Vendredi 18 avril 2008
pas grand-chose en ce moment - je sais. autres préoccupations à régler, mais maintenant que tout est fini, bien fini, je peux retourner vaquer à la culture de ma vie intérieure (tout rapprochement avec des personnages ayant réellement existé étant purement fortuit).
je voudrais ne pas douter. ne pas, par exemple, t'appeler au secours et puiser un peu de force dans cette conversation, qui finira — c'est presque trop beau à vivre pour pouvoir être écrit — sur un pont près de Notre-Dame, sous la pluie toujours, mais avec bonheur.
The wrong guy
at the wrong place
at the wrong moment.
combien de temps ces mots seront-ils vrais encore ?
est-ce que l'imposture sordide, collant à la peau comme une chemise humide sous les pluies de printemps, se guérit si facilement que ça ?
mais le fatidique examen de flûte est passé et me voilà, à la fois forte, reposant mes plumes déchirées sur ce succès, et rongée par les mots durs comme des pointes de fer qui, prononcés au mauvais moment, font vraiment mal. me voilà, vivant intensément dans la musique, voulant plus encore. et j'attaque allégremment le 3ème cycle, et la Ballade de Gaubert et la Sonate des Hamburger (véridique, ou presque) de Carl Philipp. même si V. sait bien que je suis nulle en dictée d'accords.
je vous quitte encore - je vais dans le Sud quêter un petit peu de soleil. je pars, cela devrait être merveilleux, consolant, beau. je pars avec la gorge serrée pourtant - avec l'impression tenace de filer vers la guillotine, vers les vacances les plus déprimantes de ma vie.
Familles, je vous hais, très certainement que je vous hais, quand vous ne savez plus vous mettre d'accord, quand, la gorge nouée, vous me mettez dans vos histoires, familles, je vous hais, je ne veux plus de vous, je pourrais bien un jour décider de claquer la porte.
et si en fait c'était cela ? annihiler le nom du personnage, confondre son identité avec un concept, regarder, plutôt que les traits de son visage et de son caractère, le geste d'une porte qui se referme, du vent qui claque dans la nuit, des jointures de ses mains qui se ferment sur le saxophone ? compter aussi les doigts noircis de l'encre des tracts, les mains figées dans le froid, mais qui trouvent encore l'énergie de brandir le tract, communiquant autour d'elles cet enthousiasme. il y a un peu de fuite là-dessous, mais cela ne fait rien. ça me va assez bien, même.
j'oscille. j'oscille entre plusieurs choses, je crois. d'une part un truc à la fois très doux et très triste, un truc un peu désuet, un peu malheureux, un peu regard qui s'écrase, brouillé de larmes, un peu complainte mélancolique, un peu allée du Jardin des Plantes déserte, et cerisiers en fleurs qui paraissent ternes sur le ciel gris.
d'autre part, un truc très rebondissant - pas un yoyo parce-que-j'aime-pas-le-mot, mais plutôt une corde de guitare un peu effritée - un truc profond, amer, dur à encaisser, mais plein de promesses, un peu musique française très contrastée et expressive, un peu promenades infinies sous la pluie, un peu nuits sans sommeil, un peu odeur de chien mouillé, un peu vacances terrifiantes.
je ne sais pas si vous voyez vraiment ce que je veux dire.
je vous remercie. et surtout ne vous faites pas de souci pour moi - pas la peine. je vais bien. je ne demanderai pas grand-chose de plus.

mais au fond je suis des leurs, ceux qui marchent sous la pluie, veulent en sentir la sensation sur leur peau affaiblie ; ceux qui errent, les pieds dans les flaques, ne sont pas perdus pour autant.

… mimi lisant René sur les marches de la tour Veleda, où Chateaubriand écrivait. c'est moi, c'est tout moi ! les pieds dans les feuilles d'automne, toute à l'émerveillement de découvrir cette nature, cet équilibre. je voudrais que ce soit moi encore.
par mina
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Mardi 8 avril 2008
(médite bien sur les sens métaphoriques subtils de ce titre ^^)
"insupportable lourdeur de l'être", je m'interroge encore sur la profondeur de cette heureuse parole. c'est cela, en fait, le mot qui résumerait le mieux cet état indéfini… "du sol au ciel de ton Etat, tout n'est que gel, réchauffe-toi"
émotions mêlées - absence d'émotions - je m'interroge.
je m'excuse pour ceux que j'envoie violemment bouler alors que j'ai plus besoin d'eux que jamais, et que tous leurs efforts sont encore le seul chemin que je vois vers M. Sourire. (je sais que vous savez que je parle de vous, pas besoin de trop en dire - merci - et encore désolée)
je m'excuse aussi pour ceux que j'embête parce qu'à certains moments, le désespoir me fait suffoquer, et qu'il faut alors que je me jette dans la première paire de bras tendus vers moi - ceux-là aussi se reconnaîtront.
Emeline n'a plus le courage d'être celle qu'elle avait à coeur d'être pendant tout ce temps.
"ce vieux bâtiment ruineux, mon imposture…" (Sartre)
non, je ne traverse aucunement une crise existentielle. le mot vous fait peur ? à moi aussi. je ne sais plus. je ne comprends plus.
je voudrais préserver les quelque "happy few" (Mme L., sors de ce corps !) qui ne récoltent que des coups de griffe bien envoyés de ma part, alors qu'ils en font tant pour moi.
par avance, excusez-moi - excusez-moi, incohérente, épuisée, incompréhensible, furieuse, étouffée.
moi tout de même ?
je cherche encore, croyez-moi. j'essaie de comprendre, je pars en quête de quelques mots qui pourraient me guider, je liste les exemples de "ce qui ne va pas".
"qu'est-ce qui va pas ?! ça va pas ?! qu'est-ce qui t'arrive ?!"
capable de nuits sans sommeil parce que Beirut a… vous savez quoi, je ne tiens pas à m'épancher sur le sujet, V. et C. ont déjà l'épaule inondée de mes gémissements, ça suffit comme ça.
capables de grognements parce que mes faiblesses, comme les cailloux blancs du Petit Poucet, se révèlent dans la lumière d'un clair de Lune moribond : oui, je suis insupportable, Non, je ne sais pas distinguer la gauche de la droite (sauf en politique… clara pas taper pas taper au secouuuurs !!), et d'ailleurs je sais pas faire le saut de biche malgré les efforts de mes professeurs danseuses émérites (L), Oui, je suis somnambule, Oui, je m'effondre, là, devant la perspective d'un examen, un truc comme ça, Non, je sais pas encore ce que je vais faire pendant les vacances de Pâques, Non, ce n'est pas de ta faute, Oui, tu as très bien compris ce que je voulais dire.
et Non, je n'ai pas envie de me justifier (n'est-ce pas beloved K.)

j'ai encore envie de te dire : "keep on fighting", ma belle, parce que oui, tu es la deuxième personne à qui je le confie, mais j'envisage très sérieusement de me mettre à l'ukélélé rien que pour te prouver que les cordes de guitare, si elles se cassent brutalement en griffant douloureusement l'air qui les entoure, peuvent sonner très doucement si quelqu'un les cajole… =D
une photo que l'on voyait beaucoup sur les blogs banals des adolescentes futiles que nous avons toutes été… mais regarde-la bien, je t'en prie.

je suis là - just in case.

j'abrège, je sens que je divague. j'en profite pour souhaiter un bel anniversaire à vous deux, vous que je voudrais presser passionément contre mon coeur - rassurez-vous, vous y êtes, quoi qu'en die ledit coeur (et en plus, mes phrases, ces énigmes à pattes, sont incompréhensibles !)

Elle se mit à courir dans la nuit tombante, rythma de sa course les pavés de la rue, comme pour inscrire profondément dans le sol le bruit de ses pas. Comme si le martèlement désespéré de ses talons pouvait lui témoigner tout l'amour qu'elle avait pour lui. Courir la laissa épuisée - à la fois infiniment triste comme après un grand bonheur, et désespérément heureuse comme à la perspective d'une douce consolation. Autour d'elle, les arbres chargés de pluie et de grêlons gouttaient tout doucement dans le soir fondant.
par mina
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Samedi 5 avril 2008
The Garden of Love

I went to the Garden of Love,
And saw what I never had seen :
A Chapel was built in the midst,
Where I used to play on the green.

And the gates of this Chapel were shut,
And 'Thou shalt not' writ over the door ;
So I turn'd to the Garden of Love
That so many sweet flowers bore ;

And I saw it was filled with graves,
And tomb-stones where flowers should be ;
And priests in black gowns were walking their rounds,
And binding with briars my joys and desires.

William Blake - Songs of Experience.



thinking of you while reading TS Eliot and the beautiful blue book you gave me.
par mina
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Samedi 5 avril 2008
encore un texte tout pourri, je sais, je comprends même pas pourquoi je les écris et surtout pourquoi je les publie sur ce blog. à croire qu'un petit bout de moi en a besoin, viscéralement besoin, comme s'il criait en langue indéchiffrable de Wallabies : lisez-moi ! aimez-moi ! suivez-moi, merde !
and excuse me, I must apologize Mr Condon, for I took your name to give it to my hero, but it all makes sense, I swear it. and forget the rest of the world.
celui qui lira tout aura du courage.

La première fuite de Zach eut lieu une nuit ; il se souvint d’être allé se coucher tôt, d'avoir tiré les rideaux sur un ciel sans histoires, et oublia ou plutôt ne sut jamais qu’il avait tourné en rond pendant des heures peut-être, qu’une crise de somnambulisme l’avait amené, au milieu de la nuit, sur le paillasson de ses voisins. L’errance s’inscrivit dans chacune de ses veines, dans le rythme intime de son cœur. Cette première fuite fut peut-être la plus réussie. Zach se découvrit somnambule, mais cette escapade ne suffit pas. Il partit.
La seconde fois, il voulut marcher sous la pluie, improvisa un départ soudain ; il traversa une rue au hasard, manqua de se faire écraser par un camion-poubelle, voulut partir en courant sous la pluie. Il revint pourtant, comme poussé sur le chemin de la maison par un diablotin acharné contre lui. Il était trempé, abattu comme un chien perdu. Celle-là non plus ne suffit pas. Il voulut courir plus loin encore. Il partit.

Il porte Sonja à moitié endormie dans ses bras, l’installe dans son petit lit à côté du sien. Dans la pénombre, il joue un instant avec les mèches légères de ses cheveux, la regarde se blottir contre une peluche, la contemple dans son sommeil. Puis il ferme tout doucement la porte, pensant que Sonja n’a pas besoin de le savoir encore.
Il n’a pas claqué la porte. Il a juste attrapé le sac qu’il avait préparé, qu’il avait caché sous son lit depuis des semaines, attendant l’occasion. Il a fermé la porte ; personne, dans la chambre du fond de l’appartement, n’a réagi.
Lorsque le silence revient, que la porte dans son dos semble ne plus lui renvoyer que l’écho de ce silence, Zach se lève et grimpe l’escalier de l’immeuble, laissant sur le palier du quatrième étage une rancœur rassie et froide comme une buée d’automne.
Au septième étage, il se tient longtemps debout face à l’escalier, entr’ouvre la fenêtre poussiéreuse sur un peu de nuit. Des nuages mauves, une clarté couleur de poison dans le ciel. Zach s’accroupit sous la fenêtre, sous le ciel. Un grondement sourd s’échappe de la croisée entr’ouverte, monte un souffle de la nuit alors qu’autour de lui, le silence se fait.
Je ne veux pas vivre dans le silence.
Il ne veut pas non plus regarder le ciel, la succession des toits, les fenêtres entrebâillées sur des rêves tus trop longtemps, la poussière des vallées où personne ne marche, la cendre des cheminées de fer-blanc.
Il ferme les yeux, se prépare à ne plus bouger.
À l’aube, il a hissé la boîte du saxophone sur ses épaules, l’a sentie se caler entre ses omoplates. Le son très lointain des cloches l’a réveillé, l’angélus qui perce à travers le ciel blanc.
Ses doigts tremblaient, engourdis par le sommeil éberlué de cette nuit, de sa première nuit de liberté. Il avait gelé pendant la nuit, et le ciel était pâle comme la nuée blanche des jours d’hiver.
Zach a regardé une dernière fois la cour à ses pieds, les grands arbres dont les feuilles longues se penchaient comme pour mieux guider les gouttes de pluie qui ruisselleraient le long de leurs doigts ; le mur brun où des lianes poussaient entre les pierres disjointes, le sol pavé, la minuscule fontaine. Le saxophone pesait sur ses épaules, comme pour l’entraîner de l’autre côté.
C’était un départ, cette fois-ci. Ce n’était pas l’adieu radieux, la lumière triomphante des couchers de soleil, le sourire invincible de celui qui s’en va heureux et certain, absolument certain de revenir. C’était le départ en douce au petit matin, par l’escalier de service, le départ sans personne pour agiter la main par la fenêtre et signer face à une aurore épanouie des promesses impérieuses de bonheur. C’était la fuite en avant, les premiers pas étouffés de peur d’attirer l’attention, les pas maladroits qui semblaient si sonores, résonnant dans l’énorme espace de sa culpabilité. C’était un départ pourtant, et la porte se refermait derrière lui.
Lorsqu’il se trouve au pied de l’immeuble, la peur soudain l’envahit. Où courir, où ne pas courir ? Zach marche jusqu’à la Seine, comme suivant un très vieil instinct. Il marche longtemps, mais au moins réussit à ne pas réfléchir.
Le jour se lève à peine. Un peu de lumière coule, morose, sur les immeubles du bord de la rivière. Zach se souvient des jours de pluie qu’il a essuyés ces dernières semaines. Les Parisiens disent qu’il va y avoir une crue, mais si, la crue centénale. La rivière brunie est haute ; par endroits, les pavés des quais affleurent juste sous la surface de ses eaux silencieuses.
Zach trouve sur son chemin, tout au bord de la Seine, un parc à jeux pour enfants, des balançoires, des toboggans, une de ces constructions qui font l’enthousiasme des enfants, lancés à l’attaque de l’ambitieux château fort. Zach se hisse sur la passerelle en bois, pose sur ses genoux la boîte longue du saxophone. Il reste assis là très longtemps — pensant peut-être que la journée n’a pas encore vraiment commencé.
Des gouttes de poison suintent sur le bout de ses doigts. Epuisé, il voudrait fermer les yeux, laisser tomber sa tête sur sa poitrine et réussir à ne plus la relever. Pour se réveiller, il cogne du poing contre le bois, de plus en plus fort, jusqu’à ce que l’horizon se trouble et que les jointures de ses doigts craquent sous l’affront.
Lorsqu’il repart, brutalement tiré de l’hébétude par les pétarades des premières voitures, ses mains en sang ont à peine la force de porter le saxophone.
À l’ouverture, Zach va s’égarer dans les allées du Jardin des Plantes. Mais ce n’est pas encore tout à fait cela. Son corps reconnaît les routes qu’il suit en vain, sans y croire ; ses pas refusent encore de suivre le chemin tout tracé qui s’offre à eux. Il croit se perdre, et ne fait que visiter des tombeaux de roses, des lambeaux de mémoire.
Il croise les soi-disant kangourous du Jardin des Plantes, les regarde faire quelques bonds piteux devant lui ; il préfère les lions, leurs pattes couvertes de la poussière des vieux jouets fatigués, les pandas louchant complaisamment sur la fantaisie printanière du jardin. Il tourne mille fois en rond entre les arbres, remue du bout du pied un bassin de feuilles mortes et renifle l’odeur fraîche et nostalgique qui s’en dégage. Dans un océan de culpabilité, ceci, pense-t-il, a un jour été un îlot de réconfort.
Là, il y a des œillets et des jonquilles dans les pelouses, il y a des cerisiers en fleurs ; la beauté ranimée du jardin désuet au printemps. Il y a des manèges qui lentement se remettent en route, des arbres aux branches tortueuses qui abritent les êtres seuls. Des fleurs fanées sur leurs tiges encore vertes, des réminiscences de fantômes flottent derrière les barreaux du jardin alpin, des statues de bronze pâli. Et l’unique cordeau des trompettes marines.
Il dort sur un banc, emmitouflé dans sa veste noire, la tête posée sur le métal gris de la boîte du saxophone. Il fait mine de jeter sa carte d’identité dans une poubelle, acte de provocation, première pierre d’un édifice de liberté peut-être. Il fait le tour du pâté de maisons, traîne des pieds, mais revient tout de même chercher la carte au fond de la poubelle, furieux contre lui-même.
Il quitte le Jardin, marche encore le long de la Seine. Il descend un escalier glissant avec des gestes de fou, fend l’air en désordre comme pour se rattraper à des filins invisibles. La corde est cassée et, dans ses pas hésitants, marchent des nuées de souvenirs qui menacent de l’écraser. Un homme veut prendre sa main pour l’aider à descendre, il la repousse et continue à tomber.
Et ainsi marcha-t-il loin des chemins étroits. Pendant des journées entières.

© Emeline Durand 2008.

résurgence du petit "©" qui avait tant plu à certains.
ambiguïté du bonheur — se sentir en vie, si pleinement envie, se sentir prêt à tous les explois — et s'effondrer comme une vieille crèpe pourtant, parce qu'au fond on n'y croit plus vraiment.
imperturbable constance du désespoir
facilité de la solitude
évidence du stress
insupportable lourdeur de l'être
immuable recours à des absences inoubliables, des présences courageuses.
does it really make sense ?
par mina
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Jeudi 3 avril 2008
=D
Beirut 26 juin à l'Olympia --> on y sera, croyez-moi. (elle est heureuse)(elle flotte sur un nuage)(danse dans le chant d'une trompette)(veut apprendre à jouer de l'ukélélé aussi bien que lui)(veut être le 26 juin au matin et se réveiller heureuse)

Dearest Zach, take care, for I'll be waiting for you on June, 26th, and something will happen — anything — maybe I'll write my first real novel —  write it with me finest hand on the back of old Parisian pictures of lions in the Jardin des Plantes — and throw it to you — maybe I'll jump on the stage with you and show the world that anyone can play the guitar — maybe I'll just try and catch a smile from you…

Monsieur Zach Condon, je vous aime =D


en attendant --> week-end à Tours ou à Nantes avec Milka ? dites oui, dites oui, dites oui !
par mina
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Samedi 29 mars 2008
to gamble away your life
to lose it on the street
to forget it on a train
to lie about it
to take your eyes out of here, please, let her choose the place where she'll at last decide to close them for real.
vivez dangereusement, cela ne saurait mentir.

comprends pas pourquoi mes yeux se remplissent de larmes. comprends pas pourquoi, devant l'enclos des Wallabies au Jardin des Plantes, la seule pensée qui me vient est la désespérante nécessité d'appeler à l'aide. comprends pas pourquoi certains prénoms voudraient s'affranchir de la censure que mon coeur leur impose, et s'arrêtent sur mes lèvres en un son que personne n'entendra.
j'aurais besoin d'un "Sunday Smile" ou d'un "Elephant Gun".
Bruno, s'il te plaît, continue à m'envoyer quelques lignes de toi dans les commentaires…

If I was young, I'd flee this town
I'd bury my dreams underground
As did I, we drink to die, we drink tonight

Far from home, elephant gun
Let's take them down one by one
We'll lay it down, it's not been found, it's not around

Let the seasons begin - it rolls right on
Let the seasons begin - take the big king down

Let the seasons begin - it rolls right on
Let the seasons begin - take the big king down

And it rips through the silence of our camp at night
And it rips through the night

And it rips through the silence of our camp at night
And it rips through the silence, all that is left is all that i hide

Beirut - Elephant Gun.

rien d'autre à dire, me semble-t-il.
bon week-end, dit-elle avec un enthousiasme mal imité.
par mina
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Jeudi 27 mars 2008
Soviel Gestirne, die
man uns hinhält. Ich war,
als ich dich ansah — wann ? —,
draußen bei
den andern Welten.

Tant d'astres qu'on
nous fait miroiter. J'étais,
quand je t'ai regardé(e) — quand ? —
dehors parmi
les autres mondes.

Paul Celan - Die Niemandsrose

j'aime la grêle — quand une averse nous pousse à l'intérieur d'une cour insoupçonnée rue Soufflot, où nous découvrons un petit monde émouvant — un mur, des pavés, l'eau qui roule sur les feuilles des arbres.
Thelonious Monk n'a pas sauvé le TPE - un peu déçue, mais bon. courage, girls.
mais de l'espoir, de l'espoir toujours, s'il vit dans une note de musique, un souffle de voix, un grêlon, un poème, l'eau d'une rivière.

IMGP1327.jpg
par mina
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Jeudi 27 mars 2008
Elle lèvera les yeux en sentant sur sa peau l'éblouissante fraîcheur de la rivière, et s'approchera de ses berges humides. Quelques pas hésitants comme une première rencontre. Elle sentira la Dordogne couler à ses pieds, charrier sous les arcs noirs du pont une eau vive, boueuse. Elle observera les tourbillons que font les courants lorsqu'ils s'entrecroisent, marquent de noeuds frémissants le cours de la rivière et racontent l'histoire de ses affluents, de la Cuze, assoupie sous les rues de la ville pour mieux faire surface, veine tortueuse, en rejoignant la Dordogne. Elle enjambera des flaques troubles que la rivière a jetées sur ses rives, et s'émerveillera de marcher dans un pré de sable et de feuilles de trèfle — de sentir sous ses pieds l'eau vivante qui purifie la terre, et appelle le ciel. Elle voudra parcourir les routes et s'arrêter pour regarder la rivière dorée dans la lumière un peu miraculeuse du coucher de soleil, elle se penchera par-dessus le parapet pour contempler la trace sinueuse de l'eau, les terres inondées, les arbres qui semblent pousser au milieu des flots. Elle laissera ses regards sommeiller en vagabondant sur les bocages, les toits de lauzes, le frémissement obstiné du vent et des ruisseaux autour d'elle. Elle se tournera vers la falaise et viendra effleurer la pierre de cette région, le calcaire ocre, comme une pierre de soleil, chaud encore sous ses doigts. Elle regardera le ciel, qu'elle a cru laisser épouvantable à la gare d'Austerlitz, et s'étonnera de découvrir son bleu intense qui va si bien aux couleurs du Périgord.
Plus tard elle goûtera quelques plats de la région, rira parfois ; elle sera sur la défensive, donnera quelques coups de griffes inoffensifs autour d'elle ; elle dormira bien dans le lit d'une cousine, rêvera d'une île en Espagne.
Le lendemain elle fixera le ciel blanc par la lucarne, croira y trouver un peu de neige. Elle fera connaissance avec une centaine d'inconnus qui n'auront sur le coeur et sur les lèvres qu'une seule parole : ils répéteront à l'infini les échos du mot "famille", elle apprendra qu'elle a, oui, une famille, mais que la famille est aussi une unité qui se construit — un ensemble qui se choisit. Elle restera assise plusieurs heures à table — et c'est reparti pour le plat traditionnel. Elle se serrera contre une jolie brune devant laquelle chacun s'étonnera : "Oui, c'est ma soeur", dira-t-elle, quêtant dans ton sourire son seul appui. Elle sera avec toi tour à tour désemparée, rassurée, moqueuse ; complice surtout. Elle sera heureuse de vous découvrir des points communs qui ne mentent pas.
Lorsque tu seras partie elle se lèvera, tournera un peu en rond, comme déboussolée, ivre de fatigue et effrayée de se sentir si seule parmi tous ces gens. Elle s'esquivera dans la nature, se reposera dans le jardin d'une maison voisine ; assise sur une pierre, elle regardera les pissenlits en fleur, frissonnera un peu dans le vent, et écoutera des chants d'oiseaux insoupçonnés, comme elle n'en a plus entendu depuis longtemps. Elle suivra un peu la route, traversera le village où ne passent plus que des voitures. Elle croisera la route d'un ruisseau et le regardera un instant, assise au bord de l'eau.
Elle rêvera que cela s'arrête, elle aura envie d'aller à Nantes, et décidera aussitôt que dans ce nom de Nantes se cacherait une sorte d'idéal — oui, Nantes, c'est là qu'elle voudra être soudain, c'est le refuge où viendra se placer son espoir.
Elle errera parmi la famille, fera des grimaces pour son tonton, réussira à sourire sincèrement. Elle sera heureuse en rencontrant une lointaine cousine dont le rire franc l'amuse et la rassure. Elle jouera avec Octave, 4 mois, et rira de se voir si bien accueillie par le bébé. Pour le faire rire, elle imitera successivement le dindon, le cheval, le Donald. Elle aura cette parole mémorable en se relevant du landau de Tatave : "Ben quoi, je fais le dindon". Elle initiera la mère de son "petit fiancé" à cette pratique hautement confidentielle.
Elle se fera encore engueuler par sa tante, dormira mal, se fera encore engueuler au matin, apprendra, à peine surprise, qu'elle est somnambule — et qu'une nouvelle crise a empêché toute la maison de dormir, comme si c'était de sa faute si leur parquet grince comme sous le pas d'un fantôme.
Elle quittera la Dordogne sans avoir dit au revoir aux rues ocres de Sarlat, à la rivière boueuse, à l'angélus qu'elle a entendu, le matin de Pâques, traverser l'air immobile.
Elle devra raconter cela à tout le monde, et se trouvera incapable de le dire. Elle te remerciera, pleurera un peu, arrivée à Paris, parce que tu lui manqueras déjà. Elle voudra revenir en arrière — dix-sept ans en arrière. Mais saura que c'est trop tard. Elle sera quand même fière de toi. Elle attendra que tu lui proposes d'aller à Nantes avec toi. Rentrée à Paris, dans le confort, la pluie et la nostalgie, elle se sentira plus somnambule que jamais.
par mina
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Vendredi 21 mars 2008
départ en douce jusqu'à lundi soir — Sud-Ouest, Dordogne, Sarlat, famille. je me demande dans quelle galère je m'embarque. Familles, je vous hais-me ?! je me sens déjà seule, en perspective de ces grandes chambres aux murs de bois rude, de ces gens qui n'ont plus rien à se dire, de ces petits bouquets d'arbres où perle le gel — il paraît qu'il va neiger là-bas.
mais ce soir, les couleurs du ciel ont filé au loin, il ne pleut plus, il y a même quelques étoiles au-dessus de chez moi, dont je reconnais à peine la teinte bleutée. la nuit respire lentement, cris de mouettes, éclats de lumière qui parcourent le ciel ; soudain, je n'ai plus envie de partir.
bon anniversaire, une dernière fois, aux trois êtres adorés qui ont fêté le printemps hier et aujourd'hui…
beirut-copie-1.jpg












par mina
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Mercredi 19 mars 2008
mer-des-oliviers.jpg

… L'incertitude de nos voies nous tourmenta toute la vie. Que te dirais-je ? Tout choix est effrayant, quand on y songe : effrayante une liberté qui ne guide plus un devoir. C'est une route à élire dans un pays de toutes parts inconnu, où chacun fait sa découverte et, remarque-le bien, ne la fait que pour soi ; de sorte que la plus incertaine trace dans la plus ignorée Afrique est moins douteuse encore… Des bocages ombreux nous attirent ; des mirages de sources pas encore taries… Mais plutôt les sources seront où les feront couler nos désirs ; car le pays n'existe qu'à mesure que le forme notre approche, et le paysage à l'entour, peu à peu, devant notre marche se dispose ; et nous ne voyons pas au bout de l'horizon ; et même près de nous ce n'est qu'une successive et modifiable apparence.
(…)
Et tu seras pareil, Nathanaël, à qui suivrait pour se guider une lumière que lui-même tiendrait en sa main.
(…)
Et notre vie aura été devant nous comme ce verre plein d'eau glacée, ce verre humide que tiennent les mains d'un fiévreux, qui veut voir, et qui boit tout d'un trait sachant qu'il devrait attendre, mais ne pouvant pas repousser ce verre délicieux à ses lèvres, tant est fraîche cette eau, tant l'altère la cuisson de la fièvre.

André Gide, Les Nourritures terrestres.

photo qui n'a (presque) rien à voir : c'est la Grèce, la mer des oliviers, à Delphes. l'aube est belle là-bas, brumeuse et pleine d'espoirs. comme nous. environnés de l'air trouble de nos passions, éblouis par un peu de lumière qui filtre à travers le brouillard, mais le regard tourné vers un ailleurs plus beau.
par mina
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