la cour, une fois humé le parfum (façon de parler, n'est-ce pas) d'une tulipe qui, sur mon bureau, tourne sa couronne blanche vers la pluie au-dehors, avec envie…)
et pourtant Paris me plaît encore, même si tout mon être se réjouit d'avoir, pendant quelques jours, pu respirer un air plus pur, un air propre et figuré d'ailleurs. j'aime aussi ces rues où l'on croise un arc-en-ciel imprévu, les nuits qui paraissent presque tièdes, surtout lorsqu'en un bond, je quitte à la fois le train de nuit et la dernière minuscule sensation qui me rapprochait encore de Val d'Isère.
(les photos arrivent bientôt, promis ^^)
je me sens d'une humeur furieusement remontée contre une institution archaïque, complètement dépassée, élitiste, poussant les gens à la compétition et formant sur le CV une tache disgrâcieuse que je m'empresserai d'effacer en temps voulu. suivez mon regard. ou comment se garantir une rentrée des classes des plus sereines, des plus reposantes, des plus encourageantes pour la suite.
je me suis fait traiter de Joan Baez l'autre jour — le 8 mars, tiens tiens. pas absolument certaine qu'il s'agisse d'un compliment de sa part, mais je lui pardonnerai, pour le plaisir de voir le visage radieux de Simone et d'autres femmes orner le Panthéon. Aux grandes femmes, la patrie reconnaissante ?!
je ne tiens pas à relancer le débat ici même, mais je ne peux pas résister : franchement, vous supporteriez de voir en couverture d'un célèbre magazine le délectable portrait du derrière de Proust, de Gide ou de Sartre ?! c'est un argument de dire que cette photo rendait Simone femme, et brisait son (soi-disant) image d'intellectuelle froide, et qu'on peut donc la considérer comme une victoire du féminisme ?

Quand on veut, on peut.
Quand on veut vraiment, on trouve.
On prouve.
Frère Animal - La chanson du DRH

je suis allée acheter le roman musical d'Arnaud Cathrine et Florent Marchet, bien sûr, il serait même plus exact de dire que je me suis précipitée dessus ! ces deux-là ont tous les talents. j'aime leurs voix, leurs écritures, leur texte à deux mains, leur musique, leur oeuvre.
moi aussi, j'ai une envie terrible de prouver, je crois.
je voudrais avoir écrit Les Faux-monnayeurs. à défaut, je me contente d'adorer ce livre, plaisir très égoïste, fascination, reconnaissance ?
je voudrais être un Edouard.
je voudrais moi aussi trouver, prouver, trouver, dire, avaler une fameuse gorgée de ce poison, ou me taire.

et lui croit encore qu'il "me doit" quelque chose. si tu continues comme ça, J., c'est moi qui vais te devoir beaucoup, beaucoup de choses. Orion t'est déjà dédié, crétin.

réflexions un peu décousues, je sais. j'espère que vous avez passé de belles vacances, que vous êtes pleins d'énergie pour attaquer la suite. moi, j'ai une étoile toute bleue accrochée à mon sac et à mon coeur, je crois que ça va aller :D
les élucubrations habituelles continuent ; auparavant je voudrais remercier quelques petits "tiny masters" qui ont été avec moi, qui m'ont rendue si heureuse, qui m'ont rassurée, qui méritent des "tender hugs" par centaines...
par mina
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Mercredi 27 février 2008
wild-things-4.jpg
ce n'est pas que je suis nostalgique.
ce n'est pas que je me sens seule.
ce n'est pas ça non plus — clamer bravement, comme pour pourfendre les sceptiques qui oseraient en douter, que yeah, I'm fine, trying to be happy.
ce matin, j'ai contemplé le lever du soleil depuis la chambre de saint-antoine. ce soir, retour à une unanime grisaille : mon voisin, le lycée de l'autre côté de la cour des maternelles, me cache un peu un horizon qui, de toute façon, ne serait pas sincère.
difficile de retourner à sa propre solitude — une poignée de goutelettes d'eau jetées en l'air, vaines tentatives de regarder vers le haut, vers l'ouest, vers n'importe où ailleurs, d'ailleurs — après une journée avec quarante personnes qui se sont occupées de moi comme de leur propre vie.
par mina
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Jeudi 21 février 2008
Ils marchaient. Ils partaient marcher au loin sur les plages, arpentaient la bordure fuyante des falaises où le sable se mêlait aux bouquets de bruyère.
Sonja surtout les entraînait ; son coeur battait avec véhémence lorsqu'ils marchaient ainsi. Prise du besoin impérieux de se sentir en vie, en vie jusqu'au bout de ses doigts qui se recroquevillaient au fond de ses poches lorsque le vent se levait sur la plage, elle partait pour de longues marches, le matin souvent, lorsqu'un jour indécis venait mettre de l'ordre dans le ciel changeant. Rafael la suivait, indécis, lui aussi, suivant plutôt la couleur des nuages, les reflets de l'eau, sans égards pour une solitude que Sonja aurait voulu partager.
Ils marchaient sans paroles. Un jeu les avait réunis, enfants : ils partaient loin, dans les bruyères, s'asseyaient sur le sol pour sentir, en été, la terre chaude, abreuvée de soleil. Leurs mains se serraient l'une contre l'autre, ils se regardaient, reconnaissaient à la couleur du jour, à l'odeur de l'air, au ressac qui leur parvenait de la mer, le bon moment qui leur souriait et les engageait à prononcer les mots rituels :
"Maintenant personne ne sait où nous sommes", annonçait doucement l'un d'eux.
À présent Sonja suscitait elle aussi, pour Rafael, ce besoin de parcourir la terre et le ciel, dans un même abandon du ciel et de la terre. Ils laissaient derrière eux un monde nébuleux et filaient, comme les lambeaux d'écume que la crête des vagues portait jusqu'à eux, vers un oubli de sable et de bruyère. Ils marchaient. Ils se retournaient de temps en temps et comptaient leurs traces sur le sable humide.
Ils jouaient avec les marées, avec la bordure de l'eau qui montait parfois jusqu'à leurs pieds. Ils riaient des ombres immenses des oiseaux dans le ciel au-dessus d'eux. Ils sautaient à pieds joints sur les roches pour regarder la mer.
Une expression les avait fascinés, adolescents. Ils avaient rêvé sur le mot highwayman qu'une autre langue avait inventé pour eux peut-être. Dans un même appétit du grand chemin, ils s'étaient vus successivement Robin des Bois et voleurs en fuite. Avant-coureurs candides ou survivants hébétés. Rafael avait un jour improvisé au saxo un air étrange, un gémissement trop humain qui semblait se mêler avec les sons de la nature — une bribe de vent oubliée dans les pièces métalliques, le labyrinthe doré, les chemins tortueux du saxophone. D'une même voix ils l'avaient appelé Highwayman. Rafael avait dessiné dans le grand silence curieux qui était le leur la tonalité d'une vie qui ne serait jamais la leur — vie pourtant rêvée, vie toujours présente dans leurs jeux, vie du grand chemin.
Ils marchaient et comptaient la trace de leurs pas, oubliés derrière eux. Parfois Sonja prenait la main de son frère contre sa main et faisait passer dans ses doigts tout froids toute la tendresse dont elle se sentait capable. Rafael alors fermait les yeux ou égarait son regard le plus loin possible, le fixait au centre de la mer et l'abandonnait là, comme un membre infirme sur un rivage perdu. Il pouvait alors penser librement à Hanna et serrait plus fort contre sa main la main de Sonja. En exilant ses regards loin d'elle, il parvenait presque à croire qu'il serrait la main de Hanna contre son coeur. Il marchait avec elle.
Elle, Hanna, son pas léger avec le sien, non, confondu dans le sien, marchant à l'unisson. Il se répétait absurdement les mots qu'il lui aurait dits, mimant en inclinant la tête sur son épaule une imaginaire réponse de la jeune femme. Hanna qu'il croyait voir souvent sur cette plage, comme une ombre emplie de la lumière d'ailleurs.
Hanna ; avec elle, il n'aurait plus eu besoin de se retourner pour contempler la trace de leur marche.
par mina publié dans : textes en vrac
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Mercredi 20 février 2008
Ne t'ai-je pas créé, n'ai-je pas baptisé ton ombre et ton amour, n'ai-je pas fait de toi, de tes yeux de Lune, de ton corps, mon rêve ? Idéal silence d'une nuit qui ne cessera plus de tomber, un crépuscule aussi clair et épris que les lueurs troubles de l'aube.
N'ai-je pas baptisé ton ombre et ton amour, n'ai-je pas choisi le nom qu'ils porterait, ce coeur que je trouvai un jour comme nous cueillons des fleurs pour décorer leurs tombes ?
J'ai éraflé par ce geste le bout de mes doigts sur une pierre trop dure à tailler. Je n'ai pu en faire l'économie. Mais les mots sont éteints et la pierre brisée, fendue peut-être par cet éther de glace.
Les étoiles vont en cercle, tu ne briseras pas leur danse.
Je ferme mes paupières, impose nuit et brume à mes yeux aveuglés, ne reste plus, sentier de lumière, qu'un vague souvenir de toi. Lointain ressac des vagues alors que tu t'éloignes.
par mina publié dans : textes en vrac
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Dimanche 17 février 2008
Tu portais le sceau d'une aurore moins noire ; j'ai aperçu la nuit d'hiver, tu étais là, tu me regardais. D'un regard tu as balayé toute la poussière qui entachait mes mains. J'ai voulu te suivre, tu t'es esquivé, je me suis suis vue seule sous une pluie de silence.
Tu as peut-être lu mon nom ou le tien sur mes lèvres.
Nos deux noms, ils ont cessé de chanter alors que je courais à ta poursuite — brisant mes pas, les pieds sur tes terres, le coeur sur tes traces. J'ai perdu en courant quelques gouttes de toute cette lumière, ce soleil de minuit que tu laissais derrière toi. Sur le pont, j'ai frôlé des ombres qui, elles aussi, couraient après tes pas — peut-être.
Ce ne fut pas l'éblouissement dont nous avions rêvé, ce fut le silence et deux êtres qui se tournent le dos, ce fut comme un nénuphar au fond de mon coeur qui lentement refermait sa blessure. Ses fleurs ont poussé au bout de nos doigts, se sont évanouies dans le vent.
Ce fut plutôt une image noircie par les flammes, ce fut le reflet en négatif d'un avenir que j'avais seulement entrevu. Ce furent les pas à contretemps, le langage invisible, et moi seule à nouveau, criant pour que personne ne m'entende, rêvant que je pouvais tenir contre moi quelque chose de toi.
Ce fut la certitude d'une chance manquée.
J'en viens à souhaiter que le monde soit dépeuplé. S'il n'y avait plus que toi et moi sur ces terres, l'aveuglement serait notre lot et je courrais sans doute encore après des bribes, des traces que les vents effacent.
Ce fut, dit-il, la seule chance de rendre, par un infime mouvement d'hirondelles, notre vie plus universelle, et de lui sacrifier le reste — deux ou trois étoiles, le son blanc de nos voix, le froissement d'un tissu.
Les yeux aveugles, je marche encore, crois-tu, dans les chemins infinis de la neige.
Soudain personne ne put se souvenir où nous étions partis. Our hands caught together would make sparks, then the sweet light of day finds us and takes us away from here…
Un ballon bleu s'élève au-dessus du Champ de Mars, s'élève à l'infini dans le ciel de Paris, file avec grâce pour atteindre la main d'un autre enfant bien loin de nous. Je le regarde jusqu'à ne plus le distinguer, je plisse les yeux et scrute le ciel entre Soleil et Lune, face à face. Et moi, comme lui, combien de temps pourrai-je encore voler, emplie de l'air que tu m'insuffles ?
par mina publié dans : textes en vrac
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Dimanche 10 février 2008
World War III, when are you coming for me ?

désolée, gens que j'aime, je ne donne guère de nouvelles ces jours-ci. je suis étrangement troublée :
heureuse avec toi/incrédule au lycée
débordant de vie/traînant des pieds comme tant de fois dans cet hiver
rêveuse/écrasée de réalité

voilà voilà.
je n'ai même plus le temps de lire, à peine quelques pages avant de m'effondrer épuisée, j'en suis réduite à fantasmer sur les livres que j'ai terriblement envie de lire : Au Château d'Argol en tête, To The Lighthouse, L'Education Sentimentale, René Char encore et toujours.

une semaine de fête, de rires et de soirées claires, toujours avec toi, un bonheur trop précieux =)

un fragile éclair d'espoir, à la campagne le week-end dernier : le ciel est pur comme jamais dans nos contrées, il y a Orion qui perce le ciel à la poursuite des autres étoiles, il y a les noms de ces constellations que je connaissais si bien avant : je les égrénais comme une mince prière, le soir, sur une terrasse familière, seule au monde face au monastère perdu dans une nature éternelle. Majorque sauvage, Majorque des cris d'oiseaux perdus dans les collines, Majorque des "coups de Lune" (paraît que ça rend fou ^^), le ciel au bout de nos doigts.
à la campagne aussi, de grandes marches dans les champs, l'herbe qui crisse sous mes pieds, durcie par le gel ; des plaques de glace qui retiennent prisonniers de minces éclats de feuilles, des minces brins de vie.
la sensation fugitive d'être en vie, trop en vie.

tout ça pour retrouver, dans le même serrement de coeur, le lycée et sa vie fatiguée, la prof qui me donne envie de crier quand elle la fait souffrir.
heureusement que j'ai vu Louis Garrel dans la rue (si si, encore !!!! :D :D :D)
que j'ai parlé avec vous — avec toi et tes serments auxquels Laurène et moi avons très envie de croire !
que je t'ai vu toi, encore merci — and happy birthday darling :)
que je ronronne comme un chat — comme mon chat, mon taré de chat que vous connaissez tous ^^ — à la perspective de ne plus rien faire de la semaine.

je fais des rêves étranges, ça alors !  je ne savais pas qu'il avait des talents de prédiction, j'ai presque envie d'y croire maintenant qu'un rêve, rien de plus qu'un rêve, m'a mis cette idée dans la tête. je rêve de marcher encore dans un Paris désert et compréhensif avec lui. je rêve que cette Troisième guerre mondiale ne viendra pas me pourchasser ; je fuirai avec toi s'il le faut, tu sais.

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par mina
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