Dimanche 11 janvier 2009

Mon premier indique la provenance dans la langue de Zach Condon.
Mon second est une épice.
Mon troisième est un lieu géographique.
Mon tout est relié par des tirets (deux) et hébergé par Blogspot.
Ceux qui ont trouvé sont priés de garder l'information pour eux jusqu'à vérification =) 

au plaisir !
 
Par mina
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Jeudi 1 janvier 2009

"L'ivresse des trains… le téléphone muet. Les villes de plus en plus lointaines. Bruxelles. Dans mon rêve je te parlerai : "Où es-tu ? Je suis à Bruxelles. Demande-moi de revenir et je reviendrai." Ou bien j'achèterai des tulipes blanches, et nous les planterons, et elles seront les premières fleurs d'un pays nouveau. Ou je sauterai à pieds joints dans le canal, brisant la fine plaque de glace grise sous mon poids, remontant le courant glacé, jusqu'à la léthargie du froid dévorant. Ou encore, et ensuite plus de mots, tu fermeras les yeux dans la nuit tombée très tôt, et je te regarderai dormir. Our secret sleeps in winter clothes."
que quelqu'un me dise que ce n'était qu'un mauvais rêve, un cauchemar dans une nuit agitée où l'on se retourne sans dormir dans les draps fiévreux… les vacances de noël moroses, non, pire que ça, épuisantes.
au point qu'on n'a plus de complaisance pour rien. j'en ai assez.
j'emprunte à camille ce titre, les parenthèses légères qui se referment sur nos mauvais souvenirs, pour dire que ça suffit maintenant. 
Par mina
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Samedi 20 décembre 2008
bientôt, bientôt, tout ira bien, je crois bientôt on prendra le chemin de la terre où volent les aéroplanes, bientôt partie et déjà revenue. comme ces jours pesants comme des boulets de canon (et pas des hommes-canons).
merci à ceux qui étaient là pour la musique et aussi à ceux qui étaient là pour moi. merci d'avoir plongé la tête, avec moi, dans cet univers un peu étouffant, qui me fait parfois baisser au sol des yeux honteux.
merci à ceux qui font preuve de patience avec moi. 
on aura un joli Nouvel an, avec Keith, Jeff, et les autres. 
"The only girl I've ever loved, was born with roses in her eyes / But then they buried her alive one evening nineteen-forty-five / Now she's a little boy in Spain, playing pianos filled with flames / On empty rings around the sun, all sing to say my dream has come."
Par mina
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Mardi 16 décembre 2008

et on écrira des haïkus :
"Traces de pas dans la neige
Branches cassées dans le ruisseau
Silence."
l'espoir est de bonne humeur malgré ce que certains en disent : "je suis pauvre, mais pas assez".
emballer la vie dans du coton, pour la protéger, par petits bouts. caramels au beurre salé, rues froides et plus brouillardeuses que débrouillardes, promesses de fêtes, films au bord de l'océan, fins d'année et nouvelles voies pour repartir.
Par mina
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Jeudi 11 décembre 2008
quel est le crétin qui a dit que les activités extra-scolaires adoucissent l'esprit, détendent le corps, apaisent les paupières ? c'est faux. le mois de décembre est haïssable car avec les années il devient de plus en plus épuisant, et tout arrive à expiration, l'énergie, l'enthousiasme, la force qu'il faudrait pour enchaîner… tout ça.
c'est le moment tragique de régler certains comptes aussi, je crois, mais moi je ne veux pas que les comptes se règlent, je veux qu'on me laisse tranquille, pas qu'on me dise que j'en fais trop ni que je ne sais rien faire de bon, pas qu'on me crie dessus mais plutôt qu'on me dise : "non, pourquoi déjà ? on était bien ensemble !"
voyez quel bonheur, voyez quelles jolies petites choses on peut faire avec un petit instrument et une peau de renard sur le front (pour qui est intéressé par un duo : trouvez-moi une voix, et je fournis la partie de ukulélé !) link 
alors quoi ?

"Christian, Christian, tu ne sais pas ce que j'ai été avant, tu ne sais pas. Ecoute. Les jours lamentables, les tentatives étouffées, et les mensonges. Je te dirai tout ça…
Antoine. Aimé comme une obsession, comme on adore une obsession parce qu'elle empêche de voir, parce qu'elle presse sur les paupières comme deux doigts noirs et froids sur la peau.
Je l'ai suivi dans la rue pendant des semaines. Il ne levait pas les yeux sur moi. Je le suivais et le regardais avec passion, je voulais l'aimer comme un chien, comme une ombre, comme ce qu'il voudrait. Il a fini par remarquer le rythme un peu cabossé qui se calquait sur le sien, dans la rue, sur les grandes avenues et aux abords des jardins. Tu sais, quels jours j'ai vécus comme ça… dans la tiédeur confiante…
Je le suivais jusqu'au pied de chez lui, je le suivais sans le regarder, j'ai passé des soirées blottie contre sa porte. Un soir il s'est mis à pleuvoir doucement, pas fort, j'entendais la pluie chuchotée comme on l'entend depuis l'intérieur d'un appartement. Je me cachais. D'ailleurs qu'est-ce que j'aurais pu cacher d'autre ? Et quand je me cache, c'est la partie la plus vraie que j'étouffe... La porte s'est ouverte. Il est sorti, dans la rue, avec une femme. J'ai regardé la main de cette femme, blottie au creux de la sienne, et son regard aussi, blotti dans le sien, sous une pluie d'océan. Le lendemain soir et d'autres jours encore. Je les ai suivis. Ils sortaient de chez l'homme pour aller chez la femme. Une cour fleurie d'où on n'entend pas le bruit de la route. Dans la cour, sous ses fenêtres, je me suis couchée sur un banc entre les fleurs, le jasmin humide. J'ai posé la tête sur le bois dur du banc, les cheveux humides étalés dans mon cou, et je tendais la main vers le ciel et vers leur balcon. Je les regardais, derrière la balustrade légère de ce balcon."
Elle s'interrompt. Il la regarde. Elle a les yeux hagards, le visage creusé de ces jours-là, lointains, et faux. Il veut toucher son visage et s'assurer qu'il a changé aujourd'hui. Sa peau est douce, pâle.
"Le problème c'est que je n'ai pas de mots, que c'est un vide infini lorsque j'essaie de le dire, que je n'arrive pas…"
"Si. Continue."
"Non. Ça ne veut rien dire."
"Je finirai pour toi."
"Oui, tu peux parler, tu peux essayer, toi…"
Alors Christian se lève, comme inspiré, le visage plein de joie et de gravité, une main posée sur le coeur, et il déclame solennellement :
"Il s'est penché sur le balcon et je crois qu'il t'a vue. Je crois que tu l'as entendu te parler, de loin, en chuchotant. Elle, l'autre femme, elle lui parlait à l'intérieur, elle l'appelait. Il disait : Non, je regarde le ciel. Il ressemble à un morceau de bois gravé sur lequel des copeaux de sciure sont tombés… ou une boucle de cheveux roux… Et il parlait de toi. Tu as redressé la tête à cet appel — il t'appelait, n'est-ce pas ? Tu as levé la tête puis tu t'es redressée, toi toute entière, lentement, et tu as marché jusqu'au bas du balcon. En tendant les bras tu croyais atteindre presque le premier étage, mais il était encore bien plus haut. Tu ne pouvais que le regarder."
Chloé secoue gravement la tête. Il continue.
"Et puis, le lendemain, il a quitté l'immeuble avec cette femme. Ils ont marché vers le métro. Tu les attendais encore. Tu t'es remise à les suivre aussitôt.
Ils ont descendu les premières marches de la station de métro, mais lui s'est arrêté et s'est tourné vers toi. Il a remonté les premières marches et en haut, devant toi, il t'a regardée en face et il t'a embrassée très doucement. Tu ne l'as plus revu."
Par mina
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Jeudi 4 décembre 2008

et un jour, quelqu'un m'expliquera comment Pouchkine est mort une première fois entre les bras de l'amant de sa femme, comment son corps reposait dans la neige comme les plumes d'un oiseau, et comment il y eut trois jours de fièvre avant qu'il ne meure vraiment dans le lit étroit.
un autre jour, on m'expliquera comment les hommes du passé savent rire ou tour à tour devenir mauvais, comment la galanterie devient une valeur rare, surtout comment les instruments à vent ont besoin de toute la force du corps et de la confiance de l'esprit pour jouer juste, et comment, or donc, sans force ni confiance, on peut espérer jouer encore.
enfin on me dira, il le faut, ce que sont les journées de sursis où tout va bien, mais où une vieille fureur monte et s'accumule jusqu'à déborder, et sous le ciel encore clair, les nuages bleuis, comment on frappe les murs détrempés de la cour pour sentir la douleur dans les articulations de la main et ne penser qu'à cela. se sentir idiot après. plus idiot encore que le matin, lorsque la pluie me surprend devant l'arrêt de bus, et lorsque des visages vus souvent tourbillonnent comme un manège.
on me dira pourquoi "pardonner", pourquoi "espérer", pourquoi "encourager"… quoi ?
"c'est de famille, on est des malheureux" (petit Alex devenu grand)
on me dira pourquoi je suis persuadée de cela : on ne peut pas danser avec quelqu'un sans l'aimer terriblement. 
Par mina
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Dimanche 30 novembre 2008


au bas de l'escalier, enlever les chaussures qui claquent sur les dalles dans le corridor.

au-dehors la pluie et la neige sur les branches des arbres, comme des bourgeons blancs. et le goût de la nuit glaciale imprimé sur les lèvres.

"We are in peril, help us all

We have no sentence or ideas." (si quelqu'un trouve d'où ces mots viennent, je lui offre Gulag Orkestar pour Noel. j'ai cherché partout mais ils gardent leur mystère.)

je parlerai du thé brulant et des conversations dans le froid, je parlerai des jours gris, je parlerai des trios indissolubles et essentiels, je dirai qu'un jour quelqu'un a inventé la preuve par le trombone et que depuis, la vie est étrangement douce. ce n'est pas que la vie soit anesthésiée, non, ce n'est pas cela.

Par mina
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Mardi 25 novembre 2008

Mais dans la vraie vie, non, ce n'est pas cela. Tout ce que je vois… n'est que le produit de mes mensonges. Dans la vraie vie un visage croisé dans un musée n'a pas de sens, pas d'autre sens que celui que mon mensonge a envie de lui donner. Dans la vraie vie ce n'est pas dans les bus que se nouent les grandes histoires d'amour, dans les bus les sentiments et jusqu'aux gestes les plus élémentaires sont scellés par un serment muet - cela est faux, cela est un théâtre où la scène est polie comme un miroir où les mensonges se reflètent.

Dans la vraie vie, il faut que ce qu'il y a de plus visible en moi — les yeux et les regards qui les habitent — s'apaise et se taise car sinon tout cela sera trop clair, trop clair, et ils verront, je crois, que ces maudits regards ne sont pas innocents comme ils le devraient, mais qu'ils sont gangrénés par l'espoir et le désir… de vivre, et qu'ils abîment ce qu'ils touchent.

Je dis : Apprenons à baisser la tête et à ne pas voir ce que nos yeux ont trop envie de regarder. C'est idiot d'avoir comme moi des yeux suppliants, des yeux de petit animal à fourrure qui implorent le premier regard venu de faire attention avant de faire un geste. Un geste vers moi, un geste sans moi, un geste qui ne sera pas et ne sera rien en-dehors de moi. Et nos regards deviennent voyeurs, et faux, et le monde est trop concret puisqu'une silhouette inconnue passe devant moi et que je la supplie, dans un regard faux-jeton, de faire un peu attention à moi.

Regarde-moi, regarde-moi ! mais surtout aime-moi, prends la main que je tends au monde et au hasard, et toi, avec tes mains chaudes et douces, replie mes doigts froids et malhabiles, et ma main retombera, légère comme une plume. Et je fermerai les yeux pour qu'ils ne supplient plus.

"Where would we be now if I had taken your hand ? Well, the years they pass by slow."

Par mina
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Dimanche 23 novembre 2008

Chloé presse ses mains contre son visage, violemment. Elle crie. "Arrête, arrête !" Elle se jette sur le lit et enfouit la tête dans les oreillers, les mains toujours plaquées sur ses joues et ses tempes, et ses paumes écrasent ses oreilles où le bourdonnement est de plus en plus fort. Elle frappe du poing contre le mur. Christian entre dans la chambre et court vers le lit. Il la serre contre lui et répète son prénom à voix basse. "Chloé, Chloé. Ecoute-moi. Regarde-moi." Elle s'apaise peu à peu. Elle a honte. Elle n'ose pas relever les yeux.

Dans ses oreilles le bourdonnement sourd se poursuit, monte en elle comme un cri de terreur.

"Parle-moi. Parle-moi, je t'en supplie. Parle et ne t'arrête pas. Dis ce que tu veux, des choses fausses ou méchantes, ou répète "Chloé" jusqu'à ce que ce nom n'ait plus de sens, mais je t'en prie, donne-moi un son, rien que le son de ta voix, que je puisse le reconnaître et le toucher…"

Chloé est allongée sur le lit. Christian s'allonge à côté d'elle. Sa voix s'élève, un peu rauque, et glisse dans le cou de Chloé, un souffle entrecoupé. Il ne dit rien de faux ou de méchant, il parle du ciel blanc et des arbres décharnés, il lui montre les cheminées et les toits luisants de pluie, il lui raconte les craquements secs du feu de bois à la campagne et l'odeur de la mer qui venait jusque dans la plaine, parfois.

Elle écoute sans rien dire. Elle cesse de presser ses oreilles et le bourdonnement douloureux se tait de lui-même. La voix de Christian le remplace.

"Chloé, tu te souviens de notre rencontre ? Les galeries claires d'un musée… Il y avait trop de monde dans l'exposition, et toi tu étais seule parmi eux, et tu regardais ces gravures dans une concentration intense. Et soudain tu as vu… c'est toi qui me l'as raconté… tu as vu un visage sur le côté, sur le bord du cadre brun de ces gravures, un visage qui se penchait et qui les regardait aussi."

Chloé reprend : "Puis j'ai croisé une silhouette un peu mystérieuse sur le quai du métro…"

"Et un visage s'attachait aux pas de cette silhouette, et je pouvais enfin te regarder en face."

Chloé s'agite, inquiète. Le bruit lancinant recommence.

"Est-ce que je t'ai raconté ça ? Le musée… ? Est-ce que c'est vrai ? Ou je deviens folle ?"

Christian se tait et la serre plus fort contre lui.

"Non, ce n'est pas vrai. C'est moi qui suis fou de te raconter des mensonges."

Ils se taisent et, sans le savoir, regardent dans la même direction, vers la fenêtre où les rideaux ondulent légèrement et où le silence leur paraît aboli.

Chloé recommence à parler, lentement et péniblement.

"Il y a cette scène d'un film de Truffaut… J'y pense sans cesse… Il joue un réalisateur sourd, tympans crevés par l'artillerie… Et il fait chaque nuit le même rêve, cet enfant qui marche avec une canne dans les rues assombries d'une ville et s'arrête aux portes d'un cinéma… Et l'enfant décroche des photos de films d'Orson Welles et les regarde tomber à ses pieds, derrière la grille du cinéma… Elles tombent lentement, comme des feuilles ou des papiers raturés, et il se penche pour les ramasser. Et puis on le voit marcher dans les rues vers un magasin où brillent des néons qui dessinent le mot "Surdité"… Et je…"

Christian regarde les larmes de Chloé, toute cette souffrance exaspérée qui tranche même les mots.

"Mais Chloé, non, ce n'est pas cela. Tu ne vas pas devenir sourde…"

Chloé ne l'entend plus. Elle effleure ses tempes du bout des doigts, remonte jusqu'aux sourcils. "Le bruit… Le bruit, Christian, je ne l'entends plus." C'est vrai. La paix revient et les sons étouffés reprennent consistance.

"Je suis libre."

(Hanna et Rafael, c'est terminé.)(note de l'auteur)

Par mina - Publié dans : textes en vrac
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Mardi 18 novembre 2008
… eh non. enfin, oui et non. il y en a qui apprennent l'ouverture d'esprit ; il y en a qui apprennent l'intolérance ; il y en a qui apprennent à vivre heureux ; il y en a qui apprennent à vivre comme des somnambules ; il y en a qui vivent en sursis ; il y en a qui n'y croient plus.
enfin, je ne vais pas faire une liste. les socialistes me désespèrent, les jours sont longs, et la fatigue comme un voile qui assombrit nos yeux. l'émotion insurmontable, sans prévenir - se découvrir sensible, inexplicablement sensible : au détour du plus beau film de l'automne, ou dans les notes de musique, ou parce que tu es au bord des larmes au CDI.
"a little more inspiration is all that I need"
"le miracle de l'amour réciproque"
- à méditer
Par mina
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